FRANCE MUNICIPALES 2026

Élections municipales à Marseille : gauche contre RN, le duel que personne n'attendait si serré

Les chiffres sont tombés lundi. Et ils confirment ce que beaucoup pressentaient sans vraiment y croire : Marseille se retrouve au bord du basculement. Benoît Payan, le maire sortant (divers gauche), est en tête avec 36,70% des voix — mais à moins de deux points devant Franck Allisio, le candidat du Rassemblement national, qui en recueille 35,02%.
À la terrasse de La Samaritaine, au-dessus du Vieux-Port, les scooters de livraison couvrent par intermittence les conversations des militants. 

Ce jeudi matin, le Mistral souffle fort et l'air pique. Les équipes de campagne distribuent leurs dernières piles de tracts. Dimanche, tout se joue.
Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, a terminé troisième avec 12,41%. Dès lundi après-midi, elle a balayé les rumeurs de retrait stratégique : ses listes se maintiennent dans les secteurs où elle s'est qualifiée. Point final.

« L'élection aura des conséquences majeures pour l'avenir de la Métropole », a-t-elle déclaré lors d'un point presse dans son quartier général. « Les électeurs qui nous ont fait confiance ne doivent pas être punis une seconde fois. »

Sa décision crée des triangulaires dans plusieurs arrondissements clés — d'autant que Sébastien Delogu, le candidat LFI arrivé quatrième (11,94%), a lui choisi de se retirer. En cause selon lui : l'« irresponsabilité » du maire sortant, qui aurait refusé toute fusion de listes. Delogu avait pesé surtout dans les quartiers nord ; ses électeurs devraient massivement reporter sur Payan. Avant le premier tour, plus de 65% d'entre eux l'indiquaient déjà.

Le scrutin obéit aux règles de la loi PLM, propres à Paris, Lyon et Marseille. Les électeurs votent deux fois : une fois pour les conseillers d'arrondissement, une fois pour les conseillers municipaux. La liste en tête décroche une prime de 25% des sièges, les 75% restants se répartissant à la proportionnelle — sur huit secteurs distincts. Autrement dit, gagner en voix au total ne suffit pas à obtenir la majorité des 111 sièges du conseil municipal.

Payan s'appuie sur une coalition PS-Écologistes-PCF. Dimanche soir, il a appelé à un rassemblement large, de la gauche jusqu'au centre, pour tenir un hôtel de ville repris en 2020 après vingt-cinq ans de règne Gaudin. Son programme tourne autour de la rénovation des écoles et du logement social.

Face à lui, Allisio a fait campagne sur la sécurité. Il promet 800 policiers municipaux supplémentaires d'ici 2033 — soit un doublement des effectifs. Dimanche soir, il résumait son terrain en une phrase : « 'Sauvez-nous, sauvez Marseille, remettez de l'ordre dans cette ville' — c'est ce qu'on entend partout. »
La carte électorale dessine une ville coupée en deux. Le RN s'est ancré dans les arrondissements périphériques, à l'est et au nord. La gauche tient les arrondissements centraux, portée par les classes moyennes et les jeunes actifs.

La grande inconnue, c'est l'électorat Vassal. Avant le premier tour, les sondages le divisaient nettement : 42% déclaraient vouloir voter Allisio en cas de duel, 25% Payan, le reste envisageait de s'abstenir ou de voter blanc. Son maintien rebat les cartes — mais les deux camps n'ont qu'une obsession : convaincre ses électeurs de voter « utile ».
Les listes sous les 10% sont éliminées. Parmi elles, Erwan Davoux, candidat sans étiquette, qui avait réuni 1,85% des voix. 

Quelques centaines de bulletins par secteur pourraient suffire à faire basculer la majorité : les états-majors le savent, et les sollicitations directes ont commencé dès lundi.
La participation sera aussi scrutée de près. Le premier tour avait mobilisé 52,18% des inscrits — au-dessus des prévisions. Les équipes militantes concentrent désormais leurs dernières heures sur les procurations, dans les arrondissements où l'abstention avait pesé.