FRANCE - MUNICIAPLES 2026
L’Arène des Vanités : Nîmes face au crépuscule d’un empire

Nîmes, avec ses arènes romaines majestueuses et ses boulevards bordés de micocouliers, a longtemps été considérée comme le joyau inexpugnable de la droite conservatrice dans le Gard. Sous le règne de Jean-Paul Fournier, qui tient les rênes de la cité depuis un quart de siècle, la ville a cultivé une image de stabilité quasi impériale. Mais alors que le premier tour des élections municipales du 15 mars 2026 approche, l’ombre du "vieux lion" ne suffit plus à masquer les lézardes d’un édifice politique en péril. Pour comprendre l’enjeu de ce scrutin, il faut se replonger dans l’épilogue de 2020, une année où la légitimité de Fournier semblait encore intouchable malgré un paysage déjà fragmenté. Au premier tour, le maire sortant s’était imposé avec 34,35 % des voix, distançant une gauche désunie et un centre hésitant. Le second tour, marqué par une quadrangulaire acharnée, avait finalement scellé sa victoire avec 41,96 % des suffrages. Face à lui, l’union de la gauche menée par Vincent Bouget avait récolté 26,47 %, tandis que le centriste Yvan Lachaud s’effondrait à 18,62 % et que le candidat du Rassemblement National, Yoann Gillet, fermait la marche avec 12,92 %. Six ans plus tard, le décorum est resté le même, mais les acteurs s’entredéchirent pour l’héritage d’un trône désormais vacant.
L'annonce du retrait de Jean-Paul Fournier a transformé la mairie de Nîmes en un théâtre de guerre fratricide, où la droite part au combat en ordre dispersé. D’un côté, Franck Proust, président de Nîmes Métropole et dauphin institutionnel, porte les couleurs de la liste « Tout Nîmes », soutenu par Les Républicains et Horizons. Son programme mise sur la continuité infrastructurelle, avec la promesse de maintenir un niveau d'investissement record dépassant les 100 millions d'euros par an, tout en sanctuarisant la sécurité urbaine, un pilier historique de la gestion Fournier. De l'autre côté de la tranchée se dresse Julien Plantier, premier adjoint sortant et transfuge de luxe. En refusant l'union derrière Proust pour sceller, le 22 décembre 2025, une alliance spectaculaire avec Valérie Rouverand (Renaissance) sous la bannière « Nîmes Avenir », Plantier a dynamité la majorité sortante. Sa plateforme politique se veut une rupture générationnelle, articulée autour d'un « Plan Marshall » pour la voirie de 70 millions d'euros et une volonté de "débureaucratiser" l'administration municipale. Cette scission entre le canal historique et les réformistes centristes offre une brèche inespérée à une opposition qui n'a jamais été aussi organisée.
C’est dans cette faille que s’engouffre Vincent Bouget, figure de proue de la coalition « Nîmes en commun ». Le leader communiste, ayant réussi le tour de force de maintenir l'unité entre le PCF, le Parti Socialiste et les Écologistes, mène une campagne de proximité chirurgicale. Son projet phare, la gratuité progressive des transports en commun et la création de "maisons de quartier" dotées de services publics renforcés, vise à réintégrer la périphérie nîmoise dans le cœur battant de la cité. Mais la gauche n'est pas la seule à flairer l'alternance. Le Rassemblement National, conscient que Nîmes est l'une des rares grandes villes du sud à lui avoir toujours résisté, a dépêché Julien Sanchez pour mener la liste « Fiers d’être Nîmois ! ». L’ancien maire de Beaucaire, fort de sa stature nationale, joue la carte de l'ordre et de la préférence locale, espérant que l'usure de la droite et la division entre Proust et Plantier lui permettront de virer en tête dès le soir du 15 mars. La dynamique du RN est d'ailleurs alimentée par des ralliements symboliques, comme celui de Monique Boissière début février, ancienne adjointe de Fournier, illustrant la porosité croissante d'un électorat conservateur déboussolé par la fin de règne du patriarche.
À l'heure où les Nîmois s'apprêtent à voter dans moins d'un mois, les rares projections disponibles en ce milieu de février 2026 dessinent un paysage politique d'une instabilité chronique. Les enquêtes d'opinion internes et les dernières tendances du terrain suggèrent un match à trois, voire à quatre, d'une incertitude totale. Le bloc du Rassemblement National semble bénéficier d'une dynamique de premier tour qui pourrait le placer en pole position, capitalisant sur l'éparpillement des voix de droite. Franck Proust et Vincent Bouget se livrent une bataille de tranchées pour la seconde place, tandis que l'alliance Plantier-Rouverand joue sa survie sur sa capacité à apparaître comme le "troisième homme" indispensable à toute coalition de second tour. L'enjeu dépasse largement les frontières du Gard : Nîmes est devenue le laboratoire national de la recomposition politique. Si la ville basculait vers le RN ou la gauche d'union, ce serait le signe définitif de l'effondrement d'un modèle de gestion municipale hérité du siècle dernier. Dans les cafés du Boulevard Victor-Hugo, on murmure que l'empire de Jean-Paul Fournier ne tombera pas sous les assauts d'un conquérant, mais sous le poids de sa propre succession, laissant une cité millénaire face à l'inconnu d'un second tour qui s'annonce déjà comme l'un des plus électriques de l'histoire moderne de la ville.