FRANCE - MUNICIAPLES 2026
Argenteuil : Le choc des ambitions dans l'ombre de la désunion

À la lisière du Grand Paris, Argenteuil, quatrième commune d’Île-de-France avec ses 107 000 âmes, s'impose une nouvelle fois comme le théâtre d'une lutte acharnée pour le contrôle de la banlieue. Cette ancienne forteresse ouvrière, qui fut longtemps le joyau de la « ceinture rouge », a vu son identité politique se transformer sous l'égide de la droite, confirmant sa mutation lors du scrutin de 2020. Dans un climat marqué par une participation historiquement basse due à la pandémie, le maire sortant Georges Mothron (LR) l'avait alors emporté au second tour avec 45,36 % des suffrages, devançant de peu son rival historique, le socialiste Philippe Doucet (40,23 %), tandis que la liste citoyenne d'Omar Slaouti récoltait 14,41 %. Ce duel fratricide, qui dure depuis près de deux décennies, s’apprête à connaître un nouvel acte décisif les 15 et 22 mars 2026, au sein d'une ville où les fractures sociales et urbaines dictent le tempo des urnes.
Georges Mothron, figure tutélaire de la droite locale, brigue un nouveau mandat sous la bannière « Argenteuil toujours plus grand ! ». Sa campagne s'appuie sur une défense vigoureuse de son bilan, mettant en avant la métamorphose du secteur de la Porte-Saint-Germain et des Berges de Seine, où des centaines de logements neufs remplacent progressivement les friches industrielles. Pour le maire sortant, soutenu par Les Républicains et le Parti Radical, l'enjeu est de consolider une politique de « fermeté et d'attractivité ». Son programme insiste sur la généralisation du « permis de louer » pour éradiquer l'habitat indigne dans les quartiers anciens et sur un renforcement constant de la police municipale. Mothron joue la carte de la stabilité face à une opposition qu'il dépeint volontiers comme instable, espérant que la dynamique de rénovation urbaine suffira à convaincre une classe moyenne émergente de lui renouveler sa confiance.
Face à lui, Philippe Doucet opère un retour politique que beaucoup jugeaient improbable. Après avoir purgé une peine d’inéligibilité qui a pris fin en décembre 2025, l'ancien député-maire mène la liste « Notre parti c’est Argenteuil ! ». Pour cette reconquête, il a opéré un virage stratégique vers le centre, réussissant à agréger autour de lui des cadres locaux de Renaissance et du MoDem, ainsi que le Parti Radical de Gauche représenté par Sandra Ryadi. Cette coalition hybride, classée Divers Gauche (DVG), tente de bâtir une « troisième voie » capable de séduire les déçus du macronisme et les nostalgiques de sa gestion passée. Doucet axe son discours sur la proximité et la gestion pragmatique des services publics, tout en dénonçant une « bétonisation » excessive de la ville sous la mandature actuelle. Sa capacité à incarner un recours crédible dépendra toutefois de sa capacité à faire oublier ses anciens revers judiciaires et à mobiliser au-delà de son premier cercle de fidèles.
Cependant, la route vers l’hôtel de ville est encombrée par une gauche plus fragmentée que jamais, rendant l'issue du scrutin particulièrement illisible. À la gauche de Philippe Doucet, deux blocs distincts se font face : d'un côté, Yassin Zeghli porte les couleurs de La France Insoumise avec la liste « Nous, les argenteuillais.es », fort d'un soutien massif des instances nationales et d'un meeting récent avec Jean-Luc Mélenchon qui a galvanisé les quartiers populaires. De l'autre, Nicolas Bougeard mène « La gauche rassemblée », une coalition regroupant le Parti Socialiste, les communistes et les écologistes, revendiquant une forme de sérieux institutionnel. Cette division tripartite du camp progressiste affaiblit mathématiquement les chances de renverser Georges Mothron dès le premier tour. Bien qu’aucun sondage de grande ampleur n’ait encore fuité, les analystes s'accordent sur le fait que le maire sortant bénéficie d'une « prime au sortant » solide, tandis que ses adversaires se disputent les mêmes réserves de voix. À un mois du premier tour, Argenteuil reste une énigme politique : une ville où la droite règne par la division de ses opposants, et où chaque camp attend fébrilement de voir si le sursaut de participation viendra bousculer un ordre qui semble, pour l'heure, immuable.