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FRANCE - ANNIVERSAIRE

Henri IV, le fils de la montagne

FRANCE - ANNIVERSAIRE

Le 13 décembre 1553, alors que l'hiver enveloppait les Pyrénées de son manteau blanc, naissait au château de Pau celui qui allait devenir le plus français des rois, Henri. Nous célébrons aujourd'hui le 472ème anniversaire de sa naissance.

Ce n'était pas un enfant de la mollesse, ni un rejeton de ces cours italiennes où l'on s'empoisonnait dans la soie ; c'était un enfant du terroir, un fils de la montagne. Son grand-père, Henri d'Albret, ne voulut pas qu'on le traitât avec la délicatesse funeste qu'on réservait aux Valois mourants. On raconte, et c'est là le premier souffle de sa légende, qu'on frotta les lèvres du nouveau-né avec une gousse d'ail et qu'on lui fit humer une goutte de vin de Jurançon. Ce baptême païen, avant même le baptême chrétien, lui donna pour toujours cette vigueur, cette verdeur, ce sang chaud qui allait bouillonner dans les veines de la France.

Son enfance fut celle d'un paysan gentilhomme. Sa mère, Jeanne d'Albret, cette âme d'acier trempée dans la foi calviniste, ne le laissa pas s'amollir. Il courut les bois, il mangea le pain bis des villageois, il se battit avec les petits bergers du Béarn. Il y a là, dans ces premières années, le secret de sa force : il connaissait le peuple non par les livres ou par la fenêtre d'un carrosse, mais par la peau, par le jeu, par la vie commune. Il était de leur race avant d'être de la race des rois. Mais l'Histoire, cette grande dévoreuse, ne le laissa pas longtemps à ses jeux. La France se déchirait. Le siècle était fou de Dieu, ivre de sang. Deux religions se disputaient le ciel et la terre, et le petit Henri fut jeté, corps et âme, dans la fournaise.

Jeanne, sa mère, l'emmena à La Rochelle, la citadelle des Huguenots. Il vit la guerre, la vraie, la sale guerre civile où le frère égorge le frère. À seize ans, il était déjà chef, ou du moins l'étendard vivant autour duquel se ralliaient les protestants après la mort de Condé. Il apprit le métier des armes non dans les tournois, mais dans la boue des bivouacs et la fumée des arquebuses. Mais le destin lui réservait une épreuve plus terrible que la bataille : la cour de France. Pour sceller une paix qui n'était qu'un mensonge, on le maria. On donna la Marguerite des Valois, la perle catholique, au rude montagnard hérétique.

C'était en août 1572. Paris étouffait sous la chaleur et la haine. Ce mariage, qui devait être l'union des deux Frances, devint leurs noces de sang. La cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois sonna le tocsin. La Saint-Barthélemy ne fut pas seulement un massacre, ce fut une tentative d'assassinat de l'avenir. Henri vit ses compagnons, ses amis, ses tuteurs égorgés sous ses fenêtres, jusque dans sa chambre. Il ne dut la vie qu'à une abjuration forcée. Le voilà prisonnier au Louvre, catholique par contrainte, vivant au milieu des assassins de ses frères, épié, moqué, mais vivant. Pendant trois ans, il joua la comédie de la soumission, dissimulant son jeu, cachant le lion sous la peau du renard. Il apprit là l'art suprême de la politique : la patience et la dissimulation.

Et puis, un jour de chasse, il s'évada. Il franchit la Loire, il retrouva le Sud, le soleil, et sa foi. "Louange à Dieu, le joug est brisé", s'écria-t-il. Il redevint le chef du parti protestant, mais un chef mûri par l'épreuve. Il n'était plus seulement un capitaine huguenot ; il commençait à devenir un homme d'État. La mort frappait autour de lui avec une précision effrayante. Charles IX mourut, suant le sang par tous les pores. Le duc d'Anjou devint Henri III, ce roi complexe, intelligent mais maudit, qui ne parvenait pas à enfanter l'avenir. Lorsque le dernier frère du roi mourut, Henri de Navarre devint l'héritier du trône. Stupeur ! Un hérétique roi de France ! La Ligue catholique se dressa, furieuse, financée par l'or espagnol, prête à vendre la couronne à l'étranger plutôt que de la laisser à ce Béarnais.

Commence alors la conquête du royaume. Ce fut une épopée comme l'Antiquité n'en a pas connu. Henri n'avait pas d'argent, peu de soldats, pas de capitale. Il avait pour lui son courage, son panache et cette gaieté héroïque qui fascinait les hommes. À Coutras, il chargea en tête, criant à ses cousins : "Ne m'épargnez pas, je ne vous épargnerai pas !" Il tua, mais il pleura les morts après la bataille. C'est là sa marque : l'humanité dans la fureur. Henri III, chassé de Paris par les Ligueurs, n'eut d'autre choix que de se jeter dans les bras de son cousin de Navarre. Les deux Henri, le roi d'hier et le roi de demain, assiégeaient Paris quand le moine Jacques Clément planta son couteau dans le ventre du dernier Valois.

Henri IV était roi. Roi de nom, roi de droit, mais roi de rien. La France le rejetait. Paris lui fermait ses portes, hurlant de fanatisme, préférant mourir de faim plutôt que d'accueillir l'hérétique. Il dut conquérir son héritage pouce par pouce. Il fut le roi de la selle, toujours à cheval, dormant sur la dure, mangeant un morceau de pain bis sur le pommeau de son épée. À Arques, avec une poignée d'hommes, il brisa l'armée du duc de Mayenne. À Ivry, il lança cette parole qui résonne encore dans la mémoire nationale : "Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire !" Et ils se rallièrent. Et il vainquit.

Mais les victoires militaires ne suffisaient pas. La France ne voulait pas se donner. Elle était catholique dans ses entrailles, et elle ne pouvait concevoir un roi qui ne priât pas comme elle. Henri comprit, avec cette intelligence du cœur qui le caractérisait, que l'obstination serait la mort de la nation. Il vit la misère du peuple, les campagnes dévastées, les loups entrant dans les villages, la France devenant un cimetière. Fallait-il laisser périr le royaume pour une querelle de dogme ? Il fit le saut. Il ne se renia pas, il s'élargit. En prononçant le célèbre "Paris vaut bien une messe", il ne fit pas acte de cynisme, mais acte de sacrifice. Il prit sur lui le poids des rites catholiques pour décharger la France du poids de la guerre civile.

Le 25 juillet 1593, à Saint-Denis, il abjura. Le sacre à Chartres suivit, car Reims était aux mains des Ligueurs. Et Paris, enfin, ouvrit ses portes. Non pas par la brèche du canon, mais par la lassitude et l'espoir. Le roi entra, et pardonna. Là où d'autres auraient dressé des échafauds, il acheta les soumissions, paya les gouverneurs rebelles. "Je veux gagner les cœurs, non les têtes", disait-il. Il chassa les Espagnols qui tenaient encore garnison, leur lançant avec ironie : "Bon voyage, messieurs, et ne revenez plus !" La paix de Vervins, en 1598, scella la fin des guerres étrangères.

Mais le plus grand combat restait à mener : la paix des consciences. En avril 1598, il signa l'Édit de Nantes. Ce n'était pas la tolérance au sens moderne, c'était un compromis nécessaire, une "loi de l'oubli". Il imposa aux catholiques et aux protestants de vivre ensemble, non par amour, mais par obéissance au roi et par amour de la patrie. Il fut le seul en Europe à oser ce pari insensé : faire coexister deux vérités dans un seul État. Il dut tordre le bras aux Parlements, gronder les évêques, rassurer les pasteurs. Il fut l'arbitre suprême, fatigué mais inébranlable, qui plaçait l'État au-dessus des factions.

Alors, le guerrier se fit bâtisseur. Avec son ministre Sully, ce compagnon bourru et fidèle, il entreprit de reconstruire la maison France. "Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France", disait Sully. Henri voulait que chaque paysan pût mettre "la poule au pot" le dimanche. Cette image, simple et triviale, est sublime : elle dit le souci d'un roi pour le ventre de son peuple. On assécha les marais, on planta des mûriers pour la soie, on traça des routes, on creusa le canal de Briare. La France respirait. Elle reprenait des couleurs, elle refaisait du sang. Paris s'embellissait : le Pont-Neuf, la Place Royale, la Grande Galerie du Louvre. Le roi voulait une capitale digne de sa puissance retrouvée.

Mais l'homme Henri n'était pas que politique. Il était chair, il était passion. On l'appelait le "Vert-Galant". Son cœur était aussi vaste que son royaume, et souvent plus tumultueux. Il aima les femmes avec une ardeur juvénile, jusqu'à ses derniers jours. Gabrielle d'Estrées fut la reine de son cœur, celle qu'il voulut épouser contre toute raison d'État. Sa mort brutale le laissa anéanti, pleurant comme un enfant. Mais le roi devait assurer sa lignée. Marguerite de Valois, stérile, fut "démariée". Il fallut prendre une nouvelle épouse, une "banquière" florentine, Marie de Médicis. Ce fut un mariage de raison et d'argent, sans amour, ponctué de scènes de ménage homériques où le roi fuyait vers ses maîtresses, Henriette d'Entragues en tête, qui complotait contre lui entre deux caresses.

Sa vie privée était un désordre, un vaudeville tragique qui menaçait parfois la stabilité du trône, mais cela le rendait humain, proche de nous. Il vieillissait, la barbe blanchissait, mais l'œil restait vif. Il sentait pourtant monter l'ombre. L'Europe se réarmait. Les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne encerclaient toujours la France. Henri préparait le "Grand Dessein", une guerre préventive pour briser cet étau et redessiner la carte de l'Europe. Il levait des armées, amassait de l'or à la Bastille. L'atmosphère était lourde. Les prédictions funestes se multipliaient. Il avait peur, lui le brave des braves, il avait peur de ces couteaux qu'il sentait aiguisés dans l'ombre des confessionnaux fanatiques.

Le 14 mai 1610, il voulut rendre visite à Sully, malade. Il monta dans son carrosse, sans escorte, comme pour défier le sort. Rue de la Ferronnerie, un encombrement de charrettes bloqua le passage. Le destin s'arrêta. Un homme roux, géant, le regard halluciné, surgit. Ravaillac. Il frappa deux fois. Le roi s'affaissa. "Ce n'est rien", murmura-t-il, un dernier mensonge pour rassurer les siens, ou peut-être pour nier la mort qui l'emportait. Il fut ramené au Louvre, saignant sur son pourpoint. La nouvelle courut comme une traînée de poudre : "Le roi est mort !" Paris, qui l'avait tant haï, pleura comme on pleure un père.

Ainsi mourut Henri IV, assassiné par le fanatisme qu'il avait passé sa vie à combattre. Mais le couteau de Ravaillac ne tua que l'homme ; il ne put tuer l'œuvre. Henri avait recousu la France. Il avait pris un pays en ruines, haineux, divisé, et il laissait un royaume fort, riche, respecté. Plus que cela, il laissait une idée : l'idée que la nation est au-dessus des partis, que la paix civile est le bien suprême, et que le roi est le père de tous, catholiques comme protestants. Il reste dans notre mémoire non comme le monarque lointain sur son trône de gloire, mais comme le bon roi, le roi au sourire rusé, le roi soldat, le roi amant, l'homme qui a le plus aimé la France et que la France, tardivement, a le plus aimé en retour. Son règne ne fut pas une parenthèse, ce fut une fondation. Sur le sang séché des guerres de religion, il a bâti le socle de l'État moderne, et c'est sur ce socle que Louis XIII et Louis XIV allaient élever la grandeur du Grand Siècle. Mais aucun d'eux n'eut jamais cette place unique, chaude et vibrante, qu'Henri garde au fond du cœur du peuple.