ETATS UNIS - NECROLOGIE
Dirk Kempthorne, le républicain qui choisissait

Dirk Kempthorne est mort le 24 avril à Boise, à soixante-quatorze ans, emporté en treize mois par un cancer du côlon. Ce qui s'éteint avec lui dépasse la biographie d'un républicain de l'Idaho : c'est un type de politique que l'Amérique a cessé de produire bien avant qu'il ne disparaisse.
On peut résumer sa trajectoire en quelques lignes — maire, sénateur, gouverneur, secrétaire à l'Intérieur — mais cela ne dit rien de ce qui la rendait singulière. À Washington, où la logique partisane sert d'abord à ne jamais avoir à choisir, Kempthorne choisissait. Élu républicain de l'Idaho en 1992, il co-signe avec le démocrate John Glenn la loi sur les mandats fédéraux non financés — Senate Bill 1, adoption à la quasi-unanimité — puis négocie avec Bob Kerrey une refonte substantielle de la loi sur l'eau potable. Ce n'est pas du bipartisme de façade : les deux textes changent concrètement la relation entre Washington et les États. En 2008, à la tête du département de l'Intérieur, il fait inscrire l'ours polaire sur la liste des espèces menacées au titre de la fonte de la banquise — une décision scientifiquement fondée, dans une administration qui se méfiait de la climatologie. Il prend aussitôt soin de préciser que cette inscription ne saurait en aucun cas servir à réguler les émissions de gaz à effet de serre. La tension est assumée, pas dissimulée. C'est cette capacité à tenir les deux bouts — rigueur des faits, pragmatisme politique — qui l'a constamment distingué.
Il est né à San Diego le 29 octobre 1951, mais c'est l'Idaho qui fait l'homme. À l'université de l'État, il préside le corps étudiant, obtient sa licence de sciences politiques en 1975, et enchaîne sur des fonctions qui lui donnent une connaissance du terrain rare chez les futurs grands élus : direction des terres de l'Idaho, puis travail pour l'association des constructeurs de maisons. Quand il brigue la mairie de Boise en 1985, à trente-trois ans, les experts locaux jugent la candidature absurde. Le centre-ville de la capitale de l'État est alors un amas de bâtiments éventrés que les habitants surnomment le Liban. Kempthorne l'emporte néanmoins, et pendant sept ans supervise une renaissance urbaine que la ville n'a pas oubliée. C'est ce bilan — concret, mesurable, sans emphase — qui lui ouvre les portes du Sénat en 1992.
Le passage à Washington confirme ce que Boise avait révélé : Kempthorne travaille, il ne défile pas. Il renonce à un second mandat sénatorial en 1998 — une rareté que ses pairs n'arrivent pas tout à fait à comprendre — pour retourner en Idaho comme gouverneur. Sous sa direction, l'État investit massivement dans l'éducation et la santé des plus jeunes. La gestion des loups et des grizzlis le met en confrontation directe avec les agences fédérales — il y défend bec et ongles la prérogative des États. Quand le 11 septembre 2001 impose une autre urgence, il coordonne la réponse régionale avec suffisamment d'efficacité pour que ses pairs le portent à la présidence de la National Governors Association.
George W. Bush l'appelle en 2006 au département de l'Intérieur, où il succède à Gale Norton. La maison n'est pas en ordre. Il s'y impose par un style que ses collaborateurs décrivent comme inhabituellement attentif : refus de signer des budgets qu'il juge insuffisants pour la sécurité de ses agents sur le terrain, mémoire précise des noms des rangers et des techniciens. Simultanément au classement de l'ours polaire, il pousse le développement des énergies fossiles dans le golfe du Mexique et au large de l'Alaska — convaincu que la conservation ne peut être pensée sans la sécurité énergétique. La contradiction n'est qu'apparente pour ceux qui l'ont observé de près : c'est une position, pas une incohérence.
Il quitte le service public en 2009 pour prendre la tête de l'American Council of Life Insurers, où il passe près d'une décennie à défendre la sécurité financière des familles. Travail plus discret, même logique : protéger ce qui est concret et proche. Il reste consulté par les élus de l'Idaho, toutes tendances confondues, jusqu'à ce que le diagnostic de mars 2025 ferme progressivement cette parenthèse.
Il laisse son épouse Patricia, leurs enfants Heather et Jeff. Le gouverneur Brad Little a décrété les drapeaux en berne et ordonné des funérailles d'État au Capitole de Boise. Brad Little était son protégé. Cela aussi dit quelque chose.
Kempthorne aimait répéter que si l'on a une idée positive, il ne faut jamais écouter ceux qui disent que c'est impossible. La formule sonne comme un lieu commun jusqu'à ce qu'on la replace dans le contexte d'un homme qui avait brigué la mairie d'une ville en ruines, renoncé à un mandat de sénateur pour gouverner son État, et classé l'ours polaire comme espèce menacée sous une administration républicaine. Il avait l'habitude de gagner les paris que personne ne lui donnait.