PALESTINE - ANNIVERSAIRE

Mahmoud Abbas ou la quête d un état au long cours

Mahmoud Abbas est né le 26 mars 1935 à Safed, alors ville palestinienne située en Galilée, au cœur d’une région qui allait bientôt devenir le centre d’un conflit historique aux dimensions immenses. Il célèbre aujourd'hui ses 90 ans.

Son enfance s’inscrit dans ce contexte trouble du mandat britannique et des premières tensions entre communautés, prélude à un exode qui marquera à jamais sa vie et celle de ses proches. Issu d’une famille musulmane sunnite, il connaît très jeune l’épreuve du déracinement lors de la première guerre israélo-arabe de 1948, qui force sa famille à fuir leur terre natale pour se réfugier en Syrie. Cette fuite, vécue à l'âge de treize ans, se perçoit comme le premier acte d’une longue errance où s’entrelacent douleur, espoir, et engagement politique.

Après des études à l’université de Damas, il poursuit un doctorat en droit à l’université de Moscou, où il s’intéresse aux questions historiques et juridiques entourant la Palestine, posant ainsi les fondations intellectuelles du défenseur qu’il deviendra. En parallèle, il s’engage au Fatah, mouvement fondé dans les années 1950 par Yasser Arafat et d’autres exilés palestiniens pour promouvoir la libération de la Palestine par la lutte armée et politique. Mahmoud Abbas, surnommé "Abou Mazen", devient rapidement un membre influent, reconnu pour ses capacités diplomatiques et son expertise stratégique.

Au cours des années 1960, Abbas joue un rôle majeur dans la création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), organisation faîtière rassemblant les différentes factions nationalistes palestiniennes. Sa participation à la structuration et la direction de cette organisation révèle son habileté à naviguer les complexités des luttes intérieures palestiniennes tout en développant des relations avec les puissances régionales et internationales.

Dans les années 1980 et 1990, face à l’occupation israélienne des territoires palestiniens qui s’intensifie après la guerre de 1967, Abbas se positionne comme l’un des principaux partisans de la négociation politique plutôt que de la confrontation armée. Il conduit la délégation palestinienne aux négociations qui aboutissent aux accords d’Oslo en 1993, un tournant majeur dans le processus de paix au Moyen-Orient. Ces accords reconnaissent de manière mutuelle le droit à l’existence d’Israël et établissent les bases d’une autonomie palestinienne limitée par Israël, amorçant un espoir tempéré par la persistance des conflits.

Après la signature des accords, Mahmoud Abbas occupe plusieurs fonctions clés, notamment secrétaire général de l’OLP à partir de 1996, puis Premier ministre de l’Autorité nationale palestinienne en 2003, poste où il tente de rétablir l’ordre et de désarmer les factions armées au milieu d’une seconde Intifada meurtrière. Cependant, il démissionne rapidement, en raison de l’opposition interne à Yasser Arafat et du manque de soutien international effectif.

La mort d’Arafat en 2004 ouvre un nouveau chapitre pour Mahmoud Abbas, qui remporte en janvier 2005 l’élection présidentielle de l’Autorité palestinienne, avec l’appui des grandes puissances occidentales et malgré le boycott du Hamas et du Djihad islamique. Président officiel depuis 2005, il incarne un leadership marqué par la gestion prudente de la diplomatie palestinienne entre les pressions israéliennes, les attentes de son peuple et la complexité des alliances régionales.

Sous sa présidence, Abbas ne cesse de prôner la solution à deux États, rejetant la violence et désapprouvant l’usage de la guerre et du terrorisme, ce qui l’isole parfois de certaines factions plus radicales. Son mandat est bouleversé en 2006 par la victoire électorale du Hamas, organisation islamiste rivale, qui provoque une crise politique et militaire jusqu’à la division durable entre la Cisjordanie, sous contrôle de Mahmoud Abbas et du Fatah, et la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas.

Mahmoud Abbas aborde cette scission avec une volonté constante de réconciliation, tentant à plusieurs reprises de former des gouvernements d’union nationale pour pallier la fracture palestinienne, sans succès durable. Le conflit avec le Hamas s’enlise, renforçant le contrôle centralisé autour d’Abbas, qui cumule les fonctions de président, chef du Fatah et président de l’OLP, concentrant le pouvoir dans un contexte politique tendu et fragmenté.

Face à la stagnation des négociations de paix avec Israël, Mahmoud Abbas engage de nouvelles initiatives diplomatiques, notamment en 2012, avec la reconnaissance de l’État de Palestine comme État non-membre observateur à l’ONU. Cette étape symbolique marque une avancée majeure sur la scène internationale, même si elle n’a pas modifié substantiellement la réalité politique ou militaire sur le terrain.

La politique d’Abbas est caractérisée par un équilibre difficile entre défense des droits palestiniens, volonté de dialogue, et gestion des conflits internes. Il est confronté à une contestation grandissante tant intérieure qu’extérieure, avec une popularité en baisse face à l’impasse diplomatique, à la corruption dénoncée et au manque de perspectives concrètes pour la création de l’État palestinien.

Sa vie privée demeure discrète, en retrait de sa carrière politique, marquée par une stabilité familiale classique, ce qui tranche avec la turbulence de son engagement public. Époux et père, il garde une certaine distance avec les médias et privilégie la rigueur intellectuelle et la patience dans sa vision politique.

Depuis plus de deux décennies au pouvoir, Mahmoud Abbas incarne à la fois l’expérience, la persistance et les limites d’un leadership palestinien dans un contexte de conflit régional prolongé et d’aspiration populaire profonde. Son héritage reste ouvert, entre la quête d’une reconnaissance internationale pleine et complète et la difficulté à surmonter les divisions internes qui fragilisent la cause palestinienne.

Cette vie, à la croisée des chemins historiques du Moyen-Orient, reflète la complexité et la longueur d’un combat national où se croisent mémoire, défi politique et espoirs pour l’avenir.