GHANA - ANNIVERSAIRE
William Akufo-Addo, un destin politique et institutionnel au cœur de la république ghanéenne

William Addo Dankwa Akufo-Addo est né le 29 mars 1944 à Accra, dans une famille qui portait déjà en elle les contradictions de l'Afrique postcoloniale. Son père, Edward Akufo-Addo, avait navigué entre le nationalisme anticolonial et le conservatisme institutionnel — participant à la marche vers l'indépendance avant de présider la Cour suprême, puis d'occuper brièvement la présidence de la République à titre honorifique au début des années soixante-dix. De sa mère, issue de la famille royale Ofori-Atta et élevée dans la tradition presbytérienne, il hérite d'une certaine vision de l'État : fondée sur le droit, méfiante envers l'arbitraire, attachée aux formes. C'est dans cet environnement que se forme le futur président, avant même qu'il sache ce que signifie gouverner. Il fête aujourd'hui ses 82 ans.
Son parcours éducatif suit la trajectoire classique des élites anglophones de l'époque. Scolarisé à Accra, envoyé ensuite au Lancing College dans le Sussex — où ses condisciples le surnomment « Billy » —, il revient au Ghana en 1962 et enseigne brièvement à l'Accra Academy avant d'intégrer l'université de Legon, d'où il sort diplômé en économie en 1967. Le droit s'impose ensuite comme vocation naturelle : admis au Middle Temple en juillet 1971, inscrit au barreau ghanéen en 1975, il fait de la défense des libertés fondamentales le fil directeur de son action publique. Cette même année, il rejoint le Mouvement populaire pour la liberté et la justice, organisation de résistance civile au régime militaire du général Acheampong.
Ses convictions politiques se consolident sur fond de rupture idéologique. Ses sympathies initiales pour le panafricanisme de Nkrumah s'estompent après le coup d'État de 1966 — auquel son propre père prend part dans la reconstruction institutionnelle qui suit. Il glisse vers la tradition libérale et conservatrice portée par le parti uni, celle qui défend l'économie de marché et la démocratie parlementaire contre les tentations de l'autoritarisme. Ce positionnement ne variera plus.
Sa vie personnelle est marquée par plusieurs unions et cinq filles — Gyankroma, Edwina, Adriana, Yeboakua et Valerie. Son premier mariage avec la Nigériane Remi Fani-Kayode se solde par un divorce. Sa deuxième épouse, Eleanor Nkansah-Gyamenah, décède en 1993. En 1997, il épouse Rebecca Griffiths-Randolph, fille d'un ancien président du Parlement. Cette stabilité retrouvée accompagne son ascension politique.
Il entre au Parlement en 1997 pour la circonscription d'Abuakwa, réélu ensuite à Akim Abuakwa South, siégeant jusqu'en 2009. Lorsque le Nouveau Parti patriotique accède au pouvoir, Kufuor lui confie d'abord la Justice et le poste de procureur général — où il œuvre à abroger les lois bridant la presse —, puis les Affaires étrangères de 2003 à 2007, période durant laquelle il s'impose dans la diplomatie régionale ouest-africaine.
Ses deux premières candidatures présidentielles échouent. Battu de justesse par Atta Mills en 2008, il perd à nouveau face à Mahama en 2012. Il conteste ce second résultat devant la Cour suprême dans un procès télévisé de plusieurs mois qui tient le pays en haleine. La juridiction rejette sa requête par cinq voix contre quatre. Sa réaction immédiate — accepter le verdict, appeler au calme — reste l'un des gestes politiques les plus décisifs de sa carrière. Dans un pays à la démocratie encore jeune, ce moment de retenue lui confère une stature que deux victoires électorales n'auraient peut-être pas suffi à construire.
Il remporte finalement la présidentielle de 2016 avec une avance nette face au président sortant, et prête serment le 7 janvier 2017 dans une allocution entachée d'un plagiat non intentionnel de discours d'anciens dirigeants américains — incident vite éclipsé par les chantiers qui s'ouvrent. Son mandat est dominé par une mesure emblématique : la gratuité de l'enseignement secondaire supérieur, lancée en septembre 2017. La réforme transforme durablement l'accès à l'éducation, au prix de tensions budgétaires persistantes.
Sur la scène continentale, il se fait le défenseur d'une souveraineté africaine déliée de l'aide extérieure, et facilite l'installation à Accra du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine. Cette crédibilité internationale lui profite lors de la présidentielle de 2020, qu'il remporte à nouveau face à Mahama. Mais son second mandat bascule rapidement dans la crise : inflation sévère, dépréciation de la monnaie, fuite des investisseurs. Le recours au FMI et la restructuration de la dette souveraine constituent, de son propre aveu, l'épreuve la plus sombre de son administration.
La Constitution lui interdisant un troisième mandat, son vice-président Mahamudu Bawumia se présente en décembre 2024 pour défendre un bilan économiquement fragilisé. Il est battu par Mahama, qui redevient ainsi le quatrième président de la République. Akufo-Addo orchestre une transition sans accroc et remet les clés du pouvoir le 7 janvier 2025 — rejoignant la liste, encore courte sur le continent, des chefs d'État qui ont quitté la présidence sans y être contraints par la force.
Depuis, l'ancien président, qui a franchi le cap des quatre-vingts ans, se manifeste surtout dans les enceintes diplomatiques africaines et européennes, où il plaide pour de nouveaux mécanismes d'allègement de la dette. Son pays, sous la nouvelle administration, cherche à stabiliser ses finances. Ce qu'il a bâti — une tradition d'alternance pacifique, un précédent judiciaire respecté, une réforme éducative de masse — ne disparaît pas avec son mandat. C'est peut-être là la définition la plus sobre d'un legs politique durable.