MALDIVES - REFERENDUM 4 AVRIL

Le coup de force électoral de Muizzu

Quand Mohamed Muizzu a apposé sa signature au bas du décret présidentiel numéro deux, le 16 février, dans son bureau du palais de Malé, il a déclenché quelque chose d'inédit dans l'histoire politique de l'archipel. Le texte convoque les Maldiviens aux urnes le 4 avril pour se prononcer sur le huitième amendement de leur Constitution : approuvent-ils la tenue simultanée des élections présidentielles et législatives, et la modification de la durée du mandat des députés actuels ? La question est simple. Ce qu'elle engage ne l'est pas.

L'enjeu dépasse la réorganisation d'un calendrier électoral. Ce référendum est le premier organisé sous le régime de la loi sur les référendums publics adoptée l'année précédente — un cadre statutaire spécifique qui confère à la consultation une portée constitutionnelle formelle. Sa combinaison avec les élections des conseils locaux et des comités de développement des femmes transforme le 4 avril en une épreuve logistique et institutionnelle sans précédent.

Le gouvernement a justifié la réforme par la rationalisation des coûts. L'argument n'est pas sans fondement : dans un État insulaire où chaque scrutin exige une logistique maritime et aérienne pour acheminer les urnes à travers les atolls, l'accumulation des élections pèse lourdement sur les finances publiques. Ibrahim Falah, chef de la majorité parlementaire, a porté ce discours au Majlis, faisant valoir que le couplage des scrutins présidentiel et législatif libérerait des fonds pour les infrastructures. Le parlement a suivi : 72 voix sur 73 en février, soit une quasi-unanimité qui n'a guère laissé de place aux objections de l'opposition.

Le 4 avril, 294 937 électeurs inscrits, répartis sur 226 circonscriptions, déposeront trois bulletins différents dans les urnes. Cette concentration des scrutins sur une seule journée expose l'administration électorale à des risques opérationnels que Transparency Maldives a documentés avec une précision qui devrait inquiéter. Dans son rapport d'évaluation juridique préélectorale, l'ONG identifie des failles systémiques susceptibles de compromettre l'intégrité du vote. La plus grave concerne le secret du scrutin : 6 176 électeurs, répartis sur 234 bureaux de vote, ne bénéficient pas de la garantie élémentaire de voter sans être identifiés. La Commission électorale n'a ouvert qu'une fenêtre de réinscription d'environ vingt-neuf heures trente en février — délai matériellement insuffisant. À peine 26 454 personnes ont pu être contactées et réinscrites, laissant la grande majorité des électeurs concernés sans recours effectif à quelques jours du scrutin.

La diaspora, elle, est tout simplement exclue. Pour justifier l'absence de bureaux de vote à l'étranger, les autorités ont appliqué le seuil de deux mille électeurs inscrits, initialement fixé pour les seules élections locales. L'intégration du référendum constitutionnel en février n'a entraîné aucune révision de ce critère. Résultat : en Malaisie, 499 électeurs enregistrés ne voteront pas. Au Sri Lanka, 186 autres non plus. Des centaines de citoyens maldiviens se trouveront ainsi dans l'impossibilité de se prononcer sur la loi fondamentale de leur pays — une situation sans précédent pour une consultation de cette nature.

Un recours pendant devant la Cour suprême conteste la régularité des procédures constitutionnelles lors de la convocation du corps électoral. La haute juridiction n'a pas encore tranché. L'incertitude juridique s'ajoutera donc, le jour du vote, à toutes les autres.