ITALIE - REFERENDUM 2026
En Italie, les électeurs aux urnes pour trancher la réforme de la justice du gouvernement Meloni

Dans les rues de Rome, l'air vif de ce matin de mars tranche avec l'agitation qui règne aux abords du Viminale. C'est là, au ministère de l'Intérieur, que se règle la logistique d'un scrutin très attendu. Les 22 et 23 mars, les Italiens sont appelés à se prononcer sur la réforme de la justice portée par Giorgia Meloni et son garde des Sceaux Carlo Nordio. Un référendum constitutionnel confirmatoire — sans quorum de participation requis — qui vise à modifier plusieurs articles de la Constitution de 1948.
Au cœur du texte : la séparation des carrières entre juges et procureurs. La loi prévoit deux Conseils supérieurs de la magistrature distincts, dont les membres ne seraient plus élus par leurs pairs mais tirés au sort parmi un collège de professionnels éligibles. Une Haute Cour disciplinaire indépendante, extérieure au CSM, serait également créée pour juger les magistrats.
Pour la coalition au pouvoir, voter « Oui », c'est moderniser un système judiciaire depuis longtemps critiqué pour sa lenteur et sa politisation. Le gouvernement défend l'idée que séparer strictement les deux métiers garantira une meilleure équité des procès, en mettant la défense et l'accusation sur un pied d'égalité face au juge. Le dossier a même provoqué une fracture dans les rangs de l'opposition : Carlo Calenda, patron du parti centriste Azione, a annoncé personnellement qu'il voterait « Oui ».
En face, le Parti démocrate d'Elly Schlein, le Mouvement 5 Étoiles et l'Alliance Verts et Gauche ont constitué un front commun pour rejeter la réforme. Mercredi en fin d'après-midi, sur la Piazza del Popolo, leurs figures de proue ont appelé à voter « Non ». Le PD l'écrit noir sur blanc dans ses tracts : remplacer l'élection par le tirage au sort affaiblit les organes d'autogouvernance et les rend plus vulnérables aux pressions du pouvoir politique.
La CGIL s'est investie avec la même vigueur dans la campagne du « Non ». Son secrétaire général Maurizio Landini estime que la réforme rompt l'équilibre des pouvoirs. Selon le syndicat, un CSM affaibli exposerait de facto les procureurs aux pressions de l'exécutif, faisant basculer la justice du côté des puissants.
Les opposants replacent ce référendum dans un tableau plus large. Ils voient dans cette réforme l'un des maillons d'une reconfiguration institutionnelle du pays : l'autonomie différenciée des régions — dont le référendum abrogatif a été jugé irrecevable par la Cour constitutionnelle début 2025, même si le gouvernement continue de signer des accords régionaux — et le projet de « Premierato », qui permettrait d'élire directement le chef du gouvernement. Italia Viva de Matteo Renzi, elle, a préféré laisser ses sympathisants voter selon leur conscience — une façon de souligner les hésitations stratégiques qui persistent au centre.
Les sondages publiés avant la période de silence électoral donnaient un résultat serré, mais pas vraiment favorable au camp gouvernemental. YouTrend pour Sky TG24 créditait le « Non » de 54,1 % en cas de faible participation, les deux camps se retrouvant au coude-à-coude autour de 50 % en cas de forte mobilisation. Ipsos confirmait la tendance : 52,4 % pour le « Non », avec une participation estimée à 42 %. Ce qui frappe surtout, c'est le retournement : le « Oui » partait de 62 % d'intentions de vote en novembre 2025, pour tomber à 48 % en mars 2026. Dans un scrutin sans quorum, tout repose donc sur la capacité du camp gouvernemental à faire sortir ses électeurs.
Les bureaux de vote seront ouverts dimanche de 7 h à 23 h, puis lundi de 7 h à 15 h. Les Italiens inscrits à l'AIRE ont déjà renvoyé leurs bulletins par correspondance, une procédure qui a fortement mobilisé les consulats ces dernières semaines. Elly Schlein tiendra son dernier meeting vendredi soir à Milan. Après ça, chaque bulletin comptera pour valider ou enterrer la réforme judiciaire la plus ambitieuse qu'ait connue le pays depuis la naissance de la République.