AUTRICHE - ANNIVERSAIRE

Thomas Stelzer, la permanence du conservatisme danubien

Le 21 février 1967, Thomas Stelzer voit le jour à Linz, au cœur d’une Haute Autriche qui, déjà, s’affirme comme le bastion d’une certaine idée de la stabilité politique et sociale. Pour comprendre le destin de cet homme, il faut d’abord plonger dans le terreau fertile de cette région danubienne, où les traditions catholiques se mêlent harmonieusement à une industrie puissante et à un enracinement rural profond. Thomas Stelzer grandit dans la capitale provinciale, Linz, une cité qui porte en elle les stigmates et les gloires du développement industriel autrichien de l’après guerre. Son enfance est marquée par la structure rassurante de la classe moyenne autrichienne, un univers où le sens du devoir et l’attachement aux valeurs chrétiennes sociales constituent les piliers de l’éducation. C’est à Linz Harbach qu’il fréquente l’école primaire, avant d’entrer dans une institution qui jouera un rôle déterminant dans la formation de sa pensée et de son réseau social : le Kollegium Aloisianum. Ce lycée tenu par les Jésuites est bien plus qu’un simple établissement d’enseignement, il est le creuset où se forge une partie de l’élite régionale, inculquant une discipline de l’esprit et une vision du monde structurée par l’éthique catholique. Il fête aujourd'hui ses 59 ans.

En 1985, après avoir obtenu son baccalauréat au sein de ce prestigieux collège, Thomas Stelzer s’engage dans des études de droit à l’université Johannes Kepler de Linz. Ce choix n’est pas anodin dans le parcours d’un futur responsable public. Le droit, en Autriche peut être encore plus qu’ailleurs, constitue la grammaire du pouvoir et l’outil indispensable de l’administration du Bien Commun. Durant ses années universitaires, le jeune homme ne se contente pas d’étudier les codes, il s’immerge dans la vie associative et politique étudiante. Il rejoint la fraternité catholique Kaerntner Oberoesterreichische Verband Lamberg Steyr, s’inscrivant ainsi dans une longue tradition de sociabilité conservatrice où les amitiés nouées sur les bancs de la faculté préfigurent les alliances politiques de demain. Diplômé en 1990 avec le titre de Magister iur, il effectue son service militaire, étape obligée d’une intégration pleine et entière dans la communauté nationale, avant de débuter une carrière professionnelle qui le conduit naturellement vers l’un des piliers économiques de la province : la Raiffeisenlandesbank Oberoesterreich.

C’est dans ce secrétariat de direction, entre 1990 et 1992, que Thomas Stelzer observe de près les rouages financiers qui soutiennent le tissu économique des communes et des entreprises locales. Cette expérience bancaire, bien que brève, lui confère une compréhension intime des réalités budgétaires, une compétence qui deviendra sa marque de fabrique. Mais la politique l’appelle déjà avec force. Dès 1986, il avait commencé à militer au sein de la Junge OeVP, l’organisation de jeunesse du Parti populaire autrichien. Ce passage par les rangs de la jeunesse partisane est crucial pour comprendre sa trajectoire. Il y apprend l’art du compromis, la mobilisation militante et, surtout, il y trouve sa première grande cause politique : le combat contre l’énergie nucléaire. Dans une Autriche farouchement attachée à sa neutralité et à son environnement, la lutte contre la centrale de Temelin, située de l’autre côté de la frontière tchèque, devient pour lui un acte fondateur. Il organise des protestations et des blocages, montrant qu’un jeune conservateur peut aussi porter une voix contestataire lorsqu’il s’agit de défendre la sécurité de sa Heimat.

Sa vie privée s’ancre elle aussi dans cette géographie provinciale. Marié à Bettina, il s’établit à Wolfern, une commune paisible où il cultive une image de père de famille serein. Le couple a deux enfants, Lukas et Lena, qui grandissent loin de l’agitation médiatique de Vienne. Thomas Stelzer incarne cet idéal autrichien de l’homme politique qui, s’il exerce les plus hautes fonctions, demeure un voisin parmi les siens, amateur de randonnée, de course à pied et de ski. Cette normalité affichée est l’un de ses plus grands atouts politiques, elle lui permet de parler à une population qui se méfie des outrances et préfère la stabilité des traditions familiales aux révolutions sociétales.

L’ascension de Thomas Stelzer dans la hiérarchie du pouvoir est d’une régularité métronomique. En 1991, à l’âge de vingt quatre ans, il entre au conseil municipal de Linz, poste qu’il occupera par intermittence pendant plus d’une décennie. C’est là, dans l’arène communale, qu’il forge son expérience de gestionnaire. Parallèlement, il gravit les échelons de la Junge OeVP dont il devient le président régional pour la Haute Autriche en 1992, fonction qu’il conserve jusqu’en 2001. Cette longévité à la tête de la jeunesse du parti lui permet de constituer un socle de fidèles qui l’accompagneront tout au long de sa carrière. En 1997, il fait son entrée au Landtag, le parlement provincial de Haute Autriche. Il n’est alors qu’un jeune député, mais son sérieux et sa connaissance des dossiers législatifs le distinguent rapidement.

Le début des années deux mille marque un tournant. Thomas Stelzer devient le directeur de la section régionale de l’OeVP en 2001, un poste stratégique où il gère la machine partisane sous l’autorité du puissant Landeshauptmann Josef Puehringer. C’est à cette période qu’il devient l’architecte des succès électoraux du parti en Haute Autriche, peaufinant une stratégie de rassemblement qui va de l’électorat agricole traditionnel aux classes moyennes urbaines et industrielles. En 2009, il accède à la présidence du groupe parlementaire de l’OeVP au Landtag. Il y démontre une maîtrise parfaite du jeu parlementaire, capable de négocier des accords complexes tout en maintenant la cohésion de son camp. Son style n’est pas celui de l’orateur enflammé, mais celui du juriste précis, de l’administrateur qui préfère le résultat tangible à l’effet de tribune.

En 2015, sa nomination comme vice gouverneur de la Haute Autriche confirme son statut d’héritier présomptif. Responsable des portefeuilles de l’éducation, de la jeunesse et de la recherche, il place ces thématiques au cœur de son action, convaincu que la prospérité future de la région dépend de sa capacité d’innovation. La transition s’opère finalement en avril 2017, lorsque Josef Puehringer, après plus de vingt ans de règne, lui remet les clés de la province. Thomas Stelzer est élu Landeshauptmann avec une majorité écrasante, puis confirmé à la tête du parti régional. Il prend alors les rênes d’un Land qui est le moteur industriel de l’Autriche, mais qui doit faire face aux défis de la transition énergétique et de la concurrence mondiale.

Sous son égide, la Haute Autriche poursuit une politique de rigueur budgétaire doublée d’investissements massifs dans les infrastructures. Il lance l’Oberoesterreich Plan, un programme d’investissement de plusieurs milliards d’euros visant à moderniser les systèmes de santé, les transports et les réseaux numériques. Sur le plan politique, il gère avec pragmatisme des coalitions successives, d’abord avec le parti de la liberté, le FPO, puis dans une configuration plus originale de collaboration avec les Verts et les sociaux démocrates, témoignant de sa capacité à transcender les clivages partisans pour préserver la stabilité régionale. Il s’affirme comme une figure de proue de la droite autrichienne, occupant la fonction de vice président national de l’OeVP et portant la voix des provinces face au gouvernement fédéral de Vienne. Son discours, axé sur la sécurité, la performance économique et la défense du mode de vie autrichien, résonne particulièrement dans une période marquée par les incertitudes migratoires et les crises sanitaires.

Thomas Stelzer incarne plus que jamais cette figure du patriarche moderne, alliant une autorité naturelle à une écoute attentive des préoccupations quotidiennes de ses concitoyens. La Haute Autriche, sous sa gouvernance, a su traverser les tempêtes économiques de la première moitié de la décennie en préservant son tissu social. En ce 13 février 2026, alors que la région se prépare à célébrer le quatre vingtième anniversaire de la reconstruction de l’après guerre, le Landeshauptmann continue de tracer son sillon avec la même détermination tranquille. Sa vision d’une province dynamique, ancrée dans ses racines mais tournée vers l’excellence technologique, semble plus pertinente que jamais dans une Europe en quête de modèles de résilience. Thomas Stelzer, par son parcours sans faute et son enracinement profond, demeure le garant d’un équilibre précieux entre tradition et progrès, entre la vallée du Danube et les sommets alpins, affirmant la pérennité d’un conservatisme qui sait se réinventer sans jamais se renier.