ETATS UNIS - ANNIVERSAIRE
Larry Rhoden, une figure de la droite agrarienne

Le 5 février 1959 marque l'entrée dans l'histoire de Larry Rhoden, né à Sturgis, au cœur des vastes étendues du Dakota du Sud. Cette date inaugurale ne constitue pas seulement un repère chronologique, mais le point d'ancrage d'une trajectoire qui allait se confondre avec l'identité même de l'Ouest américain. Issu d'une lignée enracinée dans la terre, il grandit dans un ranch du comté de Meade, à Union Center, un environnement où la géographie dicte les modes de vie et façonne les tempéraments. Dès ses premières années, son existence se trouve régie par les cycles immuables de l'élevage et les exigences de la vie rurale, forgeant chez lui une éthique du travail et une résilience caractéristiques des communautés des Grandes Plaines. L'éducation qu'il reçoit à la Sunshine Bible Academy, dont il sort diplômé en 1977, ancre précocement en lui les valeurs du protestantisme évangélique, structurant sa vision morale et son engagement futur au service de la collectivité. Il fête aujourd'hui ses 67 ans.
La jeunesse de Larry Rhoden s'inscrit dans une continuité sociologique typique de cette Amérique profonde, où le service de la nation et l'appartenance locale se superposent sans contradiction. En 1978, il s'engage dans la Garde nationale du Dakota du Sud, perpétuant une tradition familiale de service militaire remontant à la guerre d'indépendance. Durant six années, jusqu'en 1985, il y acquiert une discipline de corps et une expertise technique, notamment dans la soudure, un métier qu'il continuera d'exercer parallèlement à ses activités d'éleveur. Cette double appartenance au monde agricole et à la sphère militaire constitue le socle de sa culture politique, une droite que l'on pourrait qualifier d'organique, née du terrain et de la défense des intérêts locaux, loin des théories abstraites des élites côtières.
De retour à la vie civile, il se consacre à l'exploitation familiale et fonde un foyer avec son épouse Sandy. Ensemble, ils élèvent quatre fils, Jesse, Cody, Reggie et Tristen, transmettant cet héritage terrien. Cependant, l'homme ne se limite pas à la gestion de son domaine. Son implication dans la vie locale, d'abord comme membre du conseil scolaire du district de Meade, puis au sein du conseil d'administration de la coopérative Cenex, préfigure son entrée dans l'arène publique. Il s'agit là d'un cursus honorum classique pour le notable rural américain, où la légitimité politique se construit d'abord par la preuve de sa capacité à gérer les affaires de la communauté immédiate. C'est en l'an 2000 que cette vocation locale prend une dimension étatique avec son élection à la Chambre des représentants du Dakota du Sud.
L'entrée de Larry Rhoden au capitole de Pierre marque le début d'une longue carrière parlementaire, illustrant la figure du "législateur-citoyen" chère à la tradition politique de l'État. Durant ses mandats successifs, il ne se contente pas d'occuper un siège ; il investit la mécanique législative avec une rigueur méthodique. De 2001 à 2008, il siège à la Chambre, gravissant les échelons de la hiérarchie partisane jusqu'à devenir le chef de la majorité républicaine. Cette ascension témoigne de sa maîtrise des rouages institutionnels et de sa capacité à fédérer un groupe parlementaire autour d'objectifs communs. Contraint par la limitation des mandats, il passe au Sénat de l'État en 2009, où il continue d'exercer des fonctions de leadership, avant de revenir à la Chambre en 2017.
Au cours de ces deux décennies, Larry Rhoden s'impose comme une figure incontournable de l'appareil législatif républicain. Son action politique se concentre sur les fondamentaux du conservatisme fiscal et sociétal : la réduction de la pression fiscale, la défense des droits des propriétaires terriens et la promotion des intérêts agricoles. Il œuvre notamment pour une réforme de la taxation foncière basée sur la productivité des sols, une mesure technique mais cruciale pour la survie des exploitations agricoles. Sa défense intransigeante du deuxième amendement et son opposition aux régulations fédérales excessives le positionnent clairement à la droite de l'échiquier politique, lui valant les plus hautes notes de l'American Conservative Union. Il incarne cette droite de gestion, pragmatique mais idéologiquement ferme, qui privilégie la stabilité institutionnelle aux ruptures radicales.
Le tournant majeur de sa carrière intervient en 2018, lorsque Kristi Noem, alors représentante au Congrès américain, le choisit comme colistier pour l'élection au poste de gouverneur. Ce choix stratégique révèle la complémentarité nécessaire à la conquête du pouvoir dans un État rural. Si Kristi Noem apporte le charisme médiatique et l'expérience de Washington, Larry Rhoden offre la caution de l'authenticité rurale et une connaissance encyclopédique des dossiers locaux. Élus puis réélus triomphalement en 2022, ils forment un duo exécutif où Rhoden, en tant que lieutenant-gouverneur, ne se cantonne pas à un rôle protocolaire. Il devient l'ambassadeur de l'agriculture de l'État et assure même l'intérim du secrétariat à l'Agriculture en 2020, démontrant sa polyvalence administrative.
Durant les années de ce mandat bicéphale, Larry Rhoden agit souvent comme le gardien du temple législatif, facilitant les relations parfois tendues entre l'exécutif et le parlement de l'État. Sa loyauté envers la gouverneure Noem est sans faille, même lorsque celle-ci est propulsée sur le devant de la scène nationale. Il assure la continuité de l'État lors des fréquents déplacements de la gouverneure, gérant les affaires courantes avec la discrétion qui le caractérise. Cette période de lieutenant-gouvernorat est pour lui une préparation, consciente ou non, à l'exercice solitaire du pouvoir suprême de l'État. Il observe, apprend et consolide ses réseaux, restant fidèle à sa nature d'homme de dossier plutôt que de tribun.
L'histoire s'accélère brutalement à la fin de l'année 2024. La victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle et la nomination subséquente de Kristi Noem au poste de secrétaire à la Sécurité intérieure (DHS) ouvrent la voie à la succession. Le 25 janvier 2025, après la confirmation de Noem par le Sénat américain, Larry Rhoden prête serment en tant que 34e gouverneur du Dakota du Sud. Cette accession au pouvoir, bien que constitutionnelle et prévue, marque une rupture de style. À la gestion parfois spectaculaire de sa prédécesseure succède une approche plus mesurée, plus enracinée dans la culture parlementaire dont il est issu.
Dès sa prise de fonction, le nouveau gouverneur s'attelle à imprimer sa marque, tout en assurant la continuité de l'agenda républicain. Il nomme Tony Venhuizen, un fin connaisseur de la politique locale, comme lieutenant-gouverneur, signalant sa volonté de s'entourer de compétences éprouvées. Sa première année de mandat est consacrée à la consolidation des acquis économiques de l'État et à la réponse aux défis infrastructurels. Il ne cherche pas la lumière des projecteurs nationaux, préférant se concentrer sur les besoins tangibles de ses concitoyens : les routes, les écoles, les prisons. C'est une gouvernance de proximité, qui rappelle ses débuts au conseil scolaire de Meade County, mais projetée à l'échelle de l'État tout entier.
En ce début d'année 2026, l'activité politique du gouverneur Rhoden est particulièrement intense, révélant les priorités de son administration. Le 9 janvier 2026, lors de son discours sur l'état de l'État, il a tracé les lignes de force de sa politique pour la session législative en cours, insistant sur la responsabilité fiscale et la préservation du mode de vie sud-dakotain. Cette vision s'est rapidement traduite par des actes législatifs concrets. Le 16 janvier, il a introduit le projet de loi SB 96 visant à réduire les impôts fonciers, une promesse de longue date envers sa base électorale rurale, confrontée à l'inflation des valeurs immobilières. Cette mesure s'inscrit dans la droite ligne de sa philosophie économique libérale, cherchant à alléger le fardeau de l'État sur les contribuables.
La dimension sociétale et religieuse de son engagement, héritée de sa formation à la Sunshine Bible Academy, s'est manifestée le 23 janvier 2026 avec l'introduction du projet de loi SB 113. Ce texte, destiné à renforcer la défense de la liberté religieuse, témoigne de la persistance des valeurs conservatrices au cœur de son action politique. Pour Larry Rhoden, la politique ne se résume pas à l'économie ; elle est aussi le vecteur de préservation d'un ordre moral et culturel. Il navigue ainsi entre la modernisation nécessaire des infrastructures et la conservation des traditions, un équilibre délicat qu'il maintient grâce à son ancrage profond dans le tissu social de l'État.
L'actualité immédiate de cette fin janvier 2026 met également à l'épreuve ses capacités de gestionnaire de crise. Le 27 janvier, face aux dégâts causés par une tempête de vent dévastatrice, le gouverneur n'a pas hésité à solliciter une déclaration de catastrophe présidentielle, montrant qu'il sait faire appel à la solidarité fédérale lorsque l'intérêt de ses administrés l'exige, malgré sa méfiance idéologique envers Washington. Cet pragmatisme est la marque de l'homme d'État qu'il est devenu, capable de dépasser les postures partisanes face à l'urgence.
Enfin, le 29 janvier 2026, il a apposé sa signature sur le projet de loi HB 1044, finançant le programme de transformation de la santé rurale. Cet acte législatif est hautement symbolique pour celui qui n'a jamais oublié ses origines. Il illustre sa compréhension des défis spécifiques aux zones peu denses, où l'accès aux soins demeure une préoccupation majeure. En investissant dans la santé rurale, Larry Rhoden ne fait pas seulement de la politique publique ; il assure la viabilité future des communautés qui l'ont vu naître et grandir.
Larry Rhoden apparaît comme l'archétype de l'homme politique de l'Ouest, dont la carrière s'est construite strate par strate, du ranch familial au palais du gouverneur. Son parcours n'est pas celui d'une ascension fulgurante ou d'une ambition dévorante, mais celui d'une lente maturation au sein des institutions républicaines. Il incarne une forme de permanence politique, une stabilité rassurante dans un monde en mutation, prouvant que dans le Dakota du Sud, le pouvoir reste encore, et avant tout, une affaire de terre et de fidélité.