FRANCE - MUNICIPALES 2026
Besançon : L'heure des comptes sous la citadelle

Nichée dans un méandre parfait du Doubs et jalousement veillée par la citadelle de Vauban, Besançon s’avance vers une nouvelle bataille municipale avec cette gravité particulière des villes qui se savent observées. Élue pour la première fois en 2020, Anne Vignot brigue un second mandat, au terme d’une séquence où l’enthousiasme des débuts s’est frotté, jour après jour, à la rugosité du réel.
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Dans cette ville longtemps identifiée à la gauche, 2020 avait déjà marqué une bascule en installant à l’Hôtel de Ville une coalition conduite par une écologiste. Les cartes, depuis, se sont rebrassées : les fidélités se tendent, les impatiences montent, et le moindre choix d’aménagement devient l’écho local de fractures nationales.
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Anne Vignot repart au combat sous la bannière « Besançon : vivante, juste et humaine ». Autour d’elle, une coalition explicitement annoncée comme soutenue par Les Écologistes, le Parti socialiste, Place publique et le Parti communiste, tentant de préserver une ossature d’union là où les lignes de faille se multiplient. Mais la campagne n’a rien d’un long fleuve tranquille : la mécanique électorale se grippe parfois sur des affaires de personnes, et la majorité sortante se retrouve sommée de défendre un bilan scruté à la loupe.
Symbole de ces turbulences, Jean?Sébastien Leuba — passé de tête de liste socialiste à colistier d’Anne Vignot après un accord national PS–EELV — a fait l’objet d’une procédure interne au Parti socialiste pouvant conduire à une exclusion provisoire, selon la presse locale. L’intéressé a indiqué avoir formé un recours qu’il présente comme suspensif, tandis que la maire sortante a, de son côté, insisté publiquement sur le respect de la présomption d’innocence et sur l’engagement de démissionner des fonctions municipales si la sanction venait à être confirmée.
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Face à cette majorité sous tension, l’opposition s’organise, et l’affiche prend des allures de duel annoncé. Ipsos place en tête, à égalité, Anne Vignot et Ludovic Fagaut, ce dernier conduisant une liste soutenue par Les Républicains et le MoDem. Dans l’ombre de ce face?à?face, d’autres candidatures s’efforcent d’exister et de peser, quitte à compliquer les équations d’entre?deux?tours.
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Le sondage Ipsos dessine en parallèle un paysage mental plus ambivalent qu’il n’y paraît : moins d’un Bisontin sur deux se dit satisfait de l’action municipale depuis 2020 (47%). Deux domaines, pourtant, semblent offrir à la sortante un socle solide : les transports en commun (78% de satisfaits) et l’environnement (68%). Mais le tableau se fissure nettement dès qu’il s’agit des conditions de circulation et de stationnement, qui ne satisfont que 30% des habitants, tandis que la sécurité n’obtient que 40% de satisfaits.
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Cette ambivalence se traduit dans l’air du temps : 38% souhaitent voir l’équipe sortante reconduite, quand 57% s’y opposent. Et elle se retrouve, mécaniquement, dans les intentions de vote mesurées par Ipsos : 34% pour la liste conduite par Anne Vignot et 34% pour celle de Ludovic Fagaut, au coude?à?coude. Plus loin derrière, Ipsos crédite à 11% la liste Rassemblement national conduite par Jacques Ricciardetti, et à 11% la liste La France insoumise conduite par Séverine Véziès, deux scores qui, s’ils se confirmaient dans les urnes, pourraient rendre décisive la question de leur présence au second tour. Dans la même enquête, la liste conduite par Éric Delabrousse, soutenue par Horizons et Renaissance, est mesurée à 9%, un niveau qui, selon Ipsos, ne lui permettrait pas de se qualifier pour le second tour.
Ainsi Besançon, réputée pour la précision de ses mécanismes, ressemble-t-elle soudain à une horloge dont les rouages patinent : un duel annoncé, des forces périphériques prêtes à troubler l’ordre attendu, et une majorité sortante qui avance sur une ligne de crête. À l’approche du scrutin, tout se jouera dans ce mélange instable de bilan jugé “en demi?teinte”, de capacité de mobilisation, et de recompositions politiques que la campagne, jusqu’ici, n’a cessé de rendre plus incertaines.