FRANCE - ANNIVERSAIRE
Charles de Gaulle, grandeur et solitude d’un bâtisseur

Charles André Joseph Marie de Gaulle est né le 22 novembre 1890 à Lille, dans une famille catholique et patriote où l’on cultive la mémoire des grandes heures nationales et le goût de la rigueur intellectuelle. Nous célébrons aujourd'hui son 135ème anniversaire.
Dès l’enfance, son univers familial est traversé par l’histoire longue de la France, les souvenirs des guerres et de la grandeur monarchique, comme des espoirs de la République. Sa jeunesse, partagée entre Lille et Paris, s’épanouit à l’ombre des collèges jésuites, dans un monde où l’effort et la responsabilité collective sont des vertus cardinales.
Grand, silencieux, attentif au détail comme à l’ensemble, le jeune Charles de Gaulle s’engage très tôt dans la carrière militaire, la voie royale pour servir la nation selon la tradition familiale. Élève à Saint-Cyr, il en sort officier en 1912 et rejoint le 33e régiment d’infanterie à Arras sous les ordres du colonel Pétain. L’Europe, à cette époque, bascule vers la guerre, et de Gaulle voit sa destinée se lier au destin de son pays.
Au front, sa stature et sa témérité lui valent admiration et blessures. Il est fait prisonnier en 1916 près de Verdun, tentant l’évasion à cinq reprises sans succès et ne recouvrant la liberté qu’à l’armistice de 1918. Cette expérience marque sa vision de l’Homme face à l’Histoire, un rapport de patience et de volonté face aux coups du sort. Rentré en France, il épouse en 1921 Yvonne Vendroux, femme de devoir et soutien constant dans la vie publique comme intime ; le couple aura trois enfants, Philippe, Élisabeth et Anne.
Son ascension intellectuelle se poursuivra au gré des affectations militaires et missions internationales, principalement en Pologne, où il participe à la formation de la jeune armée nationale. Ses travaux, ses lectures et ses écrits fortifient un regard critique sur la pensée militaire de son temps : il fait l’éloge d’une France capable d’innovation, prônant une stratégie de force mécanique et mobile, rompant avec la défense statique héritée de la Grande Guerre. Mais sa modernité le rend souvent minoritaire auprès des états-majors imprégnés de conservatisme.
Nommé colonel en 1937, il commande un régiment de chars à Metz, participant activement à la bataille de France en mai-juin 1940, avant que la débâcle ne le pousse à rejoindre Londres pour refuser la capitulation. Le 18 juin 1940, la voix grave et lointaine du général lancé l’Appel à la Résistance : c’est le début du mythe gaullien, du temps long de la France libre où le général, exilé mais non vaincu, tente d’unir toutes les forces françaises opposées à l’occupant et à Vichy.
Charles de Gaulle, reconnu par Churchill comme chef des Français libres, structure la résistance extérieure, puis intérieure, forgeant au fil du temps l’autorité légitime. Il fonde le Comité national français en exil à Londres, puis en Algérie le Comité français de la Libération nationale (CFLN). Plus stratège qu’homme de parti, il veut restaurer la souveraineté nationale, refusant toute dépendance aux alliés ou aux factions politiques.
À la Libération, en août 1944, de Gaulle incarne la France retrouvée. Chef du Gouvernement provisoire, il restaure l’État, lance les grandes réformes nées du Conseil National de la Résistance, nationalisations des secteurs stratégiques, fondation de la Sécurité sociale. Défenseur farouche d’un pouvoir exécutif fort, il s’oppose néanmoins à la logique parlementaire qui prévaut à la IVe République. Estimant ne pas disposer de l’autorité nécessaire pour guider l’avenir, il démissionne en janvier 1946, débute alors sa « traversée du désert », marqué par la fondation du Rassemblement du peuple français (RPF) et une posture critique envers le « régime des partis ».
Réémergent en 1958 dans un contexte de crise liée à la guerre d’Algérie, il est rappelé par le Président Coty et investi Président du Conseil. Il obtient les pleins pouvoirs grâce au référendum, rédige la Constitution de la Ve République, érigeant un pouvoir présidentiel fort tout en conservant le suffrage universel. Charles de Gaulle inaugure l’ère de la « politique de grandeur », affirmant pour la France une autonomie militaire et diplomatique jamais remise en cause.
Sa vision de l’Europe, fondée sur une « Europe des nations » plutôt qu’une fédération supranationale, le porte à défendre la réconciliation franco-allemande, refuser l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne et retirer la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966. Il lance la force nucléaire nationale et pose le principe d’une dissuasion indépendante. Sur le plan international, il affirme la singularité française : il soutient l’émancipation des peuples colonisés (Algérie, Afrique noire), reconnaît la Chine populaire, s’engage dans la crise de Cuba aux côtés des États-Unis, mais condamne la guerre du Viêt Nam et prononce son célèbre « Vive le Québec libre ! » dans le tumulte de l’été 1967.
Souvent contesté sur le plan social, de Gaulle fait face aux bouleversements de Mai 68, révélant la fracture générationnelle et le besoin de modernisation de la société. Il propose un référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, mais la victoire du non en avril 1969 l’amène à quitter la présidence.
Se retirant à Colombey-les-Deux-Églises, il consacre ses dernières années à l’écriture de ses Mémoires de guerre, dernière œuvre d’un homme qui aura traversé le siècle et les soubresauts de l’Histoire. Charles de Gaulle meurt le 9 novembre 1970, laissant le souvenir d’une figure tutélaire et d’un style politique où la force des institutions se conjugue au souffle long de la nation française.