FIDJI - NECROLOGIE

Épeli Nailatikau, une vie au service des institutions fidjiennes

Ratu Epeli Nailatikau est mort le 26 mars 2026, à quatre-vingt-quatre ans. Il était l'une de ces figures dont la trajectoire, à mesure qu'on l'examine, finit par ressembler à une radiographie de l'histoire de son pays — ses crises, ses effondrements, ses reconstructions laborieuses. Arrière-arrière-petit-fils de Seru Epenisa Cakobau, le chef qui unifia les tribus fidjiennes avant de céder la souveraineté à la couronne britannique en 1874, fils du commandant militaire Ratu Edward Cakobau, il portait un héritage que peu d'archipels du Pacifique auraient su produire. Et pourtant, c'est l'image d'un homme qui faisait la queue au distributeur automatique sans escorte qui restera, dit-on à Suva, dans la mémoire collective.

Né dans la capitale le 5 juillet 1941, alors que les Fidji n'étaient encore qu'une colonie britannique, il passe par les établissements classiques de l'élite locale — Queen Victoria School en tête — avant de choisir la carrière militaire, voie ordinaire pour un aristocrate de son rang. Sa formation en Nouvelle-Zélande le conduit rapidement sur le terrain : en 1966, il est déployé au Sarawak dans le cadre de la Konfrontasi, la confrontation armée entre l'Indonésie et la Malaisie. C'est un baptême du feu loin de tout ce qui ressemble aux Fidji.

De retour dans l'archipel, il gravit les échelons des Forces militaires royales fidjiennes (RFMF) jusqu'au commandement en chef, qu'il assume de 1982 à 1987. C'est là que l'histoire le percute. Quand Sitiveni Rabuka renverse le gouvernement élu en 1987, Nailatikau représente exactement ce que le coup d'État entend liquider : la légalité constitutionnelle, la hiérarchie officielle, l'ordre institutionnel. Il est écarté. Cette éviction, pour humiliante qu'elle soit, ouvre une seconde vie.

Il se rend à Oxford, suit le programme des services extérieurs, et entame une carrière diplomatique d'une densité peu commune. Haut-commissaire à Londres, accrédité auprès du Danemark, de l'Égypte, de l'Allemagne, d'Israël et du Saint-Siège, puis ambassadeur itinérant auprès des États membres du Forum du Pacifique Sud, il finit par rentrer à Suva en 1999 comme secrétaire permanent aux Affaires étrangères — le sommet de la hiérarchie administrative dans ce ministère régalien. Sa vie personnelle s'inscrit dans la même logique des alliances : son mariage en 1981 avec Adi Koila Mara, fille de Ratu Kamisese Mara — le premier chef de gouvernement des Fidji indépendantes, futur président de la République — dit tout de la manière dont se constituent les élites dans cet archipel.

Le coup d'État de 2000 le ramène une fois de plus au premier plan. Il désapprouve l'insurrection, mais accepte d'entrer dans le gouvernement intérimaire de Laisenia Qarase comme vice-Premier ministre chargé des Affaires autochtones. Aux législatives de 2001, il est élu à la présidence de la Chambre des représentants — le perchoir qu'il occupera jusqu'en 2006, en s'appliquant à contenir des antagonismes partisans qui, dans les Fidji de cette décennie, menacent à tout moment de dégénérer en crise ouverte.
Le coup d'État de décembre 2006 — le quatrième en vingt ans — le reconduit successivement au poste de ministre des Affaires étrangères, au portefeuille du Développement des provinces, puis à la présidence du Grand Conseil des Chefs. En avril 2009, après l'abrogation de la Constitution, le gouvernement militaire de l'amiral Bainimarama le nomme vice-président. Quand le président Iloilo annonce sa retraite le 28 juillet, Nailatikau assure l'intérim deux jours plus tard. Le 5 novembre 2009, il est investi président de la République — une fonction qu'il exercera jusqu'en octobre 2015, date à laquelle George Konrote lui succède.

La présidence n'est pas son dernier acte. En février 2019, il retrouve le fauteuil de président du Parlement national, qu'il occupe jusqu'au 24 décembre 2022. Trois ans à présider une assemblée dans laquelle il avait siégé, commandé, négocié depuis des décennies.

Ce qui frappe, dans ce parcours, c'est moins l'accumulation de titres — les Fidji en ont distribué beaucoup, à des hommes qui n'ont pas toujours su les mériter — que la constance avec laquelle Nailatikau a traversé chaque rupture institutionnelle du côté de la légalité, sans jamais la servir de manière spectaculaire. Il n'était ni tribun ni visionnaire. Il était ce que les républiques insulaires en crise ont le plus de mal à produire : un homme d'État patient, qui croyait aux procédures et aux transitions ordonnées, et qui se déplaçait dans Suva sans gardes du corps parce qu'il n'avait pas grand-chose à cacher ni à protéger.