FRANCE - MUNICIPALES 2026
Bataille pour Paris : forteresse imprenable ou basculement annoncé ?

À quarante-huit heures du second tour des municipales parisiennes, le suspense procède davantage de l'arithmétique que du drame politique. La géographie électorale est connue, les reports de voix à peu près balisés, les dynamiques structurelles claires. Ce qui reste en jeu, c'est l'ampleur — pas le sens.
Rappel des fondamentaux. En 2020, Anne Hidalgo avait liquidé le débat dès le premier tour : 29,3 % contre 22,7 % pour Rachida Dati et 17,3 % pour Agnès Buzyn. L'alliance avec David Belliard avait ensuite verrouillé la mairie. Six ans plus tard, le retrait de la maire sortante a rouvert la succession, mais pas nécessairement fragilisé le camp qui l'incarne. Emmanuel Grégoire, premier adjoint de Hidalgo devenu candidat de l'union PS-Écologistes-PCF sous l'étiquette « Paris est à vous ! », a confirmé cette continuité le 15 mars dernier en raflant près de 38 % des suffrages — douze points d'avance sur Dati. Un écart qui ne se comble pas en deux semaines.
La campagne a pourtant esquissé un vrai clivage de projet. Grégoire a défendu une logique d'investissement public assumé : 60 000 logements publics supplémentaires, 4 000 places d'hébergement d'urgence dans le cadre d'un plan « zéro enfant à la rue », 2 800 postes dans l'école publique. Rachida Dati, à la tête de la coalition LR-MoDem-UDI « Changer Paris », a choisi le registre de l'autorité restaurée — zones de calme prioritaire à 20 km/h, interdiction nocturne des deux-roues thermiques, quatre trames vertes restructurant les grands boulevards. Deux lectures de la ville, deux bases électorales que tout sépare sociologiquement.
Les tentatives de recomposition à droite n'ont pas produit l'effet espéré. Le ralliement de Pierre-Yves Bournazel et de sa liste Horizons-Renaissance à Dati, annoncé le 16 mars, est resté partiel : Bournazel lui-même, comme Clément Beaune, ont renoncé à figurer sur les listes communes. Marlène Schiappa les rejoint, mais l'adjonction macroniste ne compense pas les profils centristes qui se sont mis en retrait. Le retrait de Sarah Knafo — dont les électeurs plaçaient la sécurité en priorité absolue à 85 % — offre à Dati un réservoir supplémentaire, mais les voix d'extrême droite ne se transfèrent jamais mécaniquement, surtout dans une ville dont la sociologie penche structurellement à gauche.
L'Élysée a d'ailleurs été mis en cause dans l'affaire Knafo. Grégoire a accusé la présidence d'avoir pesé pour obtenir ce retrait au profit de Dati — dénégation formelle du sommet de l'État, ambiance électrique dans les coulisses. Que l'accusation soit fondée ou non, elle révèle l'enjeu que représente Paris pour les équilibres nationaux, dans une période où l'exécutif cherche des points d'appui territoriaux.
Le vrai nœud du second tour se joue dans les triangulaires de l'Est et du centre. La liste LFI de Sophia Chikirou reste en piste dans les 10e, 11e, 12e et 18e arrondissements. Ces configurations sont moins une menace pour Grégoire qu'une variable de gestion : si le report des voix insoumises vers le candidat socialiste reste aussi massif que les études le prévoient — Sandrine Rousseau l'a rappelé cette semaine en termes dépourvus d'ambiguïté —, le socle tient. Si une partie de cet électorat s'abstient ou vote Chikirou par discipline de liste, la marge se réduit sans s'effondrer.
Ce que cet scrutin dit de Paris, au fond, est plus intéressant que son résultat probable. La capitale a beau concentrer les critiques sur la gestion du logement, la propreté, le sentiment d'insécurité — griefs réels, documentés, récurrents — elle ne les traduit pas en bascule électorale. La coalition sociale-écologiste qui contrôle la mairie depuis 2001 tient non pas par adhésion enthousiaste, mais par défaut de coalition alternative crédible et par rejet persistant de la droite conservatrice chez les classes moyennes des arrondissements pivots. C'est cette mécanique, plus que le charisme des candidats, qui rend la forteresse parisienne aussi difficile à prendre.