FRANCE - PRESIDENTIELLE 2027
Lisnard lance l'ultimatum : la droite choisit son chef ou signe son arrêt de mort

Le coup de tonnerre de Paris force la main aux hésitants
C’était un secret de polichinelle qui, dans la fraîcheur glaciale de ce mercredi 21 janvier 2026, s’est transformé en une déclaration de guerre politique aussi précise qu’un mécanisme d’horlogerie. À Paris, loin de sa mairie de Cannes mais au cœur du réacteur politique qu'il fustige pourtant régulièrement pour son entre-soi, David Lisnard a franchi le Rubicon. Il n’est plus seulement le président de l’Association des maires de France (AMF), ni cette voix libérale qui s’élève depuis la Côte d’Azur pour dénoncer la bureaucratie ; il est désormais officiellement candidat à l’élection présidentielle de 2027. L’annonce, faite lors d’une cérémonie de vœux transformée en meeting de combat, a pris de court les états-majors parisiens par sa clarté brutale. Là où ses rivaux pèsent encore le trébuchet des alliances et des comités stratégiques, David Lisnard a choisi l’accélération foudroyante, mettant fin à des mois de spéculations et de fausses pudeurs.
Le choix du moment ne doit rien au hasard. Il y a tout juste un an, le 17 janvier 2025, le fondateur du parti Nouvelle Énergie avait déjà posé un premier jalons en appelant de ses vœux une primaire de la droite, une "compétition saine" pour éviter le suicide collectif. Douze mois plus tard, constatant l’enlisement des négociations au sein des Républicains (LR) et l’absence de mécanique claire pour désigner un champion, il a décidé de renverser la table. Devant une salle comble où se mêlaient élus locaux ceints de leur écharpe tricolore, militants de la première heure et observateurs intrigués, le maire de Cannes a délivré un discours aux allures de réquisitoire contre l’immobilisme. Il ne demande plus la permission ; il prend le leadership. Son message est limpide : la France ne peut plus attendre que les barons de la droite règlent leurs comptes d’apothicaires.
L’atmosphère dans la salle témoignait d’une fébrilité palpable, celle des grands moments de bascule. Les drapeaux tricolores flottaient non pas comme des accessoires décoratifs, mais comme des étendards d’une résistance que Lisnard entend incarner face au "déclinisme" ambiant. En martelant sa volonté d’être candidat "avec ou sans primaire" si celle-ci n'est pas organisée rapidement et loyalement, il place ses concurrents potentiels devant le fait accompli. C’est une stratégie du risque calculé, typique de celui qui a fait de la "liberté" et de la "responsabilité" les deux piliers de son logiciel politique. Il sait que le temps joue contre la droite républicaine, prise en étau entre le bloc central héritier du macronisme et la puissance de feu du Rassemblement National. En partant le premier, officiellement et solennellement en ce début d'année 2026, il tente d'imposer son rythme à une campagne qui s'annonçait atone.
Ce coup de force est aussi une réponse à la "crise de l'autorité" qu'il diagnostique dans le pays. Pour David Lisnard, on ne devient pas président de la République en attendant son tour dans l'antichambre d'un parti, mais en proposant une vision de rupture. Cette rupture, il l'a esquissée tout au long de son intervention, fustigeant une nouvelle fois "l'État obèse" et "l'impuissance publique" qui, selon lui, minent la confiance des Français. En officialisant sa démarche à Paris, il adresse un signal fort : il n'est pas le candidat de la périphérie contre le centre, mais celui qui veut réconcilier les deux dans un "sursaut national". Les murmures qui parcouraient l'assemblée à la fin de son allocution ne trompaient pas : chacun a compris que la course pour 2027 venait, ce 21 janvier, de commencer pour de bon, et que le maire de Cannes entendait bien en dicter la cadence, quitte à bousculer son propre camp.
La guerre des chefs transforme les Républicains en champ de ruines
L’onde de choc provoquée par l’annonce de David Lisnard a traversé instantanément les murs du siège des Républicains, réveillant les douleurs d’une famille politique qui n’a jamais vraiment guéri de ses défaites passées. En se déclarant candidat ce matin, le président de l’AMF a mis un coup de pied dans la fourmilière d’un parti qui tentait laborieusement de colmater ses brèches. La situation chez LR, en ce début 2026, ressemble à un champ de mines où chaque pas peut être fatal. Les tensions, latentes depuis la réélection d'Emmanuel Macron, sont désormais à ciel ouvert. David Lisnard, en refusant d’attendre un hypothétique "conclave" ou un consensus mou, force ses rivaux à sortir du bois, transformant la guerre froide interne en conflit ouvert.
Les regards se tournent immédiatement vers les autres prétendants naturels du trône néo-gaulliste. Bruno Retailleau, figure de l'ordre et de la droite conservatrice, qui tient une part importante de l'appareil du parti, se retrouve dans une position délicate. Lui qui prônait une désignation plus tardive, calée sur l'été 2026, voit son calendrier voler en éclats. L'alliance tacite qui semblait exister entre les différentes écuries pour "geler" la situation jusqu'aux municipales vole en éclats. Lisnard, qui avait pourtant soutenu Retailleau lors de la conquête de la présidence du parti en échange de garanties programmatiques sur le libéralisme, semble considérer que le contrat n'a pas été rempli, ou du moins que l'urgence commande de s'affranchir des tutelles partisanes.
De son côté, Laurent Wauquiez, qui a patiemment reconstruit ses réseaux depuis l'Assemblée nationale, voit sa stratégie du "silence et de l'action parlementaire" percutée de plein fouet. Le patron des députés LR, qui misait sur une usure naturelle du pouvoir macroniste pour apparaître comme le recours évident, doit désormais composer avec un concurrent qui occupe le même espace idéologique, celui d'une droite décomplexée et ferme, mais avec une liberté de ton que le statut de parlementaire ne permet pas toujours. Quant à Xavier Bertrand, l'éternel opposant aux primaires, il se retrouve paradoxalement conforté dans son analyse – les partis ne servent plus à rien – mais doublé sur sa gauche par la rapidité de mouvement du maire de Cannes. Le spectre d'une multiplication des candidatures à droite, cauchemar des militants qui se souviennent de l'élimination de 2017, redevient une réalité tangible.
Ce qui se joue aujourd'hui avec la candidature Lisnard, c'est la fin du mythe de l'unité de façade. En déclarant être prêt à y aller "avec ou sans" l'investiture officielle si le processus est biaisé, David Lisnard pose une question existentielle à LR : le parti est-il encore capable de produire un chef, ou est-il condamné à devenir une simple structure d'enregistrement pour des ambitions individuelles ? Les "barons" locaux, ces maires et sénateurs qui constituent l'ossature de la droite, sont désormais sommés de choisir. La légitimité de Lisnard, acquise à la tête de l'AMF où il a su fédérer bien au-delà de son camp, lui offre un bouclier solide contre les accusations de division. Il parie sur le fait que la base militante, exaspérée par les atermoiements des chefs à plumes parisiens, préférera l'audace d'une candidature déclarée à la prudence des conciliabules secrets. La "guerre des droites" n'aura peut-être pas lieu dans les bureaux feutrés du parti, mais directement devant les Français, et David Lisnard vient d'en tirer la première salve.
Le duel à distance avec Édouard Philippe pour le cœur de la bourgeoisie
Au-delà des frontières partisanes des Républicains, la candidature de David Lisnard ouvre un second front, peut-être plus décisif encore pour l'issue de 2027 : celui qui l'oppose à Édouard Philippe et à son parti Horizons. C'est ici que se joue la véritable bataille pour l'électorat bourgeois, libéral et conservateur, cet immense bloc central-droit qui a fait et défait les rois de la Ve République. Jusqu'à présent, l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron semblait naviguer sur des eaux relativement calmes, profitant de la décomposition de LR pour attirer à lui les orphelins du gaullisme et les déçus du macronisme finissant. L'entrée en lice officielle du maire de Cannes vient perturber cette mécanique bien huilée en proposant une offre concurrente, radicalement différente sur le fond, mais chassant sur les mêmes terres sociologiques.
L'opposition de style est totale. D'un côté, Édouard Philippe incarne une forme de continuité étatique, une droite "gestionnaire" et technocratique, héritière de la tradition juppéiste, qui rassure par sa pondération et son expérience de Matignon. De l'autre, David Lisnard se pose en révolutionnaire libéral, en chantre de la "débureaucratisation" massive. Là où le maire du Havre parle de "constance" et d'adaptation, le maire de Cannes parle de "rupture" et de "chirurgie". Pour Lisnard, le danger pour la France n'est pas seulement le désordre dans la rue, mais l'asphyxie par la norme, un thème qui résonne puissamment chez les chefs d'entreprise, les professions libérales et les cadres, cibles privilégiées d'Horizons. En se lançant dès janvier 2026, Lisnard force Philippe à clarifier son positionnement : est-il l'héritier du bilan Macron, avec ses déficits et son insécurité grandissante, ou est-il capable d'inventer autre chose ?
Le point de friction majeur entre les deux hommes réside dans leur conception de l'État. David Lisnard, fort de son expérience de terrain à Cannes et à l'AMF, porte une critique virulente de l'administration centrale, qu'il juge inefficace et coûteuse, une "machine à empêcher" qu'il faut drastiquement réduire. Édouard Philippe, pur produit de cette haute administration, aura du mal à porter une critique aussi systémique sans se renier. Lisnard compte exploiter cette faille en se présentant comme le seul "vrai" libéral, celui qui osera toucher aux statuts, réduire la dépense publique par des coupes franches et non par des rabots, et redonner du pouvoir aux libertés locales. C'est le pari de l'authenticité contre l'habileté, de la racine contre la superstructure.
Les sondages, qui testent depuis des mois les hypothèses de premier tour, montrent que l'espace est étroit. Si Philippe et un candidat LR fort se maintiennent tous les deux, le risque d'une élimination conjointe au profit du RN et de l'extrême gauche est réel. En accélérant le tempo, David Lisnard tente de siphonner l'électorat de droite d'Horizons avant que la campagne ne se cristallise. Il envoie un message aux électeurs de centre-droit : "Le vote utile, c'est le vote de conviction, pas le vote de la demi-mesure". La bataille pour le leadership de la "France qui travaille" est lancée, et elle sera féroce. Lisnard sait qu'il doit impérativement casser la dynamique Philippe pour espérer virer en tête au sein du bloc républicain, et son discours d'aujourd'hui était clairement calibré pour exposer les ambiguïtés de son rival normand.
Un programme de rupture pour réanimer une France sous assistance
Au cœur de la démarche de David Lisnard, il y a un diagnostic clinique, presque chirurgical, posé sur l'état du pays. Ce n'est pas une candidature de témoignage, mais une candidature de projet, dense et radical, mûri dans les pages de ses ouvrages et dans les laboratoires d'idées de Nouvelle Énergie. Le maire de Cannes ne vient pas avec des slogans creux, mais avec une batterie de mesures qui visent à provoquer un électrochoc. "Ainsi va la France", écrivait-il, et pour qu'elle aille mieux, il prescrit un remède de cheval que beaucoup à droite murmurent sans jamais oser l'écrire noir sur blanc. Ce 21 janvier 2026 marque la mise sur la table officielle de ce programme de "refondation" qui repose sur un triptyque : liberté, ordre, et culture.
Sur le plan économique et social, Lisnard brise les tabous français avec une constance qui force le respect, même chez ses détracteurs. Il est le candidat assumé de la retraite par capitalisation, non pas pour remplacer la répartition, mais pour la sauver en la complétant, offrant ainsi aux Français la possibilité de se constituer un patrimoine issu de leur travail. C'est une révolution culturelle dans un pays arc-bouté sur ses acquis sociaux. Il prône également une baisse massive des charges et des impôts de production, financée par une réduction drastique du périmètre de l'État. Suppression d'agences publiques, fin des doublons administratifs, autonomie réelle des collectivités : le "modèle cannois", fait de sobriété budgétaire et d'investissement fort, est érigé en exemple national. Il veut "décrocher la France de la drogue de la dépense publique", une phrase qui a résonné fortement lors de son annonce parisienne.
Sur le régalien, le ton est tout aussi ferme. David Lisnard refuse la fatalité de l'insécurité et de "l'ensauvagement". Il propose des mesures concrètes comme la fin de l'excuse de minorité pour les actes graves, considérant que la responsabilité individuelle ne s'acquiert pas par magie à 18 ans. Il plaide pour une justice plus rapide, dotée de moyens réels mais débarrassée de son idéologie du "tout social". L'ordre dans la rue est pour lui la condition première de la liberté. Sans sécurité, pas de prospérité, pas de vie sociale apaisée. Cette approche "lisnardienne" séduit une base électorale qui se sent abandonnée par l'État de droit et qui réclame un retour à l'autorité républicaine, loin des postures martiales sans lendemain.
Enfin, il y a la dimension culturelle et civilisationnelle, souvent absente des programmes technocratiques. Lisnard, auteur cultivé et passionné d'histoire, place la transmission au cœur de son projet. L'école doit redevenir le sanctuaire du savoir, loin du pédagogisme et du wokisme qu'il combat avec virulence. Il veut refaire des citoyens français fiers de leur héritage, capables d'assimiler ceux qui arrivent et non de s'adapter à eux. Ce programme est un pari risqué : il est intellectuellement cohérent mais politiquement tranchant. En le portant dès aujourd'hui dans l'arène présidentielle, David Lisnard fait le pari que les Français sont mûrs pour la vérité, qu'ils préfèrent une promesse de sang et de larmes suivie d'un redressement, plutôt que les douces berceuses du "en même temps" qui ont conduit, selon lui, le pays au bord du gouffre. 2027 ne sera pas une élection comme les autres, et Lisnard vient de s'assurer qu'elle portera sur des choix de civilisation.