PEROU - PRESIDNTIELLE 12 AVRIL

Pérou : l'élection du désespoir

Le 18 février 2026, le Pérou a changé de président. Encore. José María Balcázar est devenu le huitième chef d'État du pays en dix ans — un intérim de transition nommé par le Congrès pour tenir le palais de Lima jusqu'au 28 juillet. Le fait qu'un tel événement soit à peine commenté en dit plus long sur l'état de la démocratie péruvienne que n'importe quel sondage. Dans moins de deux mois, le 12 avril, les électeurs sont appelés à choisir — parmi trente-cinq candidats — celui ou celle qui sera censé mettre fin à cette série noire.

Le scrutin qui s'ouvre n'est pas seulement présidentiel. Les Péruviens élisent aussi, pour la première fois depuis des décennies, les membres d'un Parlement bicaméral refondé. Le retour du Sénat — doté du pouvoir d'amender les textes de la Chambre des députés et de nommer les hauts magistrats du Tribunal constitutionnel — redistribue les cartes institutionnelles à un moment où le pays peine à en trouver de solides. Les partis s'adaptent, ou font semblant. La rue, elle, ne cache plus son mépris.

Avec trente-cinq candidats en lice, la probabilité d'un vainqueur au premier tour est nulle. La vraie bataille, que chaque camp sait être la seule qui compte, c'est celle des deux places qualificatives pour le second tour du 7 juin. Dans ce jeu-là, les sondages offrent peu de certitudes : l'électorat péruvien, traumatisé par dix ans de scandales de corruption et de destitutions en cascade, résiste obstinément à toute tentative de modélisation.

En tête des intentions de vote se trouve Keiko Fujimori, candidate pour la quatrième fois sous la bannière Fuerza Popular. La fille de l'ancien président Alberto Fujimori a fait de la sécurité et de la lutte contre la criminalité le cœur de son projet — intelligence artificielle pour cartographier les zones à risque, investissements massifs dans les quartiers sensibles. Cette campagne millimétrée cherche à capitaliser sur l'aspiration à l'ordre d'une partie de la population tout en espérant que les multiples procédures judiciaires qui ont ponctué ses précédentes tentatives électorales ne ressurgissent pas trop tôt dans le débat.

Sur sa droite, Rafael López Aliaga surenchérit. L'ancien maire de Lima et homme d'affaires, dont le parti Renovación Popular affiche des scores robustes, ne parle que de gangs, de terrorisme urbain et de drones de surveillance. Il invoque ouvertement le modèle Bukele et promet des accords d'extradition avec Washington. Le message trouve un écho réel dans les commerces des quartiers de Lima où les rackets font désormais partie du quotidien.

Quand la droite sature ainsi l'espace politique, les marges se peuplent de profils inattendus. Carlos Álvarez, comédien et scénariste de soixante-deux ans, sans aucune expérience gouvernementale, réussit à se hisser parmi les premiers dans les enquêtes d'opinion sous l'étiquette País para Todos. Il ne propose rien de révolutionnaire — il n'est pas Pedro Castillo. Mais il n'est pas non plus Fujimori, ni López Aliaga, et c'est précisément ce qui se vend.

La gauche, elle, n'a jamais vraiment repris pied depuis le naufrage de Castillo. L'ancien président, incarcéré, continue d'orienter une frange radicale depuis sa cellule, soutenant ici et là des candidatures dissidentes qui fractionnent davantage une offre déjà éclatée. Roberto Sánchez de Juntos por el Perú et l'économiste Alfonso López-Chau peinent à franchir la barre des 7 %. La disqualification de Martín Vizcarra par les autorités électorales a privé le centre d'un leader de rechange naturel — et personne ne s'est encore imposé pour occuper ce vide.

Le vote est obligatoire au Pérou. La mobilisation physique n'est donc pas le problème institutionnel principal. Ce qui se joue dans les derniers jours de campagne, c'est autre chose : la bataille pour le bulletin valide face à la tentation grandissante du vote blanc ou nul, dernier recours d'un électorat qui ne se reconnaît dans aucune des offres disponibles. Les bureaux ferment à 17 heures le dimanche 12 avril. Comme souvent au Pérou, ce sont les indécis du dernier moment — nombreux, et décidément insaisissables — qui désigneront les deux finalistes.