DJIBOUTI - PRESIDENTIELLE 10 AVRIL
Djibouti, le sixième règne — Quand la fête des stades masque l'immobilisme du pouvoir

Le stade Hassan Gouled n'est pas un mensonge — c'est une vérité soigneusement choisie. Dix mille spectateurs sous la chaleur de la Corne de l'Afrique, une finale de la Coupe du Président entre la Garde Républicaine et la Gendarmerie nationale, des primes à quatre millions de francs djiboutiens et des 4x4 offerts aux meilleurs joueurs. Ismaïl Omar Guelleh, soixante-dix-sept ans, a lui-même remis le trophée, entouré de son Premier ministre, du président de l'Assemblée nationale et du secrétaire d'État aux Sports. Ce mardi 7 avril, la mise en scène était parfaite. Ce matin, le pays vote.
Les bureaux ont ouvert leurs portes à l'aube. 256 467 électeurs sont appelés aux urnes, dont 162 833 dans la seule capitale, répartis entre 712 bureaux de vote Africa24 TV — un dispositif rodé, dimensionné pour un scrutin dont le résultat ne constitue pas une énigme. L'Union pour la Majorité Présidentielle — coalition gravitant autour du Rassemblement Populaire pour le Progrès, le parti de Guelleh depuis les années quatre-vingt-dix — occupe l'intégralité de l'espace politique. Les rassemblements du mois de mars ont quadrillé le territoire, de la capitale jusqu'à Ali Sabieh, avec un message uniforme : continuité, infrastructures scolaires, pouvoir d'achat préservé malgré les turbulences causées par les conflits au Moyen-Orient. En face, un seul nom figure sur les bulletins : Mohamed Farah Samatar, du Centre Démocrate Unifié, qui a bâti sa campagne sur une promesse de rupture radicale avec le passé Africa24 TV — formule sans adversaire à sa mesure dans un pays où les deux partis d'opposition les plus actifs, le MRD et l'ARD, boycottent les élections depuis 2016, dénonçant le manque d'impartialité de la Commission électorale nationale indépendante. Africa Center Les sept députés d'opposition que comptait une Assemblée nationale à soixante-cinq sièges ont fini par rallier officiellement le président sortant. La compétition s'est tenue avant même l'ouverture des bureaux de vote.
Pour en arriver là, il a fallu quelques ajustements constitutionnels. En novembre dernier, lors du congrès d'investiture de son parti, Guelleh a justifié son maintien au pouvoir par une logique qui lui est familière : l'insistance des anciens, la mobilisation des femmes, l'appel des jeunes travailleurs. Ce registre du sacrifice consenti est rodé. Ce que le discours omet de mentionner, c'est que la limite d'âge de soixante-quinze ans a dû être supprimée par l'Assemblée nationale en novembre 2025 pour que cette sixième candidature soit légalement possible Africa Center — une contrainte qu'il avait lui-même inscrite dans la Constitution, levée dès qu'elle risquait de lui faire obstacle.
La révision constitutionnelle récente ne s'est pas arrêtée là. Le texte fondamental intègre désormais l'interdiction des mutilations génitales féminines et la prohibition des pratiques portant atteinte à la dignité humaine. Ces avancées sont réelles, et leur inscription dans la Constitution n'est pas sans valeur symbolique. Mais des juristes djiboutiens et étrangers relèvent que des lois organiques auraient suffi à produire le même effet. La révision a surtout accompagné l'introduction de nouveaux articles que ses critiques lisent comme des instruments de contrôle politique visant les derniers réseaux dissidents, les lanceurs d'alerte et les militants de la diaspora. Dans un pays classé au 168e rang sur 180 par Reporters Sans Frontières, où les médias indépendants ne peuvent pas opérer librement Africa Center, le renforcement de l'arsenal juridique ne peut être lu sans contexte.
Ce matin, les observateurs de l'Union africaine — vingt-six membres issus de seize États, conduits par Bernard Makuza, ancien Premier ministre du Rwanda — sont en poste depuis le 3 avril allAfrica. Des délégations de l'IGAD et de l'Organisation de la Coopération Islamique complètent le dispositif Presidence de la République de Djibouti, reçues en audience au Palais de la République en début de semaine. Leur déclaration préliminaire est annoncée pour le 12 avril à l'Hôtel Djibouti Palace Kempinski. allAfrica Elle saluera, selon toute probabilité, le déroulement pacifique des opérations.
Le problème réel n'est pas l'élection. C'est ce qui vient après. La santé du président alimente des rumeurs persistantes, et des spéculations ont couru jusqu'à la veille du scrutin sur une possible démission avant le terme du quinquennat. Il se murmure dans certains cercles que Guelleh préparerait la succession de son beau-fils, Naguib Abdullah Kamil, soixante et un ans, actuellement secrétaire général du bureau du Premier ministre. Africa Center La question reste officiellement impensable — mais la démission en septembre 2025 d'Alexis Mohamed, l'un des conseillers seniors du président, a laissé entrevoir des tensions au cœur même de la coalition au pouvoir. Or le système djiboutien a été construit autour d'un homme, pas autour d'institutions. Aucune succession n'a été préparée dans les formes — aucune transition négociée, aucun mécanisme d'alternance pacifique formalisé. Ce vide n'est pas accidentel : il est le produit direct d'un mode de gouvernance qui a méthodiquement évité de créer des contre-pouvoirs ou d'émanciper une génération de responsables politiques autonomes.
Les ambassades présentes à Djibouti-Ville observent tout cela sans rien dire, et ce silence n'est pas de la complicité passive — c'est une position calculée. Le territoire djiboutien héberge des bases militaires américaine, chinoise et française sur une superficie comparable à celle de la Bretagne. Le détroit de Bab el-Mandeb, que contrôle géographiquement Djibouti, voit transiter entre douze et quinze pour cent du commerce mondial et près du tiers du trafic de porte-conteneurs. Africa Center Washington, Pékin et Paris rédigent leurs rapports confidentiels sur l'état du droit, archivent leurs inquiétudes, et composent. Un partenaire prévisible, même autoritaire, vaut mieux qu'une transition incertaine dans l'une des zones les plus surveillées du globe.
Ce soir, le dépouillement ne réservera aucune surprise. Les observateurs internationaux publieront leurs premières notes sur le déroulement pacifique des opérations. Et la question qui se pose réellement — qui gouverne Djibouti après Guelleh, et comment — restera sans réponse officielle, comme si l'avenir du pays était lui aussi une affaire trop sérieuse pour être soumise au vote.