ETATS UNIS - ANNIVERSAIRE
L’échiquier politique de Bob Ferguson

Robert Watson Ferguson est né le 23 février 1965 à Seattle, dans l’État de Washington, au sein d’une famille présente depuis quatre générations dans le nord-ouest pacifique des États-Unis. Ses arrière-grands-parents ont établi leur foyer sur les rives de la rivière Skagit au cours du XIX? siècle, à proximité de ce qui est aujourd’hui la localité de Marblemount, inscrivant durablement la famille dans l’histoire de cette région. Son père, Murray Ferguson, fait carrière comme responsable des installations chez Boeing, pilier industriel et employeur central de l’aire métropolitaine de Seattle. Sa mère, Betty Hausmann, enseigne l’éducation spécialisée dans le système scolaire public de Seattle, incarnant les valeurs de service public et d’attention portée aux plus vulnérables. Dernier né d’une fratrie de sept enfants, il grandit dans un foyer animé où se forgent très tôt son sens de l’initiative, sa combativité et sa capacité à se faire entendre au sein d’un collectif exigeant. Il fête aujourd'hui ses 61 ans.
Dès sa jeunesse, il se distingue par une intelligence analytique singulière, qui trouve un terrain d’expression privilégié dans la pratique intensive du jeu d’échecs. Loin d’être un simple loisir, cette passion structure sa manière de réfléchir et d’anticiper. Il remporte à deux reprises le championnat d’échecs de l’État de Washington dans les années 1980 et participe à des compétitions internationales, atteignant le niveau de maître, performance rare dans la population générale. Cette discipline lui enseigne l’importance du positionnement, de la prévision des réactions adverses et de la préparation de plusieurs coups d’avance, autant de réflexes qu’il transposera plus tard dans son approche des batailles judiciaires et électorales. Chaque confrontation politique prend ainsi pour lui la forme d’une partie d’échecs à l’échelle d’un État.
Son parcours académique reflète une volonté d’allier excellence intellectuelle et engagement civique concret. Diplômé de l’établissement secondaire Bishop Blanchet en 1983, il poursuit ses études à l’Université de Washington, où il s’implique dans la vie étudiante jusqu’à présider l’association des étudiants. Cette première expérience de représentation lui donne un aperçu direct des mécanismes de la décision collective. Animé par une forte conscience sociale, il s’engage ensuite pendant un an au sein du Jesuit Volunteer Corps, où il dirige un bureau de services d’urgence et se trouve confronté aux réalités de la précarité et de l’exclusion dans l’Amérique contemporaine.
Cette vocation pour la justice sociale le conduit naturellement vers des études de droit. Il traverse le pays pour intégrer la faculté de droit de l’Université de New York (NYU School of Law), l’une des institutions juridiques les plus réputées des États-Unis. Au cours de sa formation, il bénéficie d’une bourse destinée à fournir une assistance juridique à la tribu amérindienne Yaqui, à Guadalupe, en Arizona, et travaille directement au sein de cette communauté pour défendre ses droits face aux complexités administratives fédérales. Cette immersion renforce sa conviction que le droit constitue un instrument essentiel de protection des citoyens les plus vulnérables face aux pouvoirs économiques et politiques.
De retour dans le nord-ouest, il entame une carrière d’avocat à Seattle au sein du cabinet Preston Gates & Ellis, futur K&L Gates, où il se spécialise dans le contentieux civil et commercial. Parallèlement, il consolide les fondations de sa vie privée, qu’il s’efforcera toujours de préserver des turbulences de la vie politique. Il épouse Colleen en 2004, et le couple fonde une famille avec des jumeaux, Jack et Katie, qui deviennent pour lui un ancrage et un point d’équilibre dans un quotidien marqué par des responsabilités publiques croissantes.
Son entrée véritable dans la politique élective intervient en 2003, lorsqu’il décide de se présenter au conseil du comté de King. Il affronte alors Cynthia Sullivan, élue sortante démocrate qui occupe ce siège depuis près de vingt ans. Menant une campagne de terrain très soutenue, frappant à des milliers de portes dans son district, il construit sa légitimité sur le renouvellement, la proximité avec les électeurs et la volonté de rendre les institutions plus accessibles. Contre les pronostics, il l’emporte et symbolise l’émergence d’une nouvelle génération de responsables locaux capables de remettre en cause les routines des appareils partisans.
Au sein du conseil du comté de King, où il siège de 2004 à 2013, il se forge progressivement une réputation d’administrateur rigoureux. Il représente d’abord le deuxième district, puis le premier après un redécoupage, et concentre son action sur des enjeux structurants : aménagement du territoire, finances publiques locales et transparence de l’action administrative. Ses collègues lui reconnaissent une capacité à construire des compromis solides sans renoncer à ses principes, et l’élisent président du conseil en 2009. Cette période lui permet d’apprendre la gestion d’une institution délibérative complexe, dans un contexte national déjà marqué par une polarisation accrue.
Désireux de peser davantage sur les orientations de son État, il se porte candidat au poste de procureur général de l’État de Washington lors de l’élection de 2012. Il affronte alors son collègue du conseil du comté, le républicain Reagan Dunn, dans une campagne très disputée. Sa victoire, avec 53,5% des suffrages, marque un tournant décisif. Entré en fonctions début 2013, il entreprend de renforcer significativement les capacités du bureau du procureur général pour poursuivre les entreprises délinquantes, protéger les consommateurs, lutter contre les pratiques financières abusives et les fraudes commerciales.
Le contexte politique national donne rapidement à son mandat une dimension particulière. Avec l’arrivée de l’administration Trump à la Maison-Blanche en 2017, les procureurs généraux des États démocrates deviennent des acteurs centraux de la résistance institutionnelle face aux changements rapides en matière de régulation environnementale et de droits sociaux. Bob Ferguson s’impose alors comme l’un des stratèges juridiques les plus en vue, utilisant les prérogatives de son État pour contester systématiquement de nombreuses décisions fédérales devant les tribunaux.
Son action la plus emblématique intervient au début de 2017, lorsqu’il intente un recours contre le décret présidentiel restreignant l’immigration en provenance de plusieurs pays à majorité musulmane, le « travel ban ». L’ordonnance de suspension obtenue en justice a un effet national et place immédiatement le procureur général de Washington au centre de l’attention médiatique. Au cours du mandat de Donald Trump, son bureau engage près d’une centaine d’actions en justice contre l’administration fédérale et remporte la grande majorité de ces dossiers, ce qui contribue à asseoir son image de défenseur tenace de l’État de droit.
Durant ses trois mandats successifs comme procureur général, il fait de la lutte contre la crise des opioïdes l’un de ses axes majeurs. Il poursuit de grandes entreprises pharmaceutiques qu’il juge responsables de pratiques ayant favorisé la dépendance à ces substances, et obtient pour l’État de Washington des règlements et indemnisations se chiffrant en centaines de millions de dollars. Ces sommes sont destinées à financer des programmes de traitement, de prévention et de soutien aux communautés les plus touchées, renforçant sa réputation d’avocat des intérêts sanitaires de ses concitoyens.
Lorsque le gouverneur Jay Inslee annonce qu’il ne briguera pas un quatrième mandat, une nouvelle phase s’ouvre dans la vie politique de l’État. Fort de son bilan et d’une notoriété bien établie, Bob Ferguson se lance dans la course au poste de gouverneur pour l’élection du 5 novembre 2024. Il affronte le républicain Dave Reichert, ancien membre du Congrès et ancien shérif du comté de King, dans une campagne centrée sur la sécurité publique, la crise du logement abordable et la protection du droit à l’avortement. Il met en avant sa longue expérience à la tête de grandes institutions publiques et sa capacité à obtenir des résultats concrets face à des adversaires puissants.
Le scrutin de novembre 2024 confirme clairement son avance. Il remporte l’élection avec un peu plus de 55% des suffrages, devenant ainsi le vingt-quatrième gouverneur de l’État de Washington. Ce succès traduit à la fois une reconnaissance personnelle de son parcours et la continuité de l’ancrage démocrate dans cet État de la côte ouest. Il hérite d’une économie dynamique, parmi les plus importantes du pays en termes de produit intérieur brut, mais également de défis majeurs liés à la croissance démographique et aux inégalités territoriales.
Son investiture officielle, organisée le 15 janvier 2025 au Capitole d’Olympia, ouvre une nouvelle séquence politique. Dans son discours inaugural, il insiste sur la nécessité de concilier rigueur budgétaire, maintien des filets de sécurité sociale et investissements massifs dans les infrastructures et le logement. Les premiers mois de son mandat sont marqués par des annonces d’investissements dans les transports, d’initiatives pour accélérer la construction de logements abordables et de politiques environnementales destinées à renforcer la résilience climatique de l’État.
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L’actualité récente illustre l’intensité de son action à la tête de l’exécutif de l’État de Washington. Au début de 2026, il prononce un discours sur l’état de l’État au ton résolument optimiste, soulignant l’attractivité économique de la région et la préparation de Seattle à accueillir des matchs de la Coupe du Monde de football 2026. Dans le même temps, il doit gérer les conséquences d’inondations particulièrement graves survenues à l’automne précédent : à la mi-février 2026, il sollicite officiellement une aide financière importante auprès de l’agence fédérale FEMA pour réparer les dégâts matériels et soutenir les communautés touchées. Parallèlement, il continue de façonner le paysage judiciaire de l’État par des nominations ciblées, comme celle de Doris Walkins à la cour supérieure du comté de Pierce, annoncée en février 2026.
Dans ce contexte, Bob Ferguson apparaît comme l’une des figures centrales du nouveau fédéralisme progressiste américain. À la suite d’une décision majeure de la Cour suprême annulant l’usage d’un dispositif légal fédéral contesté pour imposer certains tarifs douaniers, décision qu’il salue publiquement, il rappelle le rôle des États dans la défense de l’équilibre institutionnel et de la sécurité juridique. L’ancien champion d’échecs devenu gouverneur continue de déplacer ses pièces avec méthode, cherchant à concilier les exigences de la politique locale et les enjeux constitutionnels nationaux, et confirmant une place singulière dans la vie politique contemporaine des États-Unis.