FRANCE - MUNICIAPLES 2026
La bataille de la Rade : Toulon à l'heure du choix face à la poussée du RN

Toulon, fleuron naval de la Méditerranée et préfecture du Var, s'apprête à vivre le 15 mars 2026 des élections municipales d'une intensité politique rare. Pour comprendre la fièvre qui s'empare de la rade, il faut se tourner vers les résultats du scrutin de 2020. Il y a six ans, le maire sortant Hubert Falco écrasait la concurrence en raflant 61,39 % des voix dès le premier tour. Loin derrière, le Rassemblement National, mené à l'époque par Amaury Navarranne, n'avait pu réunir que 14,99 % des suffrages, figeant l'élection sans nécessiter de second tour. Mais le règne sans partage du baron varois s'est brutalement interrompu en avril 2023 : condamné à une peine d'inéligibilité de cinq ans, Hubert Falco a été contraint de démissionner. C'est sa première adjointe, Josée Massi, qui a pris les rênes de la ville. Aujourd'hui, cette succession forcée laisse place à une majorité sortante fracturée, offrant une brèche inédite à l'opposition pour l'échéance de 2026.
Cette instabilité institutionnelle a propulsé sur le devant de la scène une véritable lutte d'influence au sein du camp conservateur. La maire sortante, Josée Massi, a décidé de se présenter sans l'étiquette d'une formation politique traditionnelle, menant la liste « Mon parti, c'est Toulon ». Son programme s'articule autour de la continuité, mettant l'accent sur la sécurité, la solidarité, ainsi que l'attractivité économique et écologique de la cité varoise. Mais elle trouve sur son chemin le sénateur Les Républicains Michel Bonnus, qui a lui aussi officialisé sa propre candidature, actant la division de la droite toulonnaise.
Face à ce bloc fracturé, Laure Lavalette, députée et figure nationale du Rassemblement National, mène la liste « Un avenir pour Toulon » avec une dynamique indéniable, bénéficiant notamment du ralliement de l'écologiste régionaliste Emmanuel Le Lostec. À gauche, l'union n'est pas non plus au rendez-vous. Si Magali Brunel mène la liste d'alliance « Toulon en Commun » (soutenue par le PS, le PCF et les Écologistes), elle doit composer avec la présence d'une liste de La France Insoumise indépendante, conduite par Isaline Cornil, qui a refusé le principe d'une liste commune.
L'éclatement du paysage politique local se reflète avec une clarté implacable dans les récentes enquêtes d'opinion. Une étude de l'institut Ifop, dévoilée fin janvier 2026, a fait l'effet d'un électrochoc dans le microcosme toulonnais. Au premier tour, Laure Lavalette caracolerait en tête avec 39 % des intentions de vote. Elle distancerait très largement la maire sortante Josée Massi (24 %), Michel Bonnus (15 %), Magali Brunel (13 %), et la candidate insoumise Isaline Cornil, créditée de 6 %.
Les projections pour le second tour dessinent les véritables enjeux de ce scrutin. En l'état actuel des rapports de force, seule Josée Massi semble en mesure de constituer un barrage victorieux face à la candidate du Rassemblement National. Dans l'hypothèse d'un duel direct, la maire sortante l'emporterait d'une courte tête (52 % contre 48 % pour Laure Lavalette). En revanche, le sondage souligne avec force que si Michel Bonnus ou Magali Brunel se retrouvaient seuls face à la députée RN, Laure Lavalette s'imposerait et ferait basculer la ville.
Ce qui se joue actuellement sur les rives de la Méditerranée dépasse largement les frontières de l'agglomération toulonnaise. La ville représente l'un des trophées les plus convoités par le parti frontiste pour ces élections de 2026. La conquête d'une métropole d'une telle envergure militaire et stratégique viendrait valider la stratégie d'ancrage territorial du RN dans le sud de la France, prouvant sa capacité à s'imposer face à une droite traditionnelle divisée.
Pour le camp conservateur, l'incapacité de Josée Massi et de Michel Bonnus à trouver un terrain d'entente avant le 15 mars illustre les maux d'une famille politique peinant à organiser sa relève. La clé du scrutin résidera dans la capacité des électeurs à surmonter les clivages dès le premier tour, afin de dicter les inévitables logiques de désistement ou de maintien. Le second tour de Toulon s'annonce déjà comme l'un des plus scrutés et des plus déterminants du pays.