MEMOIRE D URNES

3 mai 2009 : Panama, l'irruption d'un homme d'affaires

Quand les résultats ont commencé à tomber, le 3 mai 2009, il n'y avait plus grand-chose à attendre. Le Parti révolutionnaire démocratique avait perdu — et perdu nettement. Avec 74% de participation, les Panaméens avaient voté en masse, et une part décisive d'entre eux avait choisi un supermarché contre un parti.

Ricardo Martinelli n'est pas sorti de nulle part. Patron de "Super 99", la plus grande chaîne de distribution du pays, il avait construit depuis des années une image de gestionnaire au-dessus des querelles de l'establishment. Le Panama de 2009 lui offrait un terrain idéal : croissance record tirée par l'élargissement du canal, et pourtant une pauvreté qui persistait, ostentatoire, à portée de regard des grues et des bétonneuses. La rhétorique du "changement" qu'il martelait sous la bannière de son parti, Cambio Democrático — fondé par lui, taillé à sa mesure —, collait à cette contradiction.

En face, le PRD avait misé sur Balbina Herrera. Ancienne ministre du Logement de Martín Torrijos, populaire dans les quartiers populaires, elle portait une trajectoire militante que ses adversaires ont transformée en handicap. Son passé de partisane du régime du général Noriega et ses accointances supposées avec Hugo Chávez ont été martelés sans relâche par le camp Martinelli pour dissuader les classes moyennes et les milieux d'affaires — avec succès. Sa formule cinglante — "la dignité ne s'achète pas dans les supermarchés" — a résonné creux face à un électorat qui voulait moins de symbolique et plus de résultats.

La coalition bâtie par Martinelli avec le Parti panaméiste — formation historique de l'opposition — et son candidat à la vice-présidence, Juan Carlos Varela, s'est avérée redoutable sur le terrain. Le résultat : 60% des suffrages pour Martinelli, 37,6% pour Herrera, 2% pour l'ancien président Guillermo Endara. Jamais depuis le retour à la démocratie en 1989 un candidat n'avait gagné aussi largement. À l'Assemblée nationale, l'Alliance pour le Changement a obtenu 42 des 71 sièges, laissant le PRD dans une opposition famélique.

"Nous allons faire fonctionner le gouvernement comme une entreprise privée", a-t-il déclaré au soir de sa victoire. La formule résume bien l'ère qui s'ouvre — avec ce qu'elle porte de promesses de modernisation et d'impatience vis-à-vis des contre-pouvoirs. Les grands travaux d'infrastructure, la baisse de la pression fiscale : le programme est clair. Ce que la méthode producera en termes de concentration du pouvoir, c'est une autre question — que le Panama mettra quelques années à mesurer. mai