13 août 1962 Manuel Valls naît à Barcelone dans le quartier populaire d’Horta, dans une Catalogne encore sous la dictature franquiste. Il célèbre aujourd'hui ses 63 ans. Son père, Xavier Valls, est un peintre catalan reconnu, issu d’un milieu bourgeois catholique mais marqué par l’exil intérieur des intellectuels sous Franco. Sa mère, Luisa Galfetti, est originaire du Tessin suisse, institutrice passionnée de culture et de langues. Le couple vit en France depuis la fin des années quarante, mais choisit de donner naissance à son premier fils en Espagne, comme pour inscrire dans la mémoire familiale un lien charnel à la terre d’origine. Cette double appartenance, catalane et française, sera l’un des fils conducteurs de la vie de Manuel.
L’enfance se déroule entre l’atelier du père, installé à Paris, et les séjours en Catalogne durant l’été. Cette vie entre deux mondes forge un tempérament précoce, avide de débats et de confrontations d’idées. Il apprend le français et le catalan dans un environnement où la culture tient une place centrale. Élève au lycée Charlemagne à Paris, il développe un goût pour l’histoire et la politique, bien qu’il doive surmonter de premières difficultés linguistiques. En 1980, il obtient le baccalauréat littéraire, déjà tourné vers l’action et l’engagement.
À 20 ans, en 1982, il est naturalisé français. Cet acte administratif prend pour lui une dimension symbolique forte : il choisit la France comme patrie politique, tout en conservant la mémoire catalane comme héritage intime. Il étudie l’histoire à la Sorbonne, où il obtient une licence, et s’engage activement au sein du mouvement des Jeunes socialistes. Dès cette époque, il se rapproche de Michel Rocard, figure tutélaire de la gauche réformatrice, dont il devient un proche collaborateur.
Les années quatre-vingt sont pour lui une école de formation politique. Conseiller à la mairie d’Argenteuil, puis attaché parlementaire, il apprend les rouages du pouvoir local et national. Il gravit les échelons avec méthode : en 1986, il est élu conseiller régional d’Île-de-France. Il développe un réseau qui l’ancre dans l’Essonne, un département qu’il ne quittera plus vraiment.
En 2001, il devient maire d’Évry, ville nouvelle au sud de Paris. Ce mandat marque un tournant. Il s’y forge une image d’homme proche du terrain, soucieux de rénovation urbaine, de cohésion sociale et de sécurité. Sous son impulsion, Évry se dote de nouveaux équipements culturels et sportifs, tout en menant une politique de rénovation des quartiers. En parallèle, il est élu député en 2002, cumulant mandat local et national. À l’Assemblée, il se fait remarquer par son franc-parler et ses positions réformatrices, parfois en décalage avec la ligne majoritaire du Parti socialiste.
L’année 2011 le propulse sur le devant de la scène nationale : candidat à la primaire socialiste, il incarne l’aile droite du parti, prônant un socialisme modernisé, ouvert à l’économie de marché. Éliminé dès le premier tour, il rallie François Hollande, qui l’intègre à son équipe de campagne. Après la victoire de 2012, il est nommé ministre de l’Intérieur.
À l’Intérieur, il impose un style énergique et direct. Il défend une ligne ferme sur les questions de sécurité et d’immigration, ce qui lui vaut autant de soutiens que de critiques. Sa popularité grimpe dans l’opinion, et lorsque Jean-Marc Ayrault quitte Matignon en mars 2014, François Hollande le nomme Premier ministre. À la tête du gouvernement, il poursuit une politique qualifiée de sociale-libérale, s’appuyant sur Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, pour engager des réformes du marché du travail et de l’investissement.
Les années à Matignon sont marquées par les crises. En janvier et novembre 2015, la France est frappée par des attentats terroristes d’ampleur. Manuel Valls défend alors l’état d’urgence et la prolongation de mesures sécuritaires exceptionnelles. Il prononce des discours qui frappent les esprits, affirmant que la France est en guerre contre le terrorisme. Parallèlement, il doit gérer des mouvements sociaux puissants contre la loi Travail et affronter la fronde d’une partie des députés socialistes.
Fin 2016, il quitte Matignon pour se présenter à la primaire présidentielle du Parti socialiste. Battu par Benoît Hamon, il annonce qu’il ne le soutiendra pas et se rapproche d’Emmanuel Macron, futur président. Cette rupture avec le PS historique marque un basculement dans sa trajectoire politique. Il rejoint la majorité présidentielle en 2017, mais son image en pâtit auprès d’une partie de la gauche.
En 2018, il surprend en annonçant sa candidature à la mairie de Barcelone. Cette tentative de retour aux sources suscite l’intérêt mais aussi l’incompréhension. Sa campagne, centrée sur la sécurité et l’unité, se heurte à la dynamique indépendantiste et aux alliances locales. Arrivé quatrième, il soutient la maire sortante Ada Colau pour empêcher l’élection d’un candidat indépendantiste. Élu conseiller municipal, il démissionne en 2021, déçu par son influence limitée.
Le retour en France est discret. Il commente l’actualité politique, publie des ouvrages, voyage, tout en préparant un possible retour. En 2022, il se présente aux élections législatives dans la cinquième circonscription des Français de l’étranger (Espagne, Portugal, Andorre, Monaco), mais échoue dès le premier tour. Cette défaite semble marquer la fin d’un cycle.
Pourtant, la politique réserve des revirements. Fin 2024, dans un geste inattendu, le président Emmanuel Macron et le Premier ministre François Bayrou le nomment ministre des Outre-mer. Cette nomination, interprétée comme un pari sur son expérience et sa capacité à gérer les crises, le replace dans l’arène gouvernementale. Il hérite d’un portefeuille complexe, mêlant tensions sociales en Guadeloupe et en Martinique, problématiques migratoires à Mayotte et débats institutionnels en Nouvelle-Calédonie.
En 2025, Manuel Valls s’emploie à dialoguer avec les élus locaux tout en défendant la ligne de l’État. Il organise des déplacements dans les territoires ultramarins, cherchant à concilier fermeté républicaine et écoute. Cette mission ravive l’image d’un homme politique capable de résilience, toujours prêt à revenir sur le devant de la scène malgré les revers.
Son parcours, de Barcelone à Paris, d’Évry à Matignon, de l’hôtel de ville de Barcelone aux ministères parisiens, est celui d’un itinéraire singulier, traversé par les questions d’identité, de loyauté et de réforme. Manuel Valls incarne à la fois la figure du républicain intransigeant et celle du réformateur pragmatique, conscient que l’exercice du pouvoir implique compromis et renoncements.
À soixante-trois ans, il demeure un acteur scruté de la vie publique, symbole des circulations politiques et culturelles entre la France et l’Espagne. Sa carrière illustre cette tension permanente entre fidélité à soi-même et adaptation aux circonstances. Enfant d’artistes, étudiant en histoire, élu local, ministre de l’Intérieur, Premier ministre, candidat à l’international et ministre des Outre-mer, il a traversé les transformations profondes de la France et de l’Europe du début du XXIe siècle.
Au-delà des fonctions occupées, c’est une trajectoire humaine qui s’impose : celle d’un homme marqué par ses racines mais toujours en mouvement, naviguant entre deux patries, deux langues et deux cultures. Ce fil rouge, tissé dès sa naissance à Barcelone et consolidé par sa naturalisation française, continue de donner sens à un engagement qui, malgré ses détours, demeure fidèle à une certaine idée de la République.