SENEGAL - ANNIVERSAIRE

Bassirou Diomaye Faye, l'inspecteur devenu chef de l'État

Il est né le 25 mars 1980 à Ndiaganiao, bourgade rurale du département de Mbour, loin des salons feutrés de Dakar où se fabriquent traditionnellement les destins politiques sénégalais. Ce détail biographique n'est pas anodin. Il dit quelque chose d'essentiel sur Bassirou Diomaye Faye : cet homme n'est pas sorti du sérail. Il fête aujourd'hui ses 46 ans.

Fils d'une famille modeste, il traverse le système scolaire avec rigueur — lycée Demba Diop à Mbour, faculté de droit de l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, puis l'École nationale d'administration. Autant d'étapes qui forment un haut fonctionnaire classique, inspecteur des impôts et des domaines, armé d'une expertise technique sur les finances publiques. Mais là s'arrête le parcours ordinaire.

Là où d'autres hauts fonctionnaires cultivent la discrétion réglementaire, lui choisit le syndicat. Élu secrétaire général du syndicat des Impôts et Domaines, il fait de cette structure un instrument de contestation institutionnelle, centré sur une idée simple et dérangeante : l'État doit rendre des comptes. C'est dans ces couloirs que se noue la rencontre décisive avec Ousmane Sonko, lui aussi inspecteur, lui aussi convaincu que la gouvernance sénégalaise dysfonctionne profondément. En 2014, les deux hommes fondent le PASTEF. Sonko sera le tribun. Faye, l'architecte.

Cette division du travail structurera tout. Pendant que Sonko mobilise les foules, Faye construit — doctrine, organisation, implantation territoriale. L'efficacité du tandem s'avère redoutable. Sur le plan personnel, il épouse Marie Khone Faye, originaire de sa région, puis contracte un second mariage en février 2023 avec Absa Faye, une étudiante en gestion. Sa polygamie assumée, dans un pays où ces pratiques demeurent courantes, alimentera le débat public sans jamais sembler le préoccuper outre mesure.

Le tournant survient dans le chaos. À partir de 2022, le pouvoir du président Macky Sall multiplie les procédures judiciaires contre l'opposition. Sonko est ciblé, puis écarté de la course présidentielle par le Conseil constitutionnel le 20 janvier 2024. Le PASTEF se retourne vers son secrétaire général. Faye devient candidat — depuis sa cellule, où il est détenu depuis le 14 avril 2023, inculpé d'outrage à magistrat et de diffamation dans un contexte de répression politique manifeste.

Sa captivité, loin de neutraliser sa candidature, la galvanise. Une loi d'amnistie votée dans l'urgence en mars 2024 ouvre les portes de la prison. Libéré à la mi-mars, il dispose de quelques jours à peine pour faire campagne avant le scrutin du 24 mars. Le résultat est sans appel : plus de cinquante-quatre pour cent des voix dès le premier tour. Un détenu politique élu président. La démocratie sénégalaise venait de se réinventer sous les yeux du monde.

Le 2 avril 2024, il prend les rênes du pays, plus jeune chef d'État de l'histoire sénégalaise. Premier acte : nommer Sonko Premier ministre. Le duo de l'administration fiscale est désormais aux commandes de l'État. Le style qu'il impose est sobre, technique, délibérément antipathique au clinquant. Sa première visite officielle va symboliquement à la Mauritanie voisine, le 18 avril, signal clair d'une diplomatie qui regarde d'abord vers le continent.

Les premiers mois sont consacrés aux audits des finances publiques, à la maîtrise de la dette, à la mobilisation des recettes. Sur le plan diplomatique, il engage une réévaluation de la présence militaire française au Sénégal, s'inscrivant dans un mouvement régional plus large, assumé sans fracas. En janvier 2025, la naissance d'un enfant issu de son second mariage au palais fait couler beaucoup d'encre — autant pour ce qu'elle dit de l'homme que pour les questions qu'elle soulève sur la représentation officielle du pays.

Le 2 février 2026, il est à Brazzaville, en République du Congo, pour sceller des accords de coopération économique panafricaine. L'axe Dakar–Brazzaville n'est pas qu'un geste diplomatique : c'est une pièce d'un puzzle plus vaste, celui d'un Sénégal qui veut peser autrement sur la scène continentale.

Que reste-t-il de l'inspecteur des impôts ? Beaucoup, à vrai dire. La méthode, la rigueur, la méfiance envers l'ostentation. Et peut-être, surtout, cette conviction que l'État se réforme de l'intérieur — à condition d'en connaître les rouages aussi bien que ses failles.