SAINT MARIN - ANNIVERSAIRE
Lorenzo Bugli ou la permanence d une tradition républicaine au cœur du Titano

Le 20 février 1995, dans le cadre feutré de Borgo Maggiore, naquit Lorenzo Bugli, au sein d une République de Saint-Marin qui entamait alors une mutation profonde de son paysage politique. Pour comprendre l émergence de cette figure, il convient de se plonger dans l atmosphère des années quatre-vingt-dix, une période où la plus ancienne république du monde cherchait à concilier ses traditions millénaires avec les impératifs d une modernité européenne de plus en plus pressante. L enfance de Lorenzo Bugli s inscrit dans cette dualité géographique et culturelle propre au mont Titano, un territoire où la proximité sociale et l imbrication des familles au sein de la cité-État forgent précocement une conscience de la chose publique. Élevé dans le respect des valeurs de la démocratie chrétienne, qui constitue depuis l après-guerre le pivot central de la vie politique sammarinaise, le jeune Lorenzo a grandi au rythme des institutions de son pays, observant sans doute depuis le bas de la falaise les cérémonies séculaires du Palais Public qui allaient, trois décennies plus tard, devenir le théâtre de son propre destin national. Il fête aujourd'hui ses 31 ans.
Sa formation intellectuelle et professionnelle témoigne d un pragmatisme typique des classes moyennes de la République. Après l obtention d un diplôme en comptabilité à l institut Sandro Pertini en 2016, Lorenzo Bugli ne se contente pas des cadres théoriques de l économie de gestion. Il choisit d approfondir sa réflexion par des études à l Institut d études philosophiques de Lugano, en Suisse. Ce détour par la philosophie, loin d être une simple parenthèse académique, semble avoir structuré chez lui une capacité d analyse des courants de pensée et une rigueur intellectuelle qu il appliquera plus tard à l action politique. Parallèlement à ce parcours estudiantin, il manifeste très tôt un tempérament entrepreneurial, caractéristique de cette jeunesse sammarinaise dynamique qui refuse l immobilisme. Entre 2014 et 2016, alors qu il n a pas encore vingt ans, il prend la direction d un établissement de loisirs, le Club Republic, s initiant ainsi aux réalités de la gestion de terrain et aux relations humaines dans un contexte de libre entreprise. Cette première immersion dans le monde des affaires se poursuit ensuite dans le secteur des assurances et du marketing, où il occupe divers postes de responsable commercial. Ces expériences professionnelles, notamment au sein de l agence Pancotti, lui permettent de tisser un réseau solide au sein de la société civile et de comprendre les enjeux économiques auxquels sont confrontés les citoyens de la République au quotidien.
L engagement politique de Lorenzo Bugli n est pas le fruit d un hasard, mais l aboutissement d une lente maturation au sein du Partito Democratico Cristiano Sammarinese, le PDCS. C est par le biais du mouvement de jeunesse, les Giovani Democratico Cristiani, qu il gravit les premiers échelons. Dès 2016, il accède à la présidence des GDC, une fonction qu il occupera avec une longévité remarquable. Sous son impulsion, la jeunesse chrétienne-démocrate ne se contente plus d être une simple pépinière de militants ; elle devient un laboratoire d idées, s ouvrant largement sur l international. Lorenzo Bugli comprend très vite que l avenir de Saint-Marin, enclave de trente-quatre mille habitants au cœur de l Italie, dépend de sa capacité à exister sur la scène européenne. Il engage le mouvement dans les structures de la jeunesse du Parti Populaire Européen, participant activement aux travaux du YEPP et de l EDS. Cette vision internationale, alliée à un ancrage local indéfectible, lui permet de s imposer comme une figure incontournable de la relève politique. Son discours, axé sur la cohérence, le partage et la communication, résonne auprès d une génération qui aspire à un renouvellement des pratiques sans pour autant renier l héritage des pères fondateurs de la démocratie chrétienne.
En 2019, une étape décisive est franchie avec son élection au Conseil Grand et Général. À seulement vingt-quatre ans, il devient l un des plus jeunes conseillers de la République. Cette entrée au Parlement marque le début d une intense activité législative. Membre de la Commission des Affaires Étrangères, il se fait le défenseur d un accord d association équilibré avec l Union Européenne, conscient que la survie économique de Saint-Marin passe par une intégration plus poussée au marché unique tout en préservant les spécificités institutionnelles du pays. Son rôle au sein de l Union Interparlementaire lui permet de porter la voix de la petite République dans les instances mondiales, où il intervient sur les défis contemporains de la démocratie et la nécessité de surmonter les divisions sociales par la construction de communautés résilientes. Au sein du PDCS, son influence grandit, et il intègre la direction du parti en 2017, devenant un acteur clé de la stratégie politique de la majorité. Son action ne se limite pas aux murs du Palais Public ; il s investit également dans la vie associative et sportive, prenant la présidence du club de football SS Murata en 2025, illustrant ainsi sa volonté d être présent dans tous les secteurs de la vie sociale sammarinaise.
L apogée de son parcours intervient le 10 septembre 2025, lorsque son parti le désigne à l unanimité comme candidat à la Capitainerie Régente. Cette élection par le Conseil Grand et Général le 16 septembre suivant consacre son ascension fulgurante. Le 1er octobre 2025, lors d une cérémonie solennelle empreinte de toute la pompe médiévale propre aux institutions du Titano, Lorenzo Bugli prête serment comme Capitaine Régent, aux côtés de Matteo Rossi, représentant du Parti des Socialistes et des Démocrates. À l âge de trente ans, il entre dans l histoire comme le plus jeune chef d État au monde, un symbole puissant pour une République qui, tout en chérissant son passé, décide de confier ses destinées à sa jeunesse. Cette cohabitation au sommet de l État entre un démocrate-chrétien et un socialiste s inscrit dans la tradition du compromis sammarinais, visant à assurer la stabilité et l unité de la nation au-delà des clivages partisans. Durant son mandat, il s attache à promouvoir une politique de proximité, multipliant les interventions sur le droit à l information et la transparence de la vie publique, tout en gérant les dossiers sensibles liés à la réforme des pensions et à la modernisation administrative.
La vie privée de Lorenzo Bugli, bien que protégée par la discrétion inhérente aux familles de notables de la République, laisse apparaître un homme attaché aux plaisirs simples et aux traditions de son terroir. Amateur de football, passionné par les enjeux de communication numérique, il incarne cette nouvelle bourgeoisie sammarinaise, à la fois cosmopolite par ses voyages et ses lectures philosophiques, et profondément enracinée dans la géographie verticale du mont Titano. Sa capacité à concilier ses responsabilités régaliennes avec une carrière dans le secteur privé illustre la spécificité du modèle sammarinais, où la politique n est pas un métier mais un service temporaire rendu à la collectivité. Cette dualité, qui aurait pu être perçue comme un obstacle, est devenue sous sa plume et dans ses actes un argument en faveur d une meilleure compréhension des besoins du tissu économique par la classe dirigeante. Il a su éviter les pièges du populisme en proposant une vision structurée, fondée sur le respect des rôles et l autorité des institutions, tout en restant accessible à ses concitoyens qu il côtoie quotidiennement dans les ruelles de la Ville de Saint-Marin ou de Borgo Maggiore.
Aujourd hui, alors que son mandat de Capitaine Régent touche bientôt à son terme statutaire de six mois, Lorenzo Bugli continue de naviguer dans les eaux complexes de la politique nationale et internationale. La République traverse une phase de transition majeure avec la finalisation des accords avec Bruxelles et les ajustements budgétaires nécessaires à la relance post-crise. Son action, observée avec attention bien au-delà des frontières de la micro-nation, témoigne d une vitalité démocratique renouvelée. Alors que l hiver dépose ses derniers voiles sur les trois tours du Titano, la figure de Lorenzo Bugli demeure celle d un homme qui a su transformer la jeunesse en un atout politique majeur. Sa présence au sommet de l État, dans le cadre de ce semestre d hiver qui s achèvera en avril, rappelle que Saint-Marin possède cette capacité unique de se réinventer sans jamais se renier. En ce jour, les discussions au sein du Conseil portent sur les futurs investissements technologiques et la consolidation de la souveraineté numérique, des thèmes chers à ce jeune dirigeant qui a fait de la modernité le prolongement naturel de la tradition. Son parcours, bien que court dans le temps, s inscrit déjà dans la longue durée de l histoire sammarinaise, marquant le passage de témoin entre une génération formée durant la guerre froide et celle qui doit désormais penser l avenir de la République dans un monde globalisé.