ITALIE - ANNIVERSAIRE

Le pragmatisme au pouvoir — itinéraire de Renzo Testolin en Vallée d'Aoste

Renzo Testolin est né le 28 mars 1968 à Aoste. Il fête aujourd'hui ses 58 ans. Rien, dans cette naissance dans une ville alpine de quelques dizaines de milliers d'habitants, ne semblait préfigurer une carrière politique de premier plan. Et pourtant, c'est précisément dans la singularité de ce territoire que tout s'explique.

La Vallée d'Aoste n'est pas une région italienne comme les autres. Son statut d'autonomie spéciale, arraché à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, en fait un cas d'école pour qui veut comprendre comment un territoire de montagne peut préserver son identité face à un État central pesant. L'autonomie, ici, n'est pas une abstraction juridique gravée dans le marbre constitutionnel : c'est une culture, une façon d'être, une réalité que les habitants respirent avec l'air des vallées. Bilingues franco-italiens par tradition et par statut, les Valdôtains ont appris depuis des générations à défendre leur espace, à négocier, à résister par la durée.

C'est dans cet environnement que grandit le jeune Testolin, à l'époque où l'Union valdôtaine s'impose comme la force politique hégémonique de la région, gardienne autoproclamée des intérêts locaux face à Rome. Une sorte de démocratie chrétienne teintée de régionalisme, qui offre à l'Italie des années 1970 et 1980 le spectacle, rare, d'une stabilité politique presque enviable.

Ce que l'on retiendra d'abord de son parcours, c'est un choix de formation délibérément atypique pour un futur homme d'État : la comptabilité. Pas le droit, pas les lettres, pas la médecine — les voies royales traditionnelles des élites politiques italiennes. La comptabilité. Ce détail, en apparence banal, est en réalité révélateur. Il dit quelque chose d'essentiel sur la manière dont Testolin appréhende le monde : à travers les bilans, les chiffres, les réalités concrètes de la gestion. C'est armé de ce bagage qu'il entame une longue carrière dans le secteur bancaire, comme consultant financier, s'immergeant dans le tissu économique de sa région pendant plusieurs décennies.
La politique, il y arrive par la petite porte — la seule qui vaille, dans les démocraties locales qui fonctionnent vraiment. En 1995, il est élu conseiller municipal à Aymavilles, commune de quelques centaines d'âmes à l'entrée de la vallée de Cogne, où il réside. Assesseur communal, assesseur de la Communauté de montagne Grand-Paradis, vice-syndic : il gravit les échelons sans précipitation, construisant patiemment un réseau de relations et une réputation d'administrateur rigoureux.

La discrétion est, chez lui, moins une posture qu'un trait de caractère. Dans une époque politique obsédée par la mise en scène de soi, Testolin cultive le contraire : il protège sa vie privée, évite les mondanités, refuse l'ostentation. Les observateurs locaux parlent volontiers d'un tempérament « montagnard » — ce mot valise qui, en Vallée d'Aoste, renvoie à l'idée du travail silencieux, de la retenue, du sérieux. Pour des électeurs valdôtains fatigués par les crises institutionnelles à répétition, cette sobriété constitue un atout politique réel.

Son entrée sur la scène régionale date de 2013, quand il est élu pour la première fois au Conseil de la Vallée, le parlement régional. Il y hérite rapidement de portefeuilles exigeants : l'agriculture d'abord — secteur identitaire entre tous pour une région qui fait de l'élevage et du terroir un marqueur culturel autant qu'économique —, puis les finances et les sociétés participées. Deux domaines où sa formation le sert directement.

La période qui s'ouvre en 2018 est une épreuve. La Vallée d'Aoste entre dans une zone de turbulences : instabilité des coalitions, enquêtes judiciaires, démissions en cascade. Réélu cette année-là, il est nommé vice-président dans le gouvernement d'Antonio Fosson. Lorsque ce dernier démissionne en décembre 2019 sous la pression des événements politico-judiciaires, c'est Testolin qui reprend les rênes en tant que président par intérim.

Il tombe presque aussitôt sur la crise sanitaire. Diriger une région autonome à travers le chaos de la pandémie — confinements, urgence hospitalière, effondrement du tourisme et des stations de ski — aurait pu briser une trajectoire. Testolin y trouve au contraire l'occasion de confirmer ce que ses partisans pressentaient : sa capacité à gérer le difficile sans se perdre dans le fracas.

En octobre 2020, il cède la présidence à Erik Lavévaz, à l'issue des élections régionales. Il reste dans le jeu, observe, attend. L'instabilité chronique du système valdôtain finit par lui rouvrir la voie. Le 2 mars 2023, le Conseil de la Vallée l'élit président de la région.

La consécration arrive deux ans plus tard. Lors du scrutin régional du 28 septembre 2025, il arrive en tête de liste de l'Union valdôtaine avec 3 808 voix de préférence — le score le plus élevé de toute la compétition. Un plébiscite personnel sans ambiguïté. Le 6 novembre 2025, il est reconduit président par le Conseil de la Vallée.
La vraie surprise de ce nouveau mandat est ailleurs : dans l'architecture de la coalition qu'il constitue. Pour la première fois, l'Union valdôtaine s'allie formellement avec Forza Italia, aux côtés des Autonomistes de Centre. Ce rapprochement avec le centre-droit national est perçu, dans les cercles politiques valdôtains, comme un tournant stratégique majeur. Testolin, lui, y voit une évidence : entretenir un lien direct avec le gouvernement central, c'est défendre autrement les intérêts de la région. La flexibilité idéologique au service du réalisme territorial.

C'est peut-être là que réside la clé de son itinéraire. Testolin ne gouverne pas avec des idées ; il gouverne avec des dossiers. Les concessions hydroélectriques, l'autonomie différenciée, le financement des territoires de montagne : autant de sujets techniques où son profil de gestionnaire trouve sa pleine mesure. Un autonomisme qui n'a pas renoncé à son identité, mais qui a compris que la meilleure manière de la défendre passe par la compétence, la patience et le sens du compromis.
Dans un paysage politique national et européen en perpétuelle redéfinition, ce n'est pas le moindre des paradoxes que de voir la stabilité incarnée par un ancien consultant financier d'une petite commune de montagne.