PAYS BAS - ANNIVERSAIRE
Rob Jetten, l'ascension centriste au sommet de l'État néerlandais

Rob Jetten est né le 25 mars 1987 à Veghel, dans le Brabant-Septentrional, et a grandi à Uden. Il fête aujourd'hui ses 39 ans.
Rien, dans cette enfance de classe moyenne, ne préfigure un destin exceptionnel — sinon peut-être ce goût précoce pour le débat et l'organisation collective que ses proches et enseignants remarquent assez tôt. À l'Udens College, entre 1999 et 2005, le jeune homme se distingue déjà par un sens aigu de l'argumentation. Il poursuivra dans cette voie, naturellement, en choisissant d'étudier l'administration publique à l'université Radboud de Nimègue, où il obtient un master en 2011. C'est là que se forge une certaine vision du politique : pragmatique, soucieuse du consensus, peu portée sur l'incantation idéologique.
L'engagement partisan vient tôt, lui aussi. Pendant ses années d'études, il milite aux Jeunes Démocrates, l'aile jeunesse de Démocrates 66 — le parti social-libéral centriste qui a longtemps fait office de faiseur de rois dans les coalitions néerlandaises. Il y développe ses réflexes de négociateur, apprend à lire les rapports de force internes. Mais il ne plonge pas tout de suite dans la politique professionnelle. Il passe d'abord par ProRail, le gestionnaire du réseau ferroviaire national, où il commence comme stagiaire en management avant de prendre en charge l'approvisionnement régional pour le nord-est du pays. Cette immersion dans la gestion concrète des infrastructures lui vaudra plus tard une crédibilité technique que ses adversaires auront du mal à lui contester.
Son entrée en politique locale suit la logique rodée du cursus honorum néerlandais. Élu au conseil municipal de Nimègue en mars 2010, il y siège sept ans, s'imposant sur les dossiers budgétaires avec une précision qui attire rapidement l'attention de la direction nationale de D66. En mars 2017, il franchit le palier décisif : il entre à la Seconde Chambre des États généraux, le parlement fédéral, où il se spécialise sur le climat, l'énergie et le ferroviaire. Dix-huit mois plus tard, à trente et un ans, il succède à Alexander Pechtold à la tête du groupe parlementaire — devenant le plus jeune chef de groupe de l'histoire du parti.
La suite est rapide. En janvier 2022, Mark Rutte l'appelle dans son gouvernement de coalition et lui confie le ministère du Climat et de la Politique énergétique — un portefeuille d'une acuité particulière pour un pays dont une bonne partie du territoire se trouve sous le niveau de la mer. Jetten y imprime une marque volontariste : normes climatiques renforcées, investissements dans les énergies renouvelables, lancement d'un programme ambitieux de réseau national de transport d'hydrogène, développement de parcs éoliens offshore de nouvelle génération. Il fait passer des mesures sans s'y perdre en postures. Face aux secteurs industriels et agricoles qui résistent, il choisit la concertation plutôt que l'affrontement frontal. Certains lui reprochent des compromis trop coûteux ; d'autres saluent une méthode qui fait avancer les dossiers. En août 2023, il prend en outre la tête de D66 en succédant à Sigrid Kaag.
Son mandat gouvernemental s'achève en 2024, avec la chute du quatrième cabinet Rutte. Mais la crise ne tarde pas à lui ouvrir une nouvelle opportunité.
La vie personnelle de Jetten a elle aussi contribué à dessiner son image publique. Il s'est affiché ouvertement comme homosexuel et vit depuis 2022 avec le hockeyeur argentin Nicolás Keenan, qu'il accompagne sans réserve dans les événements officiels comme dans les tribunes sportives. En novembre 2024, le couple annonce ses fiançailles — aux Jeux olympiques de Paris, détail qui ne passe pas inaperçu. Cette visibilité assumée tranche avec les habitudes de discrétion de beaucoup de responsables politiques de sa génération. Elle contribue à le rapprocher d'un électorat jeune, urbain, progressiste.
L'épreuve de vérité arrive à l'automne 2025. Le gouvernement de droite qui a succédé à Rutte s'effondre sous la pression conjuguée de ses propres contradictions et d'une poussée populiste que Geert Wilders incarne avec constance. Des élections législatives anticipées sont convoquées. La campagne est âpre. Jetten choisit de faire de la défense de l'état de droit et de l'ancrage européen le cœur de son discours, face à une droite nationaliste qui progresse. Il refuse le catastrophisme, mise sur un optimisme de gouvernement. Le soir du dépouillement, fin octobre 2025, D66 devance — de peu — le PVV de Wilders en voix et obtient un nombre de sièges légèrement supérieur. C'est suffisant pour que Jetten soit désigné principal artisan du prochain cabinet.
Encore faut-il le former. Les négociations de coalition durent cent dix-sept jours. Le résultat est un gouvernement minoritaire associant D66, le VVD et le CDA — soixante-six sièges sur cent cinquante. Un pari risqué, qui condamne le futur exécutif à rechercher des majorités de circonstance sur chaque texte. Jetten le sait et l'assume. Le 23 février 2026, il est investi premier ministre par le roi, lors d'une cérémonie au palais royal. Il devient ainsi le plus jeune chef de gouvernement de l'histoire des Pays-Bas, et le premier dirigeant ouvertement homosexuel à accéder à cette fonction.
Depuis lors, il jongle entre une diplomatie européenne active — il entend corriger l'image d'un pays jadis perçu comme trop frugal à Bruxelles — et la gestion quotidienne d'un paysage parlementaire morcelé. Chaque vote est une négociation. Chaque décision, un équilibre à construire. C'est à cela que ressemble, pour l'instant, l'exercice du pouvoir par cet homme de trente-huit ans : une acrobatie permanente, menée avec une opiniâtreté que ses partisans admirent et que ses adversaires n'ont pas encore réussi à prendre en défaut.