UN JOUR, UN PAYS

Venezuela : la révolution sans Maduro

Les pales des hélicoptères du 160th Special Operations Aviation Regiment ont déchiré la nuit de Caracas le 3 janvier 2026. À Fort Tiuna, le complexe militaire le plus étendu et le plus sécurisé du pays, les explosions ont réveillé une capitale habituée aux crises mais pas à l'impensable. L'opération Absolute Resolve s'est soldée par l'extraction sous le feu de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores. Le bilan de l'assaut, mené par la Delta Force avec des frappes ciblées, était lourd : environ cinquante-cinq militaires vénézuéliens et cubains morts dans les combats — dont trente-deux soldats cubains officiellement reconnus par La Havane — auxquels s'ajoutaient des victimes civiles portant le total à une centaine selon les premières estimations. Maduro a été transféré à New York pour y être jugé pour narcoterrorisme. Il laissait derrière lui un État en état d'urgence et un vide que ses héritiers ont mis quarante-huit heures à combler.

Le régime n'a pas implosé. C'est là l'essentiel.

Delcy Rodríguez, vice-présidente et colonne vertébrale de l'appareil chaviste, a pris les rênes du pouvoir par intérim dès le lendemain, investie pour une période initiale de quatre-vingt-dix jours renouvelables après constat officiel du Tribunal suprême de justice. Depuis Miraflores, elle a appelé l'armée et la population à défendre la patrie face à ce qu'elle qualifie d'acte de guerre impérialiste. L'état-major, soigneusement épuré au fil des années par Maduro lui-même, a fait bloc. La capture du chef ne décapite pas un système conçu précisément pour lui survivre.

Pour saisir pourquoi la situation reste bloquée en ce printemps 2026, il faut revenir au 28 juillet 2024 — le jour où tout a basculé sans que personne ne tombe. Ce scrutin présidentiel devait ouvrir une sortie de crise négociée. L'opposition, unie dans la Plateforme unitaire, avait mis en avant Edmundo González Urrutia, diplomate discret propulsé candidat après l'invalidation de la candidature de María Corina Machado. Le soir du vote, les procès-verbaux collectés par les observateurs citoyens indiquaient une victoire écrasante de l'opposition. Le Conseil national électoral a néanmoins proclamé la réélection de Maduro sans publier les procès-verbaux détaillés exigés par la communauté internationale. La fraude était documentée, la répression organisée : plusieurs milliers d'arrestations dans les jours suivant le scrutin — entre deux mille quatre cents cas immédiatement documentés et un total bien supérieur sur les mois suivants selon les organisations de droits humains. González Urrutia a quitté le pays le 7 septembre 2024 pour l'Espagne. Machado, couronnée avec lui du prix Sakharov par le Parlement européen en décembre, a choisi la clandestinité.

L'année 2025 a enfoncé le clou. Le gouvernement a poursuivi l'épuration de son propre appareil judiciaire — arrestations de magistrats et procureurs sous couvert de lutte contre la corruption —, bloqué les principaux réseaux sociaux et étouffé les derniers espaces de mobilisation civile. L'économie, elle, achevait de se désintégrer : une inflation de 475 % sur l'année, confirmée par la Banque centrale du Venezuela elle-même ; des exportations pétrolières en recul répété, atteignant par endroits vingt pour cent de baisse mensuelle faute d'investissements et sous le poids des sanctions. PDVSA n'est plus que le squelette de l'entreprise qui finançait jadis les programmes sociaux de Chávez. En juin 2025, la police politique arrêtait à Maracaibo l'ancien ministre des Finances Rodrigo Cabezas, qui tentait de documenter ce désastre.

Les enquêtes de l'université catholique Andrés Bello disent le reste : la quasi-totalité de la population sous le seuil de pauvreté, une grande majorité en situation d'extrême pauvreté, des services publics en défaillance chronique, un système de santé réduit à néant. Dans les zones minières du sud et aux frontières, les réseaux de traite humaine ont prospéré sur ce terreau. Et les Vénézuéliens ont fui — huit millions au milieu de 2025 selon les estimations concordantes des organisations internationales, une hémorragie qui prive le pays de sa jeunesse, de ses médecins, de ses ingénieurs. La Colombie et le Brésil peinent à absorber ces flux. Des centaines de milliers tentent encore la traversée du Darién.

Washington avait pourtant essayé la voie diplomatique. Des tractations discrètes en janvier 2025 avaient abouti à quelques libérations de prisonniers. La ligne rouge du régime n'a jamais bougé : hors de question d'abandonner le pouvoir. La Maison Blanche a choisi l'option militaire. Elle se retrouve aujourd'hui à vouloir imposer une transition à un bloc dirigeant qui préfère l'isolement total à la capitulation.

L'opposition en exil tente de tirer profit du séisme. Depuis Madrid, González Urrutia a réaffirmé sa disponibilité à diriger une transition. Machado l'a appelé à prendre ses fonctions présidentielles dès le lendemain de Fort Tiuna. Paris et plusieurs autres capitales européennes ont apporté leur soutien. Mais ces appuis ne pèsent rien face au contrôle qu'exerce Rodríguez sur le territoire, les frontières et les forces de sécurité. Aucun signe de défection militaire significative n'est apparu.
Ce qui reste de la société civile vénézuélienne observe depuis les marges. Les syndicats ont été démantelés, les associations étudiantes réduites au silence, les derniers espaces de résistance confinés à des plateformes cryptées ou aux tribunes de l'exil. Entre une élite connectée aux réseaux du pouvoir et une dollarisation de fait, et une majorité qui survit grâce aux subventions étatiques et aux envois de la diaspora, la classe moyenne a simplement disparu.

Le pays est pris dans un conflit d'usure asymétrique dont aucune des deux parties ne voit l'issue. L'administration Rodríguez tient son ossature bureaucratique et militaire. L'opposition légitime est physiquement absente de Caracas. L'industrie pétrolière stagne, les campagnes se vident, l'État sanctionné gère sa propre survie. Pendant ce temps, la télévision d'État diffuse en boucle des images d'exercices de la milice bolivarienne. À Madrid, González Urrutia reçoit dans une salle de conférence louée un représentant du gouvernement espagnol. La révolution sans Maduro ressemble beaucoup à la révolution avec Maduro — sauf que cette fois, personne n'a de plan de sortie.