ETATS UNIS - ANNIVERSAIRE
Mike Dunleavy, le survivant de l'Arctique

Le 4 septembre 2019, quarante-neuf mille six signatures atterrissent sur les bureaux de la division des élections de l'Alaska. Moins d'un an après son investiture, Mike Dunleavy fait face à ce qu'aucun gouverneur alaskien n'avait affronté depuis des décennies : une campagne de destitution portée par une coalition de militants, d'élus et de fonctionnaires excédés par ses coupes budgétaires, par le refus présumé de nommer un juge dans les délais constitutionnels, et par l'utilisation de fonds publics à des fins ouvertement partisanes. Pour un homme dont la carrière avait commencé dans un camp forestier du bout du monde, l'épreuve était à la hauteur du personnage.
La trajectoire qui l'avait conduit là n'avait rien d'évident. Né le 5 mai 1961 à Scranton — ville minière de Pennsylvanie, rendue célèbre depuis par Joe Biden —, Dunleavy décroche une licence d'histoire à la Misericordia University en 1983, puis décide de tout plaquer. Il fête aujourd'hui ses 65 ans.
L'Alaska l'attire, comme beaucoup de jeunes Américains de sa génération en quête de grand large. Il y arrive sans réseau, sans plan précis, et se retrouve ouvrier dans un camp d'exploitation forestière du sud-est de l'État. C'est là, dans les forêts pluvieuses de la côte pacifique, qu'il prend la mesure d'une économie entièrement tributaire de ses ressources naturelles.
L'enseignement le rappelle. Il obtient sa certification, puis disparaît dans les communautés les plus reculées du nord-ouest arctique — Koyuk, Kotzebue, des villages accessibles uniquement par avion ou par bateau, où l'hiver dure neuf mois et où la notion d'"isolement" prend une dimension physique. Il y passe près de vingt ans. Il y épouse Rose, originaire de Noorvik, dans la vallée du Kobuk. Ils auront trois filles. Son ascension dans le système éducatif est méthodique : professeur, directeur d'école, surintendant. Un master en éducation à l'université de Fairbanks en 1992, une certification de surintendant à Anchorage en 1997. L'Arctique lui a donné ce que Scranton ne pouvait pas lui offrir : une identité politique ancrée dans la réalité d'un État qui ne ressemble à aucun autre.
En 2004, la famille s'installe à Wasilla, dans la vallée de Matanuska-Susitna — le bastion conservateur de l'Alaska, celui qui a produit Sarah Palin. Dunleavy y crée une société de conseil en éducation, préside le conseil scolaire du borough de Mat-Su, et franchit, en 2012, le pas vers la politique d'État en remportant un siège au Sénat de l'Alaska. Au cours des années suivantes, il se taille une réputation de conservateur fiscal sans concession : réduction des dépenses, défense intransigeante du droit aux armes, opposition frontale aux arbitrages budgétaires de l'administration en place. En 2018, il démissionne de son mandat de sénateur pour briguer le poste de gouverneur.
Le terrain lui est favorable. L'Alaska, dont les finances reposent sur les revenus pétroliers, traverse une période de contraction budgétaire douloureuse. Le gouverneur sortant indépendant Bill Walker suspend sa campagne quelques jours avant le scrutin. Le duel se resserre face au démocrate Mark Begich, ancien sénateur fédéral. Dunleavy mise sur une promesse simple et populaire : restaurer le versement intégral du dividende du fonds permanent, cet instrument de redistribution directe des revenus pétroliers à chaque résident alaskien. Le 6 novembre 2018, il l'emporte avec 51,4 % des voix, contre 44,4 % à Begich et 2 % à Walker.
L'arrivée au capitole de Juneau produit une onde de choc immédiate. À l'été 2019, il utilise son droit de veto pour supprimer près de 400 millions de dollars du budget de l'État, dont 130 millions en coupes directes sur le financement de l'université — soit une réduction d'environ 40 % de l'enveloppe étatique allouée au système académique. La réaction est brutale. Des manifestations éclatent à Anchorage, Fairbanks et Juneau. La campagne de rappel Recall Dunleavy s'organise et accumule les griefs : violation des délais constitutionnels pour la nomination d'un juge au tribunal de Palmer, usage partisan de fonds publics, mise en péril de dizaines de millions de fonds fédéraux liés au programme Medicaid.
La division des élections rejette d'abord la pétition en novembre 2019, sur avis de l'avocat général Kevin Clarkson. Mais la Cour suprême de l'Alaska tranche autrement en mai 2020 : la collecte de signatures est autorisée à se poursuivre. La destitution reste une hypothèque suspendue au-dessus de son administration pendant toute la première moitié du mandat. En septembre 2020, Dunleavy accepte de régler 2 800 dollars pour clore trois plaintes éthiques directement liées aux motifs de rappel — un aveu tacite, mais limité. La pandémie fait ensuite dériver l'attention publique vers d'autres urgences. Le 25 août 2021, le comité Recall Dunleavy, qui affirme avoir réuni plus de 62 000 signatures, abandonne la procédure.
Il annonce sa candidature à la réélection dans la foulée. L'Alaska a entre-temps réformé son système électoral : exit les primaires partisanes, place à une primaire ouverte suivie d'un scrutin préférentiel à vote classé. Le nouveau dispositif avantage théoriquement les candidats capables de recueillir des voix au-delà de leur base. Dunleavy affronte Bill Walker, qui tente un retour, le démocrate Les Gara, ancien représentant d'État, et le républicain Charlie Pierce, maire de la péninsule de Kenai. Le soutien de Donald Trump consolide son flanc droit. Le dividende du fonds permanent reste au cœur du débat — ses adversaires l'accusent de n'avoir pas tenu ses promesses de 2018 sur le mode de calcul des versements.
Le 8 novembre 2022, les résultats définitifs tombent le 23 : 50,3 % pour Dunleavy, 24,2 % pour Gara, 20,7 % pour Walker. Il devient le premier gouverneur républicain réélu en Alaska depuis Jay Hammond en 1978, et le premier gouverneur — toutes étiquettes confondues — à remporter un second mandat depuis le démocrate Tony Knowles en 1998. Un survivant, au sens propre du terme. La question du dividende, elle, reste entière.