FRANCE - ANNIVERSAIRE

Loïg Chesnais-Girard, l'homme qui a hérité de la Bretagne

Quand Jean-Yves Le Drian rejoint le gouvernement d'Emmanuel Macron au printemps 2017, Loïg Chesnais-Girard n'est pas exactement surpris. Depuis des mois, il gère les affaires courantes du conseil régional, signe les délibérations, pilote les budgets. Le passage de relais, le 22 juin 2017, ressemble moins à une consécration qu'à une formalité juridique. Il a quarante ans. Il est désormais président de la région Bretagne — non pas parce qu'il l'a conquise, mais parce qu'il s'est rendu indispensable.

Ce parcours, pourtant, n'a rien d'un coup de chance. Né le 25 mars 1977 à Lannion, dans les Côtes-d'Armor, il grandit à Trébeurden avant que sa famille ne s'installe en Ille-et-Vilaine, à Liffré. À dix-huit ans, en 1995, il est élu conseiller municipal de cette commune — un début précoce qui dit quelque chose sur l'appétit politique du personnage. Il fête aujourd'hui ses 49 ans.

Il n'attend pas d'être diplômé, ni d'avoir "une expérience". Il est là, disponible, attentif aux rouages locaux. Un DESS en finance d'entreprise obtenu à l'université de Rennes 1, puis quelques années chez LCL comme analyste crédit puis chargé d'affaires entreprises : une formation sérieuse, bancaire, un peu aride, qui lui forgera une méthode avant de devenir un atout rhétorique — celui de l'élu qui "connaît l'économie" parce qu'il l'a pratiquée.

En 2008, il devient maire de Liffré. En 2010, il entre au conseil régional sur la liste Le Drian, et prend la tête de la commission économique. En 2012, vice-président chargé de l'économie et de l'innovation. En 2016, premier vice-président. La progression est linéaire, presque trop propre — celle d'un homme qui n'a jamais brûlé les étapes parce qu'il n'a jamais eu besoin de le faire. Le Drian avait besoin d'un collaborateur technique, loyal et capable de tenir les dossiers. Chesnais-Girard a joué ce rôle avec constance, sans éclat particulier, mais sans faute non plus.

Sa vie privée a été traversée par un deuil majeur — la mort de son épouse Nathalie à la fin des années 2000 — qu'il a assumé publiquement avec une discrétion qui lui a, dans un milieu politique rarement épargné par le commérage, valu une forme de respect. Il partage aujourd'hui sa vie avec Marine de Carné, ancienne ambassadrice de France à Monaco.
Le vrai test de sa présidence arrive en juin 2021, lors d'élections régionales où il ne peut plus se cacher derrière le prestige du prédécesseur. La configuration politique est inhabituellement morcelée : cinq listes au second tour, un niveau d'abstention record à l'échelle nationale. Sa liste recueille environ 30 % des suffrages — une majorité relative confortable dans ce paysage fragmenté. Il est réélu. Mais l'exercice a montré les limites d'un profil construit sur la gestion plutôt que sur l'éloquence.

Depuis ce second mandat, il a choisi de faire de la transition écologique et des transports son marqueur. Le réseau BreizhGo, les investissements ferroviaires en Bretagne nord et sud, la défense de l'agriculture durable : une politique identifiable, qui lui permet de tenir un discours cohérent sur l'attractivité du territoire sans tomber dans le développementalisme pur. Les autonomistes et défenseurs de la langue bretonne continuent de lui reprocher un pragmatisme trop frileux sur les questions identitaires. Lui maintient le cap — celui d'un gestionnaire, pas d'un tribun.

À quarante-neuf ans, Chesnais-Girard reste une figure atypique dans le paysage des grandes régions françaises : ni personnage national, ni populiste régionaliste, ni technocrate pur. Un homme de terrain élevé à l'intérieur d'un système, et qui a fait du sérieux sa seule marque de fabrique. Ce n'est pas rien — mais ce n'est pas non plus une garantie contre les turbulences à venir.