ETATS-UNIS - ANNIVERSAIRE
Joe Lombardo, de Sapporo à Carson City

Né le 8 novembre 1962, Joseph Michael Lombardo voit le jour à Sapporo, sur l’île japonaise de Hokkaid?, où son père sert dans l’US Air Force et où sa famille vit au rythme des affectations. Il fête aujourdh'ui ses 63 ans.
Ses premières années se déroulent dans l’univers ordonné des bases, des logements temporaires et des écoles changées, ce qui forge le sens de l’adaptation, de la patience et de la discipline. En 1976, la famille s’établit à Las Vegas, dans le comté de Clark. Le jeune Lombardo y découvre une ville en expansion rapide, des lotissements qui gagnent sur le désert, une économie structurée par l’hôtellerie, les casinos et la logistique, et un quotidien urbain où la sécurité publique compte déjà beaucoup. Au lycée Rancho de North Las Vegas, il s’intègre, travaille et se projette dans une trajectoire d’étude et de service. Il obtient plus tard une licence en génie civil à l’Université du Nevada à Las Vegas, un diplôme qui l’ancre dans la matérialité des infrastructures, des routes, des réseaux et des chantiers qui façonnent le Sud du Nevada.
Avant la police, il y a l’uniforme militaire. De 1980 à 1986, Lombardo sert successivement dans l’US Army, la Garde nationale du Nevada et la réserve. Il y apprend la chaîne de commandement, la préparation opérationnelle, la gestion du risque et la logistique. Ce passage imprime durablement ses méthodes: décisions fondées sur l’information, ordres clairs, comptes rendus précis, attention constante au retour d’expérience. À sa sortie, il choisit la sécurité publique. En 1988, il rejoint le Las Vegas Metropolitan Police Department, l’agence conjointe de la ville et du comté, qui couvre une métropole touristique, résidentielle et industrielle en changement permanent. Il débute en patrouille, puis alterne postes au soutien, aux technologies et aux enquêtes, acquérant une vision d’ensemble des contraintes de la police moderne.
Les promotions suivent une progression régulière qui dit un apprentissage patient. Il devient sergent au milieu des années 1990, lieutenant en 2001, capitaine en 2006, puis assistant sheriff en 2011. Cette marche n’a rien d’un bond spectaculaire, elle ressemble plutôt à la sédimentation d’un savoir d’appareil, où l’on concilie doctrine, terrain et contraintes budgétaires. Parallèlement, la formation continue devient un socle. En 2006, il achève la session 227 de la FBI National Academy et obtient un master en gestion de crise à l’Université du Nevada à Las Vegas. Ces étapes renforcent une culture de planification, de communication opérationnelle et d’évaluation, utile autant pour l’ordinaire que pour les situations exceptionnelles. Son style se précise: fixer des objectifs mesurables, répartir les rôles, expliquer sobrement, puis regarder lucidement ce qui a fonctionné et ce qui doit changer.
La vie privée demeure volontairement discrète. D’un premier mariage, Joe Lombardo a une fille. En 2015, il épouse Donna Alderson, professionnelle reconnue de l’immobilier commercial à Las Vegas, avec laquelle il compose une famille recomposée qui compte désormais des petits-enfants. Sa foi catholique est réelle, sans mise en scène. Il pratique les courses tout-terrain dans le désert, loisir qui traduit un attachement au paysage du Grand Ouest et à la mécanique. Lorsque sa trajectoire deviendra étatique, Donna, devenue Première dame, orientera une partie de l’agenda civique vers l’éducation, la santé mentale et le soutien aux associations locales, en mobilisant un réseau professionnel et philanthropique.
En 2014, Lombardo entre dans l’arène élective. Il se présente au poste de sheriff du comté de Clark, l’emporte, et prend ses fonctions en janvier 2015 à la tête d’une organisation de plus de cinq mille agents. Il engage une décentralisation des enquêtes pour rapprocher les détectives des territoires, investit dans l’équipement et la formation, et revendique un pilotage par les indicateurs. Sa première période est marquée par l’épreuve du 1er octobre 2017, lorsque la fusillade du Route 91 Harvest frappe Las Vegas. Le sheriff dirige des points presse réguliers, coordonne l’effort avec les autres services, puis supervise la rédaction d’un rapport et les ajustements tactiques. Cette séquence, éprouvante, montre autant la puissance que les limites d’un appareil confronté à un événement extrême. Elle installe Lombardo dans un rôle d’administrateur méthodique et visible.
Réélu en 2018, il conduit la seconde partie de son mandat jusqu’en 2023. Dans l’intervalle, les débats qui traversent la police américaine s’invitent à Las Vegas: transparence, usage de la force, encadrement des manifestations, coopération avec les autorités fédérales sur l’immigration, diffusion des technologies et contrôle des données. Lombardo défend une ligne de professionnalisation et de reddition de comptes, tout en préservant la latitude opérationnelle des agents. Il cherche des ajustements procéduraux, pousse l’équipement, et conserve un dialogue soutenu avec les médias locaux. C’est sur cette image d’exécutif expérimenté qu’il prépare l’étape suivante.
En 2021, il se déclare candidat au poste de gouverneur du Nevada. Sa campagne s’adresse à un électorat partagé et met en avant trois priorités. D’abord l’éducation, présentée comme levier de mobilité sociale, avec un accent sur la lecture au début de la scolarité, la transparence des résultats et des parcours plus souples. Ensuite la sécurité, domaine d’expertise revendiqué, posée comme condition d’un développement économique durable. Enfin l’économie, avec un discours pro-entreprises, axé sur la diversification et sur l’allègement de contraintes perçues comme inutiles. Il défend l’idée que l’État peut investir davantage dans l’école et la formation sans relever les impôts, grâce à des arbitrages et à une croissance mieux répartie.
Le 2 janvier 2023, Joe Lombardo prête serment comme trente et unième gouverneur du Nevada. Son message budgétaire annonce une hausse historique des crédits pour l’école publique K-12, des augmentations de rémunération pour les agents de l’État et l’objectif de ne créer aucun impôt nouveau. Il propose la suspension temporaire de la taxe sur l’essence pour amortir la hausse des prix. Il soutient une grande loi d’éducation qui crée un compte dédié à l’alphabétisation précoce, organise des financements ciblés, autorise des soutiens au transport d’élèves vers les écoles à charte et ouvre la possibilité pour des villes ou des comtés de parrainer des établissements. Dans le même mouvement, il appuie la montée en puissance des bourses et des dispositifs de formation des enseignants.
La relation avec la législature, dominée par les démocrates, structure la suite. Des compromis aboutissent sur des hausses de salaires pour les enseignants, sur des obligations de transparence et sur des enveloppes de logement destinées aux classes moyennes. Mais le gouverneur use aussi largement du veto contre des textes qu’il juge coûteux, mal calibrés ou contraires à sa ligne. En 2023, le nombre de projets rejetés bat un record pour une session. En 2025, il dépasse sa propre marque et établit un cumul inédit pour un gouverneur en exercice. Cette stratégie, contestée par ses adversaires et assumée par ses soutiens, vise à modeler le compromis autour de ses priorités: école, sécurité, responsabilité budgétaire et diversification.
Sur le front économique, Lombardo met en avant l’implantation et l’extension d’unités manufacturières liées aux batteries et à l’électromobilité, ainsi que la logistique et les technologies de l’énergie. Il promeut des filières de carrière et des passerelles entre lycées, collèges communautaires et entreprises, afin de répondre aux pénuries de main-d’oeuvre. Il défend des hausses de rémunération pour stabiliser les équipes publiques, notamment dans l’éducation, tout en réaffirmant la discipline budgétaire. Sur les droits individuels, il adopte une position conservatrice qui respecte cependant l’architecture juridique existante dans le Nevada et revendique la recherche de solutions pragmatiques. Le gouverneur avance par ordres du jour précis, réunions régulières et communication mesurée.
L’exercice du pouvoir confronte aussi aux imprévus. À l’été 2025, une atteinte majeure à la sécurité des réseaux publics entraîne la fermeture de sites gouvernementaux et perturbe des services. L’exécutif coordonne la réponse avec les agences fédérales spécialisées, organise la communication et accélère les chantiers de résilience numérique, de segmentation des systèmes et d’audits centralisés. Parallèlement, un contentieux l’oppose à la commission d’éthique au sujet de l’usage de symboles professionnels pendant la campagne de 2022; le gouverneur conteste la décision de censure et l’amende associée au nom de principes institutionnels. Ces épisodes illustrent les frottements permanents entre exigences juridiques, communication publique et arbitrages politiques.
Dans ce cadre, la figure de Donna Lombardo, devenue Première dame, joue un rôle de catalyseur civique. Son expérience de l’immobilier commercial et son réseau facilitent des initiatives au profit de la santé mentale, de l’éducation et des associations. Elle relie institutions, entreprises et monde caritatif, et multiplie les rencontres avec des acteurs locaux. Ce versant familier adoucit une gouvernance plus rugueuse, faite de négociations, d’arbitrages budgétaires et de vétos, et rappelle l’importance des relais associatifs dans un État étendu, contrasté et très mobile.
Si l’on replace cette trajectoire dans les temps longs du Nevada, la cohérence apparaît. L’enfant né sur une base aérienne à l’étranger devient l’adolescent d’une métropole du désert en pleine expansion, le professionnel d’une police adaptée à un territoire de flux, puis l’élu d’un État partagé. Les années 2010 révèlent la vulnérabilité d’une ville monde et imposent la culture du retour d’expérience. Les années 2020 cherchent un nouvel équilibre, entre diversification industrielle, pression sur le logement, pénuries de main-d’oeuvre, réforme éducative et exigences de sécurité. Joe Lombardo y imprime une marque lisible: priorité à l’école, responsabilité budgétaire, importance de la sécurité et recherche d’investissements productifs. Au terme de ce parcours, sa biographie ressemble à une leçon d’administration appliquée au désert américain, attentive aux institutions, aux instruments et aux résultats mesurables. Cela résume une trajectoire précise et continue.