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INDE - ANNIVERSAIRE

Narendra Modi, l’enfant du thé devenu maître de l’inde

INDE - ANNIVERSAIRE

Narendra Damodardas Modi est né le 17 septembre 1950 à Vadnagar, une petite ville de l’État du Gujarat en Inde. Cet anniversaire le situe au cœur d’un pays en mutation profonde, encore marqué par la partition de 1947 et les traumatismes qui suivirent, mais déjà tourné vers l’affirmation d’une identité nationale forgée par la démocratie et la diversité culturelle. L’enfant qui voit le jour ce jour-là appartient à une famille modeste, issue de la communauté des Ghanchis, caste d’épiciers et de petits commerçants. Le père, Damodardas Mulchand Modi, tient un simple étal de thé près d’une gare, et le jeune Narendra participe très tôt aux travaux familiaux, vendant du thé aux voyageurs. Cette enfance difficile, faite de rigueur et d’obligations précoces, marquera profondément son imaginaire politique, l’amenant à valoriser l’effort personnel, la discipline et le récit d’une ascension possible malgré la pauvreté.

Dans le Gujarat des années 1950 et 1960, Narendra Modi suit une scolarité ordinaire, mais développe rapidement une curiosité pour l’histoire de l’Inde, ses traditions religieuses et son devenir politique. Il s’intéresse aux récits patriotiques et aux grands héros de l’indépendance. Adolescent, il se rapproche des milieux nationalistes hindous, notamment du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), organisation paramilitaire et idéologique qui façonnera durablement sa vision du monde. Cette adhésion précoce au RSS ne relève pas du simple militantisme de jeunesse : elle scelle une orientation fondamentale de sa carrière future, celle d’un homme politique voué à conjuguer religion, identité et politique dans une Inde traversée de tensions.

Dans les années 1970, l’Inde connaît une période de fortes turbulences. Le Premier ministre Indira Gandhi proclame l’état d’urgence en 1975, suspendant libertés et droits civiques. Narendra Modi, encore jeune cadre du RSS, s’investit activement dans la résistance souterraine. Cette expérience de clandestinité renforce ses convictions et affine son réseau politique. C’est aussi à cette époque qu’il approfondit sa formation intellectuelle : il obtient un diplôme en sciences politiques et nourrit une passion pour l’organisation et la discipline, qualités qui deviendront centrales dans sa carrière.

Au fil des années 1980, Modi gravit les échelons du RSS, démontrant ses talents d’organisateur, son entregent et sa capacité à mobiliser des foules. En 1987, il franchit une étape décisive en entrant dans le Bharatiya Janata Party (BJP), vitrine politique du nationalisme hindou. Là, il applique ses compétences organisationnelles à la vie électorale et participe à l’expansion rapide du parti, particulièrement dans son Gujarat natal. Ses talents sont remarqués et il gagne la confiance des dirigeants nationaux du BJP.

L’année 2001 constitue un tournant. Après le tremblement de terre qui ravage le Gujarat, la direction du BJP confie à Narendra Modi la charge de chef du gouvernement de l’État. N’ayant jamais exercé de fonction élective auparavant, il doit rapidement démontrer ses capacités. Réputé pour sa rigueur et son autorité, il s’impose comme un leader énergique. Mais son mandat régional est marqué par une tragédie : les violences intercommunautaires de 2002, au cours desquelles des centaines de musulmans trouvent la mort dans des émeutes qui frappent le Gujarat. Accusé d’avoir laissé faire, voire d’avoir encouragé la brutalité, Modi se retrouve au centre d’une polémique internationale qui ternira longtemps son image. Pourtant, dans son État, il parvient à conserver le soutien d’une large part de l’électorat hindou et à asseoir sa domination politique.

Durant ses années à la tête du Gujarat, Modi cultive une réputation de gestionnaire efficace et promoteur du développement économique. Il attire les investisseurs, modernise les infrastructures et bâtit un récit de prospérité régionale. Ce positionnement lui permet de se présenter comme l’homme de la croissance et du développement, image qui contraste avec les scandales de corruption frappant le parti du Congrès au pouvoir au niveau national. À mesure que les années passent, son ambition dépasse les frontières de l’État et vise l’ensemble du pays.

En 2013, Modi est choisi comme candidat du BJP pour les élections générales de 2014. La campagne qu’il mène est massive, innovante, utilisant intensivement les technologies numériques, les réseaux sociaux et les meetings spectaculaires. Il se présente comme l’homme du peuple, l’enfant des gares devenu leader, opposé aux élites traditionnelles. Son discours de développement, mêlé à un nationalisme hindou affirmé, séduit des millions d’Indiens. En mai 2014, la victoire est écrasante : le BJP remporte la majorité absolue, une première depuis trois décennies, et Modi devient Premier ministre de l’Inde.

Les premières années de son mandat national sont marquées par des réformes ambitieuses et des politiques parfois controversées. Modi lance le programme « Make in India » pour stimuler l’industrie, promeut l’inclusion financière avec l’ouverture de millions de comptes bancaires, et met en place des projets d’assainissement et d’infrastructures. Mais il suscite aussi des critiques avec la démonétisation brutale de 2016, destinée à lutter contre l’argent noir, qui plonge une partie du pays dans la confusion. Sur le plan international, il renforce la stature diplomatique de l’Inde, multipliant les voyages et affirmant une vision d’une Inde incontournable dans le nouvel ordre mondial.

Les élections de 2019 confirment son emprise. Le BJP l’emporte à nouveau largement, renforçant la majorité de Modi. Ce second mandat s’accompagne de mesures encore plus marquées : révocation de l’autonomie du Jammu-et-Cachemire, adoption de lois controversées sur la citoyenneté perçues comme discriminatoires envers les musulmans, affirmation de l’hindutva comme ligne directrice. La polarisation religieuse et politique s’accentue, divisant la société indienne mais consolidant l’assise électorale de Modi auprès de sa base hindoue.

En 2020, la pandémie de Covid-19 frappe durement l’Inde. La gestion gouvernementale est critiquée, notamment lors de la deuxième vague meurtrière en 2021. Mais malgré ces difficultés, Modi conserve une popularité élevée, en partie grâce à la puissance de sa communication et à la faiblesse de l’opposition. Il parvient à transformer chaque épreuve en opportunité pour renforcer son image de dirigeant protecteur et énergique.

Au fil des années 2020, l’Inde se projette comme une grande puissance émergente, et Modi s’impose comme un leader global. Il préside le G20 en 2023, renforçant l’influence diplomatique indienne. Sur le plan intérieur, il continue à promouvoir un récit de développement et de fierté nationale, malgré les inquiétudes concernant les libertés civiles, les droits des minorités et l’indépendance des institutions. Ses adversaires dénoncent une dérive autoritaire, mais ses partisans le considèrent comme l’homme qui a rendu l’Inde forte et respectée.

Narendra Modi fête aujourd'hui ses 75 ans. Son parcours est celui d’une trajectoire singulière : né dans une famille modeste, formé dans les milieux nationalistes, forgé par les luttes politiques locales et nationales, il a atteint le sommet de l’État indien et conserve encore une position centrale dans la vie politique de son pays. Son anniversaire symbolise à la fois la longévité d’un leader et les contradictions de son règne : développement et nationalisme, charisme et polarisation, puissance internationale et fragilité sociale. À ce moment charnière, il apparaît comme l’un des acteurs majeurs de la scène mondiale, à la tête d’une Inde qui aspire à devenir une superpuissance du XXIe siècle, mais qui doit aussi affronter ses divisions internes et les défis de son immense diversité.