FRANCE - MUNICIPALES 2026

Bordeaux : une forteresse verte en état de siège

Le crépuscule des barons et le séisme de 2020

Bordeaux a longtemps été une anomalie politique, une île de stabilité bourgeoise et conservatrice dans un océan national souvent tourmenté. Surnommée la « Belle Endormie » avant son réveil architectural et économique au tournant du millénaire, la capitale girondine semblait politiquement figée dans le marbre de ses façades du XVIIIe siècle. Pendant soixante-treize ans, de 1947 à 2020, la ville n'a connu que la gouvernance de droite, incarnée par deux figures tutélaires aux allures de monarques républicains : Jacques Chaban-Delmas, puis Alain Juppé. Pour tout observateur de la vie politique française, Bordeaux n'était pas une ville à conquérir ; c'était un fief imprenable, verrouillé par une alliance sociologique entre la bourgeoisie du vin, les commerçants du centre-ville et les retraités aisés.

Pourtant, sous la surface polie des quais rénovés et de la pierre blonde, une métamorphose silencieuse s’opérait. L'arrivée de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) en 2017, reliant Paris en deux heures, a accéléré une gentrification massive et modifié l'ADN démographique de la cité. L’afflux de néo-Bordelais, souvent plus jeunes, plus urbains et sensibles aux thématiques environnementales, a progressivement érodé le socle électoral historique de la droite gaulliste. C’est dans ce contexte de mutation souterraine que s’est jouée l’élection municipale de 2020, un scrutin qui reste, six ans plus tard, la clé de voûte pour comprendre la tension extrême de la campagne de 2026.

Le 15 mars 2020, alors que la France s'apprêtait à plonger dans le confinement lié à la pandémie de Covid-19, le premier tour des municipales a agi comme un révélateur brutal. Nicolas Florian, le successeur désigné d'Alain Juppé parti au Conseil Constitutionnel, pensait hériter d'une rente de situation. Le réveil fut douloureux. Avec seulement 29,60 % des voix, le maire sortant (Les Républicains) se retrouvait talonné, voire dépassé dans la dynamique, par l'écologiste Pierre Hurmic. Ce dernier, opposant historique et opiniâtre, souvent moqué par la majorité municipale pour ses combats solitaires, réalisait l'impensable en rassemblant 34,38 % des suffrages à la tête d’une coalition EELV-PS-PC-Génération.s.

Ce soir-là, une troisième force émergeait, cristallisant la division du camp centriste et libéral : Thomas Cazenave. Investi par La République en Marche (le parti présidentiel), ce haut fonctionnaire et enfant du pays captait 12,69 % des voix, siphonnant une partie de l'électorat modéré qui, jadis, votait Juppé par automatisme.

L'entre-deux-tours de 2020, étiré sur trois mois en raison de la crise sanitaire, fut le théâtre de manœuvres qui laissent encore des traces indélébiles aujourd'hui. Dans un réflexe de survie, Nicolas Florian et Thomas Cazenave scellaient une alliance technique et politique, fusionnant leurs listes pour faire barrage à la gauche. Cette union, perçue par certains comme un "mariage de la carpe et du lapin" et par d'autres comme un "front républicain nécessaire", n'a pas suffi.

Le 28 juin 2020, la foudre s'abattait sur le Palais Rohan. Dans une triangulaire rendue explosive par la présence du candidat d'extrême gauche Philippe Poutou (NPA), qui avait réussi l'exploit de se maintenir avec 11,77 % au premier tour, la mathématique électorale a défié l'arithmétique traditionnelle. Pierre Hurmic l’emportait avec 46,48 % des voix. L'alliance Florian-Cazenave échouait à 44,12 %. Philippe Poutou, en captant 9,39 % des suffrages, jouait involontairement le rôle d'arbitre, empêchant probablement un report total des voix contestataires vers la droite, mais c'est bien la dynamique propre de Pierre Hurmic qui a fait la différence.

L'écart était infime : à peine plus de 1 300 voix séparaient le vainqueur du vaincu. Mais le symbole était colossal. La droite perdait son joyau. Pierre Hurmic, l’avocat austère et méthodique, devenait le premier maire écologiste de l’histoire de Bordeaux, déclarant l’état d’urgence climatique dès sa prise de fonction.

Depuis cette date, Bordeaux vit une expérience politique inédite. La municipalité a opéré un virage à 180 degrés : fin des grands projets de bétonnage, priorité absolue aux mobilités douces, végétalisation des places minérales et discours de sobriété. Mais cette victoire sur le fil a laissé une ville coupée en deux. D'un côté, ceux qui célèbrent une ville enfin adaptée aux défis du XXIe siècle ; de l'autre, une opposition qui n'a jamais digéré la défaite, estimant que la ville a été "volée" à la faveur d'une abstention record (62 %) et d'une triangulaire atypique.

C’est sur ce terreau de division, nourri par six années de transformations radicales et de polémiques parfois virulentes sur la place de la voiture ou la sécurité, que s'ouvre le scrutin de 2026. La question qui hante désormais les états-majors n'est plus de savoir si Bordeaux peut changer, mais si le changement de 2020 était une parenthèse historique ou le début d'une nouvelle ère durable. Les acteurs du drame de 2020 sont, pour la plupart, toujours là, mais les lignes ont bougé, et la soif de revanche de l'opposition n'a d'égal que la détermination du maire sortant à prouver que sa victoire n'était pas un accident de l'histoire.

L'heure de la clarification, le duel au sommet

Si 2020 fut l'année de la confusion et de la dispersion, le millésime 2026 s'annonce comme celui de la clarification brutale. Les leçons du passé ont été tirées, parfois dans la douleur, par les états-majors politiques bordelais. Alors que les affiches électorales commencent à fleurir sur les panneaux officiels, le paysage politique local s'est radicalement simplifié, laissant place à une bipolarisation presque caricaturale. La fragmentation du centre et de la droite, qui avait offert les clés de la ville à Pierre Hurmic sur un plateau d'argent, n'est plus qu'un lointain souvenir. Cette fois, la bataille de Bordeaux ne se jouera pas sur des alliances d'arrière-cuisine négociées entre deux tours, mais sur un choc frontal, assumé et préparé de longue date, entre deux visions du monde irréconciliables.

À ma gauche, ou plutôt au centre de l'échiquier écologiste, le maire sortant brigue un second mandat avec la sérénité de celui qui estime avoir tenu sa parole. Pierre Hurmic a reconduit l'essentiel de sa coalition "Bordeaux Respire", un attelage unissant Europe Écologie Les Verts, le Parti Socialiste, le Parti Communiste et la société civile. La stratégie du maire est claire : ne rien céder sur le cap fixé. Là où certains attendaient un recentrage pragmatique à mi-mandat, Hurmic a accéléré. Son programme pour 2026 est une extension logique des six dernières années : la "ville apaisée" doit devenir une "ville sanctuaire" face au réchauffement climatique.

Les piliers de sa campagne reposent sur une défense acharnée de son bilan "vert". La végétalisation, devenue sa marque de fabrique, reste au cœur du projet avec la promesse de doubler les micro-forêts urbaines et de continuer la suppression des places de stationnement en surface au profit d'espaces piétons. Mais le maire sortant tente aussi d'élargir son spectre en investissant le champ social, promettant un encadrement des loyers encore plus strict et une offensive contre les meublés touristiques type Airbnb, accusés de vider le centre-ville de ses habitants. Face aux critiques sur la congestion automobile, Pierre Hurmic oppose une philosophie de la décroissance des flux : la voiture n'est plus la bienvenue, et il l'assume sans fard, pariant que la base électorale qui l'a porté au pouvoir en 2020 s'est élargie à mesure que les habitudes ont changé.

Face à lui se dresse un bloc monolithique, construit pour la reconquête. Thomas Cazenave, l'ancien ministre et figure de proue de la macronie locale, a réussi son pari : fédérer dès le premier tour l'ensemble des forces d'opposition. C'est la grande nouveauté de 2026. Fini les guerres d'ego fratricides avec les héritiers du juppéisme. Les Républicains, conscients de leur incapacité à gagner seuls, se sont rangés sous la bannière "Renouveau Bordeaux" menée par Cazenave. Cette alliance, qui va d'Horizons à la droite conservatrice, change arithmétiquement la donne.

Le programme de cette liste d'union est une antithèse point par point du mandat Hurmic. Thomas Cazenave martèle trois priorités qui résonnent comme des critiques acerbes de la gestion actuelle : sécurité, propreté, fluidité. Sur la sécurité, il promet le doublement des effectifs de la police municipale et un déploiement massif de la vidéo-protection, fustigeant "l'angélisme" de la majorité écologiste. Sur l'économie, il se pose en défenseur des commerçants et des entreprises, dénonçant une ville devenue "hostile" à l'activité économique et inaccessible aux banlieusards. Enfin, sur la mobilité, sans promettre un retour au "tout voiture", il s'engage à stopper la suppression des places de parking et à rouvrir certains axes à la circulation, séduisant ainsi un électorat excédé par les embouteillages endémiques de la métropole.

Ce duel Hurmic-Cazenave sature l'espace médiatique, transformant l'élection en un référendum binaire : "Pour ou contre la méthode Hurmic ?". Cependant, cette tectonique des plaques laisse peu d'oxygène aux autres forces, qui tentent désespérément d'exister dans les interstices de ce combat de géants. Le Rassemblement National, mené par une nouvelle génération de cadres locaux, tente de nationaliser le scrutin en surfant sur les thématiques de l'insécurité, espérant capter le vote populaire des quartiers périphériques déçus par la gauche. À l'autre extrémité, l'extrême gauche, toujours vivace à Bordeaux autour de la figure de Philippe Poutou et du NPA, joue les trouble-fêtes. Ils accusent Hurmic d'être un "bobo-compatible" qui n'a pas réglé la misère sociale, et Cazenave d'être le représentant du "capitalisme débridé".

Les listes sont posées, les tranchées creusées. D'un côté, la continuité d'une transition écologique radicale ; de l'autre, la promesse d'un retour à l'ordre et à l'attractivité économique. Mais si les programmes sont clairs, la dynamique de campagne, elle, reste imprévisible. Car derrière les affiches glacées, une inquiétude sourde traverse les deux camps principaux : la peur que le scrutin ne se joue pas sur les projets, mais sur la capacité à mobiliser des électorats volatils dans une ville qui a beaucoup changé en six ans.

La dictature des sondages et le vertige de l'incertitude

Si la politique est un art, l'élection municipale de 2026 à Bordeaux ressemble de plus en plus à une science brutale, régie par une arithmétique implacable qui donne des sueurs froides aux stratèges des deux camps. À six semaines du premier tour, la guerre des nerfs a laissé place à la guerre des chiffres. Et ce que disent les instituts de sondage, dans la confidentialité des notes remises aux équipes de campagne ou à la une de la presse locale, c'est que Bordeaux est au bord d'une fracture électorale d'une rare netteté. L'époque des majorités confortables d'Alain Juppé, élu dès le premier tour, appartient définitivement à un passé révolu.

L'unique certitude de ce scrutin réside dans son incertitude. Une enquête d'opinion réalisée fin janvier, qui circule sous le manteau dans le Tout-Bordeaux, confirme la tendance lourde observée depuis l'automne : le maire sortant, Pierre Hurmic, et son challenger, Thomas Cazenave, se tiennent dans un mouchoir de poche. Les projections de premier tour créditent la liste "Bordeaux Respire" de 36 à 38 % des intentions de vote, tandis que l'union "Renouveau Bordeaux" (Renaissance-LR-Horizons) oscillerait entre 35 et 37 %. L'écart se situe dans la marge d'erreur. Autrement dit, statistiquement, c'est un match nul.

Ce coude-à-coude révèle une cristallisation des positions. Pierre Hurmic dispose d'un socle électoral en béton armé. Son électorat, composé de cadres urbains, d'universitaires et d'une jeunesse mobilisée par l'anxiété climatique, lui reste fidèle. Pour ces électeurs, le retour en arrière est inenvisageable. Cependant, le maire sortant se heurte à un "plafond de verre". Sa difficulté à mordre sur l'électorat modéré ou sur les quartiers populaires, qui se sentent parfois exclus de la "ville vitrine" écolo, limite ses réserves de voix.

En face, Thomas Cazenave a réussi l'addition de ses composantes (la droite traditionnelle et le centre macroniste), mais il fait face au problème inverse : celui des réserves. En réalisant l'union dès le premier tour, il a maximisé son score d'entrée, mais il s'est privé de dynamique d'entre-deux-tours. Pour l'emporter, il doit impérativement créer un effet de souffle dès le 15 mars, ou espérer une démobilisation massive de la gauche.

C'est ici qu'entrent en scène les "faiseurs de rois", ces variables d'ajustement qui pourraient faire basculer le destin de la ville. Le premier inconnu de l'équation se nomme Philippe Poutou. L'ancien candidat à la présidentielle et conseiller municipal d'opposition, toujours combatif, mène une liste d'extrême gauche (NPA et alliés) qui agit comme une épine dans le pied de Pierre Hurmic. Crédité de 8 à 10 % des intentions de vote, Poutou capte une partie de l'électorat radical déçu par le pragmatisme ou la "mollesse" supposée des Verts. La grande question qui hante l'équipe du maire est simple : Poutou pourra-t-il se maintenir au second tour ? S'il franchit la barre des 10 % et décide de se maintenir dans une triangulaire, comme il l'a fait savoir par bravade, il pourrait mathématiquement condamner Hurmic à la défaite en divisant le vote de gauche. S'il échoue ou se retire sans consigne de vote claire, le report de ses voix sera la clé de la victoire pour l'écologiste.

L'autre inconnue se situe à l'extrême droite. Si le Rassemblement National a toujours fait figure de nain politique à Bordeaux (ville sociologiquement rétive au vote populiste), sa progression nationale pourrait lui permettre de franchir le seuil fatidique des 10 %. Un maintien du RN au second tour serait une catastrophe pour Thomas Cazenave, car il diviserait le vote sécuritaire et anti-Hurmic. À l'inverse, si le RN s'effondre sous le vote utile dès le premier tour, ses électeurs pourraient, par rejet de l'écologie punitive, se reporter sur le candidat de l'union de la droite, lui offrant ainsi le coup de pouce décisif.

Enfin, plane l'ombre de l'abstention. En 2020, la peur du Covid avait vidé les isoloirs. En 2026, la participation s'annonce en hausse, mais sa sociologie reste un mystère. Une forte mobilisation des seniors (historiquement légitimistes et attachés à l'ordre) favoriserait Cazenave. Une sur-mobilisation des néo-Bordelais et des moins de 30 ans offrirait un boulevard à Hurmic. Les sondeurs s'arrachent les cheveux pour modéliser ces flux : Bordeaux a changé de visage, et les vieux algorithmes électoraux peinent à lire cette nouvelle carte humaine.

Dans les états-majors, l'ambiance est fébrile. On ne se bat plus seulement sur des idées, mais sur du ciblage électoral, rue par rue, immeuble par immeuble. Chaque camp sait que la victoire, comme en 2020, pourrait se jouer à moins de mille voix. C'est une élection qui ne se gagnera pas au centre, mais aux marges, dans la capacité à aller chercher les abstentionnistes et à convaincre les indécis que le sort de la ville se joue à pile ou face.


Deux destins pour une seule ville, l'ultime croisée des chemins

À mesure que le compte à rebours s'égrène vers le 15 mars, une étrange gravité s'est emparée de Bordeaux. Les invectives des premiers jours ont laissé place à une forme de solennité, comme si les Bordelais réalisaient soudainement l'ampleur du choix qui s'offre à eux. Ce n'est pas seulement une équipe municipale qu'ils s'apprêtent à élire, mais la définition même de leur avenir quotidien pour la décennie à venir. Le "match nul" annoncé par les sondages ne débouchera pas sur un compromis, mais sur une bifurcation radicale.

Si Pierre Hurmic l'emporte, Bordeaux deviendra officiellement le laboratoire national de l'écologie urbaine pérenne. Une victoire confirmerait que le séisme de 2020 n'était pas un accident industriel de la droite, mais bien le fruit d'une mutation sociologique irréversible. Légitimé par un second mandat, le maire écologiste aura les coudées franches pour parachever sa "révolution de velours". Les projets esquissés deviendront réalité : la piétonnisation définitive de quartiers entiers, la transformation des boulevards en "parcs linéaires", et une politique de l'habitat qui assumera de contraindre le marché pour préserver la mixité sociale. Pour ses partisans, ce scénario est celui de la responsabilité historique face à l'urgence climatique. Pour ses détracteurs, c'est la promesse d'une ville "sous cloche", punitive et hostile à la liberté d'entreprendre. Une réélection d'Hurmic enverrait un signal puissant à tout le pays : les métropoles françaises, jadis bastions du libéralisme, seraient en train de devenir des forteresses progressistes imprenables.

À l'inverse, si Thomas Cazenave parvient à faire basculer la ville, le scénario sera celui d'une "Restauration" modernisée. Ce ne sera pas un simple retour aux années Juppé, mais une reprise en main énergique, symbolisée par le retour de l'autorité et de la fluidité. La victoire de l'union de la droite et du centre marquerait un coup d'arrêt spectaculaire à l'agenda vert. Les caméras de surveillance fleuriraient aux coins des rues, la voiture retrouverait droit de cité sur certains axes stratégiques, et le tapis rouge serait de nouveau déroulé aux investisseurs immobiliers et commerciaux. Cazenave incarne cette promesse d'une ville qui "respire" non pas par la forêt urbaine, mais par l'activité économique et l'ouverture sur le monde. Pour ses électeurs, c'est la fin d'une parenthèse cauchemardesque d'amateurisme ; pour la gauche, ce serait un retour en arrière tragique, une négation des impératifs environnementaux au nom du "business as usual".

Pourtant, quel que soit le vainqueur au soir du second tour, une réalité s'imposera : Bordeaux restera une ville fracturée. La campagne de 2026, par sa violence polarisante, a creusé des tranchées profondes entre les générations, entre les quartiers, et entre les modes de vie. Le futur maire devra gouverner une cité coupée en deux blocs antagonistes de poids quasi égal. Si Cazenave gagne, il devra gérer l'hostilité d'une population jeune et active culturellement qui a pris goût à la ville apaisée. Si Hurmic gagne, il devra composer avec la colère froide d'une bourgeoisie économique et des banlieusards dépendants de la voiture, qui se sentent méprisés.

Au-delà des frontières de la Gironde, le scrutin est observé à la loupe par l'Élysée et les états-majors parisiens. Bordeaux est devenue le symbole d'une recomposition politique nationale. Ici, le clivage gauche-droite traditionnel s'est effacé au profit d'une nouvelle ligne de fracture : le parti de la Terre contre le parti de la Croissance, les partisans de la sobriété contre ceux de l'abondance. La réussite de l'union autour de Cazenave pourrait servir de modèle à une droite française en quête de survie, prouvant que l'alliance avec le centre macroniste est la seule voie de salut face au bloc de gauche. À l'inverse, une défaite de cette "armada" face à un maire écolo sortant, malgré un contexte national difficile pour le gouvernement, sonnerait le glas des ambitions de reconquête urbaine pour la majorité présidentielle.

Alors que les derniers tracts sont distribués sur les marchés des Capucins et des Chartrons, sous la pluie fine de ce mois de février atlantique, une seule chose est sûre : le 15 mars 2026, Bordeaux ne fera pas que choisir un maire. Elle choisira son âme. La "Belle Endormie" est bien réveillée, mais elle hésite encore sur le visage qu'elle veut offrir au monde. Et dans le silence des isoloirs, c'est cette hésitation intime, ce balancement entre la fidélité à son histoire bourgeoise et l'aspiration à son futur écologique, qui tranchera le nœud gordien.