ALLEMAGNE - ANNIVERSAIRE

Reiner Haseloff, le magistère d'un physicien au service de la Saxe

C'est le 19 février 1954 que Reiner Haseloff voit le jour à Bülzig, petite localité nichée dans les plaines de la Saxe-Anhalt, alors intégrée au territoire de la République démocratique allemande. En cette période de l'après-guerre, le pays est figé dans une architecture politique rigide, mais le destin de ce fils de la terre saxonne ne se limitera pas aux frontières idéologiques imposées par le régime. Son enfance se déroule dans un climat où la discrétion et le travail manuel se conjuguent, forgeant chez le jeune garçon un tempérament empreint de cette retenue propre aux régions de l'est, où le silence est souvent une forme de protection. Très tôt, Reiner Haseloff manifeste des aptitudes intellectuelles tournées vers la compréhension rationnelle du monde. Loin des agitations partisanes de sa jeunesse, il se réfugie dans l'étude des lois immuables de la nature, choisissant la physique comme horizon professionnel et intellectuel. Ce choix n'est pas anodin dans une Allemagne de l'Est où les sciences dures constituent souvent un sanctuaire de vérité épistémologique face aux pressions de la doctrine officielle. Il effectue ses études supérieures à l'Université technique de Dresde, puis à l'Université Humboldt de Berlin, deux institutions prestigieuses qui marquent son ancrage dans une tradition d'excellence académique. Sa vie privée se construit parallèlement à cette ascension savante. Il épouse Gabriele, avec qui il fonde une famille solide, élément central de son équilibre personnel qui lui permettra plus tard de traverser les tempêtes politiques avec une sérénité remarquable. Son ancrage religieux, en tant que catholique pratiquant dans une région majoritairement protestante ou sécularisée, constitue une autre clé de voûte de son identité. Cette appartenance confessionnelle, vécue avec une conviction profonde mais sans ostentation, influencera durablement sa vision du monde et son engagement au sein de l'Union chrétienne-démocrate. Il fête aujourd'hui ses 72 ans.

La trajectoire professionnelle de Reiner Haseloff débute véritablement à l'Institut pour la recherche environnementale de Wittemberg, où il occupe un poste d'associé de recherche entre 1978 et 1990. Durant ces années, il se spécialise dans les questions de protection de la nature et de gestion des ressources, une thématique qui deviendra plus tard un enjeu politique majeur. Son travail scientifique se conclut par l'obtention d'un doctorat en physique en 1991, portant sur les méthodes de mesure environnementales. C'est dans ce laboratoire de recherche qu'il apprend la patience, l'analyse des données et la nécessité de fonder toute action sur une réalité factuelle indiscutable. Cependant, l'appel de la cité commence à se faire entendre dès 1976, année où il rejoint les rangs de la CDU de l'Allemagne de l'Est. À l'époque, ce parti est intégré au système des blocs, mais il conserve, pour certains de ses membres, une aspiration à la préservation des valeurs chrétiennes sous la chape de plomb communiste. Le séisme de 1989, marqué par la chute du mur de Berlin et l'effondrement des structures de la RDA, propulse Haseloff sur le devant de la scène publique. Il participe activement aux transformations locales et devient, dès 1990, vice-administrateur de l'arrondissement de Wittemberg. Ce premier mandat territorial est pour lui une école de l'administration et de la négociation directe avec les citoyens, dans un contexte de transition économique brutale et de reconstruction démocratique.

L'ascension politique de Reiner Haseloff au niveau du Land de Saxe-Anhalt s'inscrit dans une logique de continuité et de montée en puissance institutionnelle. En 2002, il est nommé secrétaire d'État au ministère de l'Économie et du Travail du Land, une fonction qu'il occupe avec une rigueur technique appréciée par ses pairs. Quatre ans plus tard, en 2006, il accède au rang de ministre de l'Économie et du Travail dans le cabinet dirigé par Wolfgang Böhmer. À ce poste, il se confronte aux réalités du chômage structurel et à la nécessité de moderniser le tissu industriel de la région, héritier d'un complexe chimique et minier en déclin. Il devient le visage de la résistance économique de la Saxe-Anhalt, voyageant inlassablement pour attirer des investisseurs et stabiliser les emplois. Sa maîtrise des dossiers techniques et son approche pragmatique, dépourvue de tout lyrisme inutile, renforcent sa stature d'homme d'État régional. Le tournant majeur de sa carrière survient en 2011, lorsqu'il est choisi pour succéder à Wolfgang Böhmer en tant que ministre-président du Land de Saxe-Anhalt. Son élection par le Parlement régional marque le début d'un magistère qui durera près de quinze ans. Sous sa direction, le gouvernement régional doit naviguer dans des eaux de plus en plus tumultueuses, marquées par l'émergence de nouvelles forces politiques et la fragmentation du paysage électoral.

Le mandat de ministre-président de Reiner Haseloff est caractérisé par une capacité d'innovation institutionnelle sans précédent en Allemagne. Face à la montée de l'Alternative pour l'Allemagne et à l'effritement des majorités traditionnelles, il est le premier à former, en 2016, une coalition dite kényane, regroupant l'Union chrétienne-démocrate, le Parti social-démocrate et les Verts. Cette alliance, complexe et parfois fragile, témoigne de son talent de conciliateur et de sa volonté de maintenir la stabilité démocratique au centre de l'échiquier politique. Il réitère cette performance après les élections de 2021 en constituant la première coalition allemande associant la droite, les sociaux-démocrates et les libéraux du FDP. Sa longévité au pouvoir, faisant de lui le doyen des ministres-présidents allemands, lui confère une autorité morale indiscutable au sein du Bundesrat, qu'il préside de 2020 à 2021. Durant son passage à la tête de la chambre haute du Parlement fédéral, il incarne la voix des États de l'Est, rappelant constamment la nécessité d'une véritable unité nationale qui tienne compte des spécificités et des souffrances passées de ces territoires. Ses interventions sont marquées par une défense vigoureuse du fédéralisme et une méfiance à l'égard des politiques centralisatrices berlinoises.

Au-delà de son action politique, Reiner Haseloff demeure un homme de culture et de foi. Il s'investit particulièrement dans la préparation du jubilé de la Réforme en 2017, mettant en valeur l'héritage de Luther dans sa ville de Wittemberg. Son engagement au sein du Comité central des catholiques allemands montre que, pour lui, la sphère religieuse n'est pas séparée de l'engagement civique, mais en constitue la source vive. Il est également membre de nombreux conseils d'administration d'institutions culturelles et scientifiques, dont le prestigieux Deutsches Museum de Munich. Cet intérêt pour la transmission du savoir et la préservation du patrimoine souligne sa conviction que la politique ne peut s'abstraire d'une perspective historique de longue durée. Son style de gouvernance, souvent décrit comme discret et méthodique, a permis à la Saxe-Anhalt de traverser des crises sanitaires et économiques avec une résilience notable. Il a su transformer l'image de son Land, autrefois perçu comme une périphérie en difficulté, en un centre d'excellence pour la recherche scientifique et l'innovation technologique, fidèle à sa formation initiale de physicien.

La fin de son parcours à la tête du Land s'est dessinée avec la même sobriété qui a marqué ses débuts. Le passage de témoin à Sven Schulze, son successeur désigné, s'est effectué dans un esprit de transition ordonnée, typique de la culture politique qu'il a contribué à instaurer. Aujourd'hui, alors que nous sommes en février 2026, Reiner Haseloff a quitté ses fonctions officielles depuis peu de temps. Son départ du poste de ministre-président, officialisé à la fin du mois de janvier dernier, marque la fin d'une époque pour la Saxe-Anhalt. Le Land qu'il laisse derrière lui est profondément transformé par des années de stabilité gouvernementale et de croissance maîtrisée. Alors que les défis de la transition énergétique et de la cohésion sociale continuent de peser sur l'Allemagne contemporaine, l'héritage de cet homme qui a su concilier la précision du scientifique avec la souplesse du diplomate reste plus pertinent que jamais. La reconnaissance de son action dépasse aujourd'hui les clivages partisans, et son nom demeure associé à une période de consolidation démocratique majeure pour l'ancienne province de l'Est. Dans le tumulte de la vie politique actuelle, son parcours rappelle que l'exercice du pouvoir peut encore être synonyme de patience, de rigueur et de fidélité à ses racines, des valeurs qu'il a portées tout au long de sa vie, de son enfance à Bülzig jusqu'aux plus hautes sphères de l'État. En ce jour de février 2026, l'Allemagne salue la trajectoire d'un serviteur de la chose publique dont la discrétion n'a eu d'égal que l'efficacité.