ECOSSE - NECROLOGIE
Jim Wallace, le destin d'un artisan de la dévolution

Le 25 août 1954, le monde de l'après-guerre, encore marqué par les reconstructions et les espoirs de stabilité, voyait naître James Robert Wallace dans la petite ville d'Annan, située dans le comté de Dumfriesshire, au sud de l'Ecosse. Cet enfant du pays, né dans un environnement où les traditions presbytériennes et le sens du devoir public forgeaient les caractères, allait devenir l'un des piliers de la modernité politique écossaise. Son enfance, passée entre les collines verdoyantes de sa région natale et les bancs de l'Annan Academy, fut celle d'un esprit curieux, déjà tourné vers la chose publique. On raconte que le jeune Jim collectionnait avec une ferveur presque prophétique les autographes des hommes politiques qui traversaient sa région, conservant précieusement celui de Tam Dalyell, figure qu'il côtoiera plus tard dans les couloirs du palais de Westminster. Cette éducation, ancrée dans un terroir écossais authentique, fut complétée par un parcours académique brillant. Le jeune homme franchit les frontières de son pays pour rejoindre le Downing College de Cambridge, où il s'imprégna des nuances de l'économie et du droit, avant de revenir parfaire sa formation juridique à l'université d'Edimbourg. Ce double ancrage, entre l'élitisme britannique et la rigueur du droit écossais, définit dès lors l'équilibre constant de sa future carrière.
Sa vie privée, bien que discrète comme il sied aux hommes de sa stature et de sa confession, s'articula autour d'un foyer solide. En 1983, il unit sa destinée à celle de Rosemary Fraser, une orthophoniste qu'il surnommait affectueusement Rosie. Ensemble, ils formèrent un couple soudé, élevant deux filles dans le respect des valeurs de l'Eglise d'Ecosse, une institution qui restera le socle de son existence jusqu'à ses derniers jours. Cette même année 1983 marqua un tournant professionnel et politique majeur. Alors que les vents du libéralisme soufflaient sur le Royaume-Uni, Jim Wallace fut choisi pour succéder à l'emblématique Jo Grimond comme candidat libéral dans la circonscription des Orcades et des Shetland. Son élection marqua le début d'une longue fidélité aux îles du nord, un territoire dont il sut épouser les particularités et les besoins, devenant la voix de ces archipels lointains au cœur de la démocratie britannique. Pendant dix-huit ans, il arpenta les couloirs de Westminster, occupant des postes de responsabilité au sein de son parti, notamment celui de whip en chef, apprenant ainsi l'art délicat de la discipline parlementaire et de la négociation.
L'ascension politique de Jim Wallace se confond avec le grand mouvement de la dévolution écossaise. En 1992, il prit la tête des libéraux-démocrates écossais, succédant à Malcolm Bruce. C'était une époque de bouillonnement constitutionnel où l'Ecosse, frustrée par un déficit démocratique flagrant, réclamait avec de plus en plus de force la gestion de ses propres affaires. Wallace fut l'un des architectes de cette transformation, participant activement à la Convention constitutionnelle écossaise. Lorsque le Parlement écossais fut finalement rétabli en 1999, il fut élu triomphalement pour représenter les Orcades à Holyrood, obtenant plus de deux tiers des suffrages. Sa position stratégique permit la formation du premier gouvernement de coalition avec les travaillistes. Devenu vice-premier ministre et ministre de la Justice, il dut naviguer dans les eaux agitées d'une politique nouvelle, affrontant les critiques sur les frais de scolarité universitaire avec une résilience qui devint sa marque de fabrique. Son influence fut telle qu'il occupa à deux reprises la fonction de premier ministre par intérim, d'abord lors de la maladie et du décès tragique de Donald Dewar en 2000, puis après la démission de Henry McLeish en 2001, assurant la continuité de l'Etat avec une sérénité rassurante.
Après avoir quitté la direction de son parti et son poste de vice-premier ministre en 2005, il ne se retira pas pour autant de la vie publique. Sa nomination à la Chambre des Lords en 2007, sous le titre de baron Wallace de Tankerness, ouvrit un nouveau chapitre de son engagement. Il continua d'œuvrer pour les institutions, participant à la Commission Calman sur la dévolution et servant comme avocat général pour l'Ecosse de 2010 à 2015 au sein du gouvernement de coalition de David Cameron. Cette fonction juridique suprême couronnait un parcours où le droit et la politique s'étaient constamment entremêlés. Sa carrière prit une dimension spirituelle exceptionnelle lorsqu'en 2021, il fut nommé modérateur de l'Assemblée générale de l'Eglise d'Ecosse. Il devint l'un des rares laïcs dans l'histoire de la Kirk à occuper cette fonction prestigieuse, témoignant de sa piété et de son influence morale. Jusqu'au bout, il resta une figure de consensus, respectée par-delà les clivages partisans pour son intégrité et sa connaissance profonde des mécanismes de l'Etat.
Au terme de ce long voyage au service de la cité, James Robert Wallace s'est éteint hier, le 29 janvier 2026, à Edimbourg, des suites de complications chirurgicales, à l'âge de 71 ans. Sa disparition survient dans un climat où l'Ecosse, dont il a contribué à rebâtir les institutions, s'interroge toujours sur son avenir constitutionnel et social. En ce 30 janvier 2026, alors que les drapeaux sont en berne et que les hommages affluent de tout le spectre politique britannique, on se souvient de l'homme qui sut concilier les intérêts de ses îles lointaines avec les exigences de la haute politique nationale. Les Orcades, son port d'attache, et Edimbourg, le théâtre de ses plus grands succès législatifs, pleurent aujourd'hui un serviteur de l'Etat dont l'héritage reste gravé dans les pierres du Parlement de Holyrood. Son parcours illustre cette longue durée des institutions qu'il chérissait tant, et son nom demeure associé à une période de stabilité et de construction pour une Ecosse qui cherchait, et cherche encore aujourd'hui, sa juste place au sein des nations modernes.