ITALIE - ANNIVERSAIRE

Marco Marsilio, le destin romain d’une terre des Abruzzes

Le 17 février 1968, alors que l’Italie s’apprête à vivre les soubresauts d’une décennie de contestations et de mutations profondes, Marco Marsilio voit le jour à Rome. Cette naissance, inscrite dans la géographie urbaine de la capitale, ne laissait pas forcément présager que cet enfant deviendrait, quelques décennies plus tard, la figure de proue d’une région montagneuse et maritime située de l’autre côté des Apennins. Pour comprendre la trajectoire de cet homme, il convient de s’immerger dans l’atmosphère intellectuelle et politique de la Rome des années soixante-dix et quatre-vingt, une ville où l’engagement militant n’était pas une simple option mais une composante essentielle de l’identité sociale. Le jeune Marco grandit dans un environnement où les idées circulent avec passion, et c’est tout naturellement vers les bancs de l’université de Rome La Sapienza qu’il se dirige pour entreprendre des études de philosophie. Ce choix académique est loin d’être anodin. Chez Marsilio, la politique n’est pas seulement une question de gestion ou d’administration, elle s’ancre dans une vision du monde, une structure de pensée qu’il forge en étudiant les grands textes de la tradition occidentale. Cette formation philosophique lui donne une profondeur de champ qui marquera ses interventions futures, lui permettant de dépasser le simple cadre technique pour toucher à l’essence de l’engagement civique. Il fête aujourd'hui ses 58 ans.

Sa jeunesse est marquée par une adhésion précoce aux mouvements de la droite italienne. Il s’engage au sein du Mouvement social italien, le MSI, à une époque où cette famille politique vit encore dans une forme d’exil intérieur, héritière d’une tradition complexe et souvent contestée. Au sein de l’organisation de jeunesse, le Front de la jeunesse, puis à travers Azione Universitaria, il fait ses premières armes. C’est dans ce creuset romain, fait de débats enflammés dans les sections et de présence sur le terrain, qu’il apprend l’art de la conviction. Il fait partie de cette génération qui, loin de renier ses racines, cherche à moderniser le discours de la droite pour l’adapter aux défis de la fin du vingtième siècle. La transition vers l’Alliance nationale, sous l’impulsion de Gianfranco Fini lors du tournant de Fiuggi en 1995, constitue pour lui une étape charnière. Il s’agit alors de transformer un mouvement de témoignage en un grand parti de gouvernement, capable de s’insérer pleinement dans le jeu démocratique républicain sans pour autant perdre son âme nationale. Marsilio accompagne cette mue avec une fidélité qui ne se démentira jamais, grimpant les échelons au sein de la structure partisane tout en s’investissant dans la vie locale de sa ville natale.

Sa vie privée, bien que protégée des regards indiscrets de la scène médiatique, s’inscrit dans cette même stabilité. Homme de convictions ancrées dans la tradition, il construit un foyer qui lui sert de socle face aux tempêtes de la vie publique. Marié et père de famille, il puise dans son entourage proche la force nécessaire pour mener de front ses ambitions politiques et ses responsabilités personnelles. Ses proches le décrivent souvent comme un homme de réflexion, calme mais déterminé, dont la parole est rare mais écoutée. Cette discrétion sur sa vie intime renforce son image d’homme d’État sérieux, peu enclin aux sorties spectaculaires ou à la personnalisation excessive qui caractérise parfois la politique contemporaine. Pour lui, la vie publique est un service, et la vie privée un sanctuaire qu’il convient de préserver pour maintenir l’équilibre nécessaire à l’exercice du pouvoir.

Le passage au vingt-et-unième siècle marque l’accélération de sa carrière institutionnelle. En 2008, il est élu député à la Chambre pour le compte du Peuple de la liberté, la vaste formation de centre-droit née de la fusion entre l’Alliance nationale et le parti de Silvio Berlusconi. Durant cette législature, il se distingue par son assiduité et sa connaissance pointue des dossiers, notamment ceux liés aux infrastructures et à la gestion du territoire. Cependant, c’est en 2012 que se produit l’événement qui va redéfinir son avenir politique : la naissance de Fratelli d’Italia. Aux côtés de Giorgia Meloni, qu’il connaît depuis les années de militantisme de jeunesse à Rome, il décide de quitter le confort d’un grand parti pour fonder une nouvelle structure qui entend porter haut les couleurs de la droite nationale et conservatrice. Ce pari, risqué à l’époque, s’avère payant. Marsilio devient l’un des piliers de cette formation, apportant son expérience parlementaire et sa rigueur intellectuelle à un parti en pleine ascension.

Après un passage par le Sénat en 2018, sa trajectoire prend un tournant inattendu mais décisif vers les Abruzzes. Bien que Romain de naissance, ses racines familiales plongent dans cette terre sauvage et généreuse, puisque ses parents sont originaires de Sangro. En février 2019, porté par la coalition de centre-droit, il est élu président de la région des Abruzzes. Ce succès est historique à plus d’un titre. Pour la première fois, un membre de Fratelli d’Italia accède à la présidence d’une région italienne, faisant des Abruzzes un véritable laboratoire politique pour le parti. Malgré les critiques de ses adversaires qui lui reprochent d’être un parachuté de la capitale, Marsilio s’immerge totalement dans les réalités locales. Il parcourt les provinces de L’Aquila, de Teramo, de Chieti et de Pescara, à la rencontre des citoyens, des entrepreneurs et des maires. Il comprend vite que la force de cette région réside dans son équilibre fragile entre une côte dynamique et un intérieur montagneux souvent délaissé.

Son premier mandat est marqué par une gestion rigoureuse, notamment face aux défis posés par la reconstruction post-sismique, une plaie toujours ouverte dans le cœur des habitants de L’Aquila et des villages environnants. Il s’attèle à simplifier les procédures bureaucratiques, à accélérer les chantiers et à redonner de l’espoir à des communautés qui se sentaient oubliées par le pouvoir central. La crise sanitaire mondiale vient compliquer sa tâche, mais il gère la situation avec un pragmatisme qui lui vaut le respect de ses administrés. Il investit massivement dans le système de santé régional, conscient que l’offre de soins est le pilier de la cohésion sociale dans un territoire au relief difficile. Sa réélection triomphale en 2024 confirme que les Abruzzais ont adopté ce fils du pays revenu aux sources, validant ainsi son modèle de gouvernance fondé sur la proximité et l’efficacité.

L’entrée dans l’année 2025 et le début de l’année 2026 voient Marco Marsilio consolider son œuvre à la tête de la région. Son influence dépasse désormais les frontières régionales pour atteindre le niveau national, où il est considéré comme l’un des conseillers les plus proches et les plus fiables de la présidente du Conseil, Giorgia Meloni. Son rôle au sein du Comité européen des régions souligne également son ambition de porter la voix des territoires au cœur du projet européen, prônant une Europe des nations et des régions qui respecte les spécificités locales. Il se fait l’avocat d’une transition écologique qui ne sacrifie pas l’industrie automobile, secteur vital pour l’économie des Abruzzes avec les usines de la vallée de la Sangro.

En ce mois de février 2026, l’actualité de Marco Marsilio est dominée par la mise en œuvre de la loi de finances pour l’année en cours. Il vient de présenter un ensemble de mesures ambitieuses, contenues dans vingt et un articles spécifiquement dédiés à sa région, fruit d’une collaboration étroite avec le gouvernement central. Ces mesures visent à renforcer la santé publique, avec la construction de nouveaux hôpitaux à Vasto et Avezzano, et à stimuler l’économie régionale qui montre des signes de vitalité encourageants. Le produit intérieur brut régional a connu une croissance significative depuis son arrivée au pouvoir, et les exportations, notamment dans le secteur agroalimentaire avec les pâtes italiennes, bénéficient d’une conjoncture internationale plus favorable après la réduction de certaines barrières douanières.

L’aéroport des Abruzzes à Pescara, sous son impulsion, a franchi le cap symbolique du million de passagers, devenant une porte d’entrée majeure pour le tourisme et les affaires. Marsilio regarde vers l’avenir avec une détermination tranquille, conscient des défis qui subsistent, notamment en matière de démographie et d’infrastructures de transport vers Rome. Mais pour cet homme qui a su concilier ses racines romaines et son engagement pour la terre de ses ancêtres, le parcours accompli est déjà une victoire de la volonté sur la fatalité géographique. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il continue de façonner le visage d’une région qu’il veut forte et fière au sein de la nation italienne, incarnant une droite de gouvernement qui allie tradition et modernité. Sa présence quotidienne sur le terrain, ses débats parfois vifs au sein du conseil régional et sa capacité à porter les dossiers techniques au plus haut niveau font de lui une figure incontournable du paysage politique italien contemporain. Alors que le soleil décline sur les sommets enneigés du Gran Sasso, Marco Marsilio poursuit sa mission, fidèle à l’enfant de 1968 qui, un jour dans les rues de Rome, décida de consacrer sa vie au service de la cité et de ses idéaux.