FRANCE - MUNICIPALES 2026

Perpignan : l’heure de vérité pour le laboratoire catalan de Louis Aliot

La Tramontane qui balaie les avenues bordées de palmiers de Perpignan semble porter avec elle la fièvre d’une fin de campagne. À un peu plus de deux semaines du premier tour des élections municipales, programmé le 15 mars 2026 (puis le 22 mars en cas de second tour), la préfecture des Pyrénées-Orientales est sous le feu des projecteurs. Depuis 2020, cette cité catalane occupe une place à part dans le paysage politique français : Perpignan est présentée comme la première victoire du Rassemblement national dans une ville de plus de 100 000 habitants depuis Toulon (1995).

Pour saisir l’intensité du scrutin à venir, il faut remonter au séisme de 2020. Le 15 mars, Louis Aliot s’était hissé en tête avec 35,65% des suffrages, reléguant le maire sortant Les Républicains, Jean-Marc Pujol, à 18,43%. Derrière, l’écologiste Agnès Langevine (14,51%) et le député Romain Grau (13,17%) constataient, chacun à leur place, une dynamique que le second tour allait cristalliser. Repoussé au 28 juin en raison de la pandémie, ce second tour avait scellé un tournant local : Louis Aliot s’emparait de la mairie avec 53,09% des voix contre 46,91% pour Jean?Marc Pujol.

L’édile sortant aborde aujourd’hui la bataille avec la prime au sortant et une stratégie d’ancrage qu’il revendique, en mettant en avant des thèmes de gestion municipale comme la sécurité, la propreté ou la vitalité du commerce de proximité. Pour marquer sa force de frappe à l’approche du sprint final, un grand meeting est annoncé au Parc des Expositions : Jordan Bardella et Louis Aliot doivent y apparaître ensemble, le 28 février 2026 à 17h.

Face à lui, l’opposition cherche un chemin dans un paysage en recomposition. Bruno Nougayrède a officialisé sa candidature et installe une campagne orientée autour de l’attractivité, en évoquant aussi des sujets de circulation et de transports du quotidien. Sur le flanc centriste et écologiste, Agnès Langevine et Annabelle Brunet se sont affichées unies ; elles présentent leur démarche comme un rassemblement “au-delà des étiquettes”, avec une critique du manque de projets structurants et l’idée de “changer de braquet” pour la ville.

À gauche, la situation reste celle d’un archipel politique, où l’unité se travaille autant qu’elle se discute. Mathias Blanc conduit la liste « Perpignan Autrement », et la section locale du Parti communiste français a communiqué sur son soutien à cette liste. Sur le fond, les priorités qu’affichent les forces de gauche dans cette séquence — urgence sociale, services publics, climat, eau, mobilités — relèvent à la fois de marqueurs programmatiques et d’une bataille de récit, tant les sensibilités et les offres concurrentes compliquent l’émergence d’une candidature unique.

À l’approche du scrutin, une mécanique demeure : l’éparpillement des oppositions peut, en pratique, favoriser le maire sortant si plusieurs listes significatives se maintiennent au premier tour. Plus largement, au-delà de Perpignan, l’enjeu pour le RN s’inscrit aussi dans une stratégie de crédibilisation par l’exercice local du pouvoir, un ressort régulièrement commenté quand il est question des équilibres nationaux à l’horizon 2027.

Perpignan n’est donc pas seulement le théâtre d’un affrontement local sur l’urbanisme, la police municipale ou les infrastructures. La capitale de la Catalogne nord s’apprête à livrer le verdict d’une expérience politique à ciel ouvert, scrutée bien au-delà des Pyrénées-Orientales.