FRANCE MUNICIPALES 2026
À Lyon, le maire écologiste en tête d'une course au couteau à l'aube du second tour

La météo de ce mardi matin contraste avec l'agitation qui s'est emparée des états-majors politiques lyonnais. Dans les locaux de campagne de la Presqu'île, l'odeur âcre du café en thermos et les cartons de pizzas froides disent tout des nuits qui viennent de s'écouler. Ce mardi 17 mars 2026, à quelques heures de la limite fixée à 18h par la préfecture pour le dépôt des listes, les municipales lyonnaises entrent dans leur phase décisive.
Dimanche, le premier tour a redessiné la carte politique locale dans un suspense que peu avaient anticipé. Grégory Doucet, le maire écologiste élu en 2020, est arrivé en tête avec 37,36% des suffrages — 76 318 voix. Une surprise de taille : tous les sondages des dernières semaines le plaçaient derrière son adversaire. Jean-Michel Aulas, l'ancien président de l'OL et candidat de la liste « Cœur Lyonnais », soutenu par la droite et les macronistes, a terminé à 36,78%, soit 75 134 voix. À peine 1 184 bulletins d'écart. Dans le camp Aulas, où le récit de l'entrepreneur providentiel s'était solidement installé depuis des mois, c'est un choc.
Les résultats par arrondissement racontent une ville profondément clivée. Doucet tient ses bastions historiques — la Croix-Rousse, le 4e, les pentes du 1er — mais accroche plus dans certains secteurs où les aménagements cyclables et les nouvelles règles de stationnement ont alimenté les frictions. Aulas, lui, a consolidé ses appuis dans le 2e et le 6e et réalisé des percées dans plusieurs quartiers périphériques, surfant sur le classement de Lyon comme ville la plus embouteillée de France en 2025 pour défendre son projet phare : un tunnel routier de 8 km sous Fourvière.
Troisième actrice de ce scrutin, la députée Anaïs Belouassa-Cherifi, candidate LFI avec 10,41% des voix, avait le droit de se maintenir. Elle a choisi de se retirer. Dès dimanche soir, elle lançait un appel à la « responsabilité » et proposait une fusion technique avec le maire sortant. Les tractations, tenues à huis clos lundi, ont accouché d'un accord dans la nuit : une fusion des listes, sans programme commun ni attribution d'adjoints — chacun gardant son groupe politique distinct. De son côté, Aulas n'a pas tardé à dénoncer ce qu'il appelle « l'accord de la honte » et « l'alliance entre Mélenchon et Doucet ».
Les deux camps ont communiqué lundi. Depuis son QG du 3e arrondissement, Doucet a adopté un ton solennel : « Les Lyonnais ont confirmé leur volonté de poursuivre la transformation de notre ville. Face à l'urgence climatique, nous ne pouvons pas nous permettre un retour en arrière. » Quelques heures plus tard, Aulas tenait un point presse improvisé pour détailler ses trois priorités : 500 policiers municipaux, 1 200 caméras pilotées par intelligence artificielle, le tunnel sous Fourvière et un soutien affiché aux commerçants. « Lyon est à la croisée des chemins. La liberté de circuler et la sécurité doivent redevenir les missions premières de la municipalité. »
Tout se jouera dimanche sur la mobilisation. La participation avait été forte le 15 mars — une autre surprise, après des années d'érosion aux scrutins locaux. Les sondages d'avant premier tour donnaient Aulas vainqueur au second avec 53% contre 47%, mais ils ne tenaient pas compte du report des électeurs LFI, estimé à 74% en faveur du maire sortant. Doucet mise sur les étudiants et les jeunes actifs ; ses équipes ont lancé un important porte-à-porte dès ce matin. Le camp Aulas, lui, parie sur un sursaut dans les quartiers résidentiels périphériques, en agitant le spectre d'une ville tenue par une gauche sous influence LFI.
Le résultat sera scruté de près à Paris. À un an de la présidentielle, une défaite des écologistes dans l'une de leurs principales métropoles serait un revers sérieux. Pour Aulas, une victoire validerait au contraire la stratégie d'une union droite-centre capable de s'imposer face à un camp écologiste allié à LFI. Dans les couloirs de la préfecture du Rhône, ce mardi après-midi, les directeurs de campagne défilent pour déposer les documents officiels, les traits tirés. Dehors, malgré la pluie, les équipes ont déjà commencé à couvrir les panneaux électoraux de nouvelles affiches. Cinq jours pour convaincre les indécis.