FRANCE - MUNICIAPLES 2026
Reims : Le rouleau compresseur "Vivons Reims" face au défi d'une opposition morcelée

Reims, douzième ville de France, mondialement connue pour son champagne et sa cathédrale où furent couronnés les rois, s'apprête à vivre un nouveau scrutin municipal sous le signe de la continuité. À un mois exactement du premier tour, fixé au 15 mars 2026, la capitale officieuse de la Champagne-Ardenne offre un paysage politique singulier, largement façonné par le triomphe de l'équipe sortante lors du précédent cycle électoral. Le 15 mars 2020, alors que la France basculait dans son premier grand confinement, le maire sortant Arnaud Robinet avait littéralement étouffé la concurrence. Il l'avait emporté dès le premier tour avec un score écrasant de 66,32 % des suffrages exprimés. Face à ce raz-de-marée, l'opposition n'avait récolté que des miettes : la liste d'union de la gauche menée par Éric Quénard plafonnait à 12,31 %, tandis que les écologistes (5,64 %) et le Rassemblement national (5,05 %) sauvaient tout juste leur présence au conseil municipal. Devant la majorité absolue obtenue par le premier édile, l'élection s'était achevée net, privant la ville d'un second tour devenu mathématiquement inutile.
C'est fort de ce bilan que le maire sortant, aujourd'hui affilié à Horizons et soutenu par Renaissance ainsi que par la direction nationale des Républicains, sollicite un troisième mandat sous la bannière « Vivons Reims ». Sa campagne s'appuie sur la transformation urbaine de la ville, citant des réalisations d'envergure telles que la Reims Arena ou la rénovation des promenades. Mais en ce mois de février 2026, de nouvelles candidatures émergent pour ébranler cette hégémonie. À l'extrême droite, le Rassemblement national a investi l'ancienne députée européenne Anne-Sophie Frigout, qui mène une campagne très offensive promettant un véritable « choc sécuritaire » (renforcement des effectifs de la police municipale, instauration d'un couvre-feu pour les mineurs). Sur le flanc de la droite traditionnelle, la majorité sortante doit par ailleurs affronter la candidature dissidente de Stéphane Lang. Ce conseiller municipal, après avoir vu l'investiture officielle LR lui échapper au profit du maire sortant, a décidé de faire cavalier seul en menant la liste « Les Rémois au cœur ». Son programme cible l'aménagement urbain et la vitalité économique du centre-ville.
Si la droite connaît quelques frictions, la gauche rémoise aborde ce scrutin de 2026 de manière très fragmentée, ce qui complique sa volonté de replacer l'urgence sociale au centre des débats. La France insoumise (LFI) a officiellement investi Patricia Coradel. La candidate mène une campagne de terrain axée sur trois priorités absolues : la lutte contre la précarité du logement (avec une attention ciblée sur les personnes sans-abri et l'accueil des migrants), le développement d'une offre de transports plus accessible, et la mise en place de cantines scolaires gratuites, 100% biologiques et locales pour les écoliers rémois. Patricia Coradel doit toutefois composer avec la présence de Sébastien Mura, un ancien militant insoumis parti lancer sa propre dynamique sous l'étiquette de la liste « Nous c'est Reims ». Parallèlement, l'historique opposant socialiste Éric Quénard tente à nouveau de fédérer le reste de la gauche (PS, PCF, Radicaux, Génération.s) avec sa liste « Pour Reims, une nouvelle ère ». Enfin, Thomas Rose maintient la présence de Lutte Ouvrière, assurant la pérennité de la voix de l'extrême gauche dans l'arène politique locale.
Face à cette multiplicité de listes concurrentes, l'hypothèse d'une bascule politique de la cité des sacres apparaît hautement improbable. Bien qu'aucun sondage de la dernière heure ne soit venu chiffrer les intentions de vote en cette fin de campagne, l'ensemble des analystes politiques s'accordent à désigner la liste « Vivons Reims » d'Arnaud Robinet comme la grande favorite du scrutin. Le véritable suspense de l'élection résidera dans la capacité des oppositions à atteindre la barre symbolique des 10 % pour exister politiquement, et dans l'ordre d'arrivée qui dessinera le nouveau rapport de force de l'opposition au sein du conseil municipal. Mais le défi le plus existentiel dépasse les clivages partisans : il s'agit de la participation citoyenne. En 2020, seulement un tiers des électeurs inscrits s'était déplacé pour glisser un bulletin dans l'urne. Si le climat de sidération lié à l'irruption du Covid-19 l'expliquait largement à l'époque, le scrutin du 15 mars 2026 agira comme un véritable juge de paix. Pour le maire sortant comme pour ses multiples challengers, l'ultime enjeu de ces dernières semaines est de convaincre les Rémois que cette élection mérite le déplacement.