EGYPTE - ANNIVERSAIRE

Abdel Fattah al-Sissi, le maréchal bâtisseur de l'Egypte moderne

Abdel Fattah Saïd Hussein Khalil al-Sissi est né le 19 novembre 1954 dans le quartier populaire d’Al-Gamaleya au Caire, un lieu chargé d’histoire au cœur d’une Égypte en pleine transformation post-coloniale. Il célèbre aujourd'hui ses 71 ans.

Fils d’un petit commerçant dans le bazar de Khan al-Khalili, il grandit dans un environnement ou la tradition familiale côtoie les ambitions d’un pays oscillant entre héritage millénaire et modernisation accélérée. Cet héritage populaire et provincial, mêlé à une éducation stricte, façonne une personnalité marquée par la discipline et une attache profonde à la stabilité nationale.

Enrôlé très jeune à l’Académie militaire égyptienne, il en sort diplômé en 1977, débutant une carrière de soldat dans l’infanterie mécanisée. Son parcours militaire s’enrichit par des formations complémentaires au Royaume-Uni et aux États-Unis, cultivant chez lui un sens aigu du commandement et des affaires stratégiques. L’armée égyptienne, pilier incontournable de la vie politique du pays, lui sert de tremplin pour monter dans la hiérarchie, jusqu’à devenir chef des services de renseignement militaire et conseiller clé du président Hosni Moubarak, ce qui le place au cœur des pouvoirs forts de l’État.

La révolution de 2011 et la chute de Moubarak bouleversent le paysage égyptien. Après une brève interruption du pouvoir islamiste incarné par Mohamed Morsi, al-Sissi est nommé ministre de la Défense en 2012 puis s’impose en 2013 comme l’homme fort de l’armée qui renverse Morsi à la faveur d’un coup d’État, justifié par la volonté de préserver l’ordre face à une crise politique profonde. Cette période est marquée par une répression féroce des Frères musulmans, notamment lors des massacres de Rabaa et Nahda, qui fait plus de 1600 morts, plongeant l’Égypte dans une atmosphère de peur et de contrôle strict, tout en consolidant la position d’al-Sissi.

Élu président en 2014 puis reconduit à la tête de l’État en 2018 et 2023 avec des majorités écrasantes, al-Sissi incarne un régime autoritaire aux accents nationalistes et conservateurs, mais aussi un pouvoir soucieux de restaurer la grandeur de l’Égypte dans un contexte régional tumultueux. Il lance de grands projets d’infrastructures, à commencer par l'agrandissement du canal de Suez en 2015, symbole d’une Égypte ambitieuse et tournée vers l’avenir. Parallèlement, il oriente sa politique vers la lutte contre le terrorisme, notamment dans la péninsule du Sinaï, et la poursuite de réformes économiques rigoureuses, souvent douloureuses pour les populations, mais nécessaires selon lui au redressement du pays.

Al-Sissi se présente comme un dirigeant pieux, profondément attaché à l’islam sunnite, souvent cité dans ses discours. Marié depuis 1977 à Entissar Amer, il est père de quatre enfants. Cette facette personnelle qui allie austérité militaire et foi religieuse participe à son image d’homme de l’ordre et de la tradition, face à un monde extérieur perçu comme instable.

Sa présidence est néanmoins marquée par des critiques sur les atteintes aux droits humains, la restriction des libertés publiques et la détention de journalistes et opposants politiques. Son pouvoir s’appuie sur une coalition étroite avec l’armée et les services de renseignement, qui veillent à la stabilité du régime face à une opposition souvent muselée. Il se présente également comme un acteur incontournable de la diplomatie régionale en Afrique et au Moyen-Orient, assumant des positions fermes sur les questions de sécurité et de souveraineté nationale.

Aujourd’hui, Abdel Fattah al-Sissi poursuit sa tâche de modernisation de l’Égypte tout en maintenant un régime centralisé, affirmant vouloir bâtir un État fort et stable pour résister aux défis économiques et sociaux dans une région en perpétuel remous. Son histoire personnelle et politique reflète les tensions entre tradition et modernité, autoritarisme et revendications populaires, dans un pays dont le destin semble à la croisée des chemins entre puissance régionale et aspirations démocratiques.