ILES COOK - ANNIVERSAIRE

Mark Brown, la politique insulaire au rythme de l’océan Pacifique

Mark Stephen Brown voit le jour le 28 février 1963 à Avarua, principale agglomération nichée sur les rivages volcaniques de l’île de Rarotonga, épicentre administratif de l’archipel des îles Cook. Sa naissance intervient dans une période charnière, deux ans avant que son territoire n’accède à l’autonomie interne en libre association avec la Nouvelle-Zélande, le 4 août 1965. Dès ses premières années, l’enfant grandit dans un environnement où l’immensité de l’océan structure la vie quotidienne, impose l’isolement géographique et façonne l’identité des insulaires. L’océan n’est pas seulement une frontière, il est le cadre des échanges, le ressort des solidarités et l’horizon constant des ambitions humaines. Dans ce microcosme insulaire, le jeune garçon construit sa compréhension du monde au sein d’une société imprégnée de traditions et d’un profond respect pour l’héritage coutumier. Il fête aujourd'hui ses 63 ans.

Le parcours éducatif du futur chef de gouvernement reflète la trajectoire fréquente des élites océaniennes, contraintes à partir pour compléter leur formation. Il fréquente d’abord les établissements de son île natale, passant notamment par la Nikao Maori School, la Nikao Side School puis le Tereora College. L’étroitesse des infrastructures éducatives locales le conduit ensuite, grâce à une bourse, en Nouvelle-Zélande, où il achève son cycle secondaire au Gisborne Boys’ High School. Il poursuit son apprentissage dans l’enseignement supérieur en obtenant un diplôme en gestion du secteur public (Public Sector Management) à la Massey University, avant de décrocher une maîtrise en administration des affaires (MBA) à la University of the South Pacific, consolidant ainsi un socle de compétences adapté aux rouages administratifs et économiques contemporains.

Fort de ce bagage académique, il regagne sa terre d’origine avec la volonté de contribuer au développement du pays, entamant une carrière à la croisée du service public et de l’initiative privée. Il travaille au sein de la fonction publique, notamment comme responsable (head) au ministère de l’Agriculture, en prise directe avec un secteur essentiel pour l’économie et la sécurité alimentaire. Il devient ensuite conseiller politique au bureau du Premier ministre, poste qui l’initie aux mécanismes de l’appareil d’État. Parallèlement, il se lance comme promoteur immobilier et s’investit dans le monde économique en assumant la vice?présidence de la Chambre de commerce des îles Cook, tout en présidant l’association nationale de touch (Cook Islands Touch Association), ancrant ainsi sa légitimité dans la société civile et le tissu entrepreneurial.

Cette accumulation d’expérience administrative, économique et associative trouve son prolongement naturel dans son entrée en politique nationale. Candidat malheureux en 2006 dans la circonscription de Takuvaine–Tutakimoa, il est finalement élu député en 2010 sous les couleurs du Cook Islands Party, formation politique historique de l’archipel. Il est nommé ministre des Finances en décembre 2010, s’installant d’emblée au cœur de la décision gouvernementale. Dans un micro?État fortement dépendant du tourisme international et de l’aide extérieure, la conduite des finances publiques exige une vigilance permanente. Il s’attache à renforcer la crédibilité budgétaire du pays, à soutenir l’investissement et à préserver l’équilibre des comptes dans un environnement extérieur volatil. Sa constance et sa maîtrise des dossiers le conduisent à être nommé vice?Premier ministre à la suite des élections de 2018, confirmant son rôle central au sein du gouvernement d’Henry Puna.

Le basculement vers la magistrature suprême s’opère en 2020, dans un contexte mondial marqué par la crise sanitaire. En juin 2020, le Premier ministre Henry Puna annonce son intention de quitter ses fonctions pour briguer le poste de secrétaire général du Forum des îles du Pacifique et désigne Mark Brown comme successeur. Le 1er octobre 2020, à la suite du retrait de Puna, Brown est élu et prête serment comme douzième Premier ministre de l’histoire des îles Cook. Il accède au pouvoir au moment où la pandémie de Covid?19 paralyse les échanges et impose une fermeture rigoureuse des frontières afin de protéger une population insulaire vulnérable, ce qui provoque l’effondrement brutal de l’industrie touristique, pilier de l’économie nationale. Tout en conservant le portefeuille des Finances, il met en œuvre des mesures de soutien d’urgence pour les ménages et les entreprises, mobilisant les ressources limitées de l’État et les dispositifs d’assistance régionale afin d’amortir le choc.

Ayant traversé la phase aiguë de la pandémie, Mark Brown obtient le renouvellement de sa majorité lors des élections d’août 2022 et entame un nouveau mandat. Conscient de la vulnérabilité d’un modèle trop dépendant du tourisme, il fait de la diversification économique un axe structurant de sa politique. Il porte une attention particulière à la valorisation de la vaste zone économique exclusive des îles Cook, riche en ressources marines encore largement inexploitées. Au cœur de cette stratégie figure la perspective de l’exploitation des nodules polymétalliques, ressources convoitées pour l’industrie technologique mondiale. Son gouvernement soutient le développement de la filière minière sous?marine et maintient le cadre législatif permettant la poursuite des licences d’exploration, en dépit des critiques de nombreux mouvements écologistes et de plusieurs études mettant en garde contre les risques environnementaux et la rentabilité incertaine.

L’influence politique de Mark Brown dépasse rapidement les frontières de son archipel. À la tête d’un pays hôte du 52e sommet du Forum des îles du Pacifique en 2023, il assume la présidence de cette organisation régionale et contribue à porter la voix des petits États insulaires sur la scène internationale. Sous sa présidence, la diplomatie climatique de la région insiste sur la justice climatique, la reconnaissance de la responsabilité des grandes puissances dans le réchauffement global et la nécessité de mécanismes de financement adaptés aux pertes et dommages subis par les communautés insulaires. Il multiplie les interventions dans les conférences internationales pour rappeler que la vulnérabilité géographique des îles peut devenir un levier politique, capable d’interpeller les grandes nations sur l’urgence de mesures concrètes.

L’affirmation croissante d’une souveraineté insulaire assumée sous son mandat s’accompagne de tensions avec la Nouvelle?Zélande, ancienne puissance administrante et partenaire majeur des îles Cook. En 2025, Wellington décide de suspendre près de 30 millions de dollars néo?zélandais d’aides budgétaires directes, correspondant à deux années de Core Sector Support, après la signature par les îles Cook de plusieurs accords de coopération avec la Chine sans consultation préalable jugée suffisante. Cette suspension d’une aide vitale pour l’équilibre du budget national provoque un sérieux refroidissement diplomatique. Mark Brown adopte alors une posture de défense résolue de l’autonomie politique de son pays, rappelant que la libre association n’implique pas la renonciation au droit de conduire sa propre politique de développement. Dans ce contexte, son gouvernement formalise en février 2025 un plan d’action 2025?2030 avec la Chine, couvrant notamment l’économie bleue, les infrastructures et la coopération technique, ce qui alimente les préoccupations stratégiques au sein des partenaires occidentaux.

En parallèle de ces turbulences géopolitiques, l’exécutif poursuit la modernisation des infrastructures essentielles. Un vaste programme de rénovation et de sécurisation des réseaux d’adduction d’eau potable a déjà été engagé, notamment à travers le projet Te Mato Vai sur Rarotonga, déclaré achevé en 2021, et relayé par d’autres initiatives pour renforcer la résilience climatique et la qualité des services dans les îles. Le budget 2025?2026 continue de prévoir des investissements dans les systèmes d’eau et les infrastructures de base, en particulier pour les communautés les plus isolées. Cette continuité dans l’action publique illustre la volonté de maintenir la cohésion nationale en assurant un accès durable aux services fondamentaux, malgré les secousses diplomatiques et les contraintes financières.

La trajectoire de Mark Brown au sommet de l’État résume les tensions et défis auxquels sont confrontés les micro?États du Pacifique : concilier la fidélité aux traditions sociétales et coutumières avec l’obligation de s’adapter aux dynamiques de la mondialisation, aux crises climatiques et aux rivalités de puissance. Son leadership s’exerce à la manière d’un navigateur politique, cherchant à élargir les perspectives de développement de son peuple au?delà de la barrière de corail, tout en restant attaché aux fondements culturels et spirituels qui ont façonné ses premières années sur les rives de Rarotonga.