UN JOUR, UN PAYS

La Gambie au bord du précipice

Adama Barrow avait promis trois ans. Il en est à neuf, brigue un troisième mandat consécutif, et les troupes nigérianes de l'ECOMIG patrouillent encore dans les rues de Banjul. Le 18 février dernier, pendant les cérémonies du soixantième anniversaire de l'indépendance gambienne, elles montaient la garde autour du chef de l'État. Huit ans après l'exil de Yahya Jammeh, la survie politique du régime dépend toujours d'une présence militaire sous-régionale. Ce n'est pas un détail de protocole — c'est un diagnostic.

La Gambie est le plus petit État d'Afrique continentale : une étroite bande de terre cernée de toutes parts par le Sénégal, tracée au dix-neuvième siècle par des rivalités franco-britanniques qui n'avaient rien à voir avec les populations qui y vivaient. Deux millions six cent mille habitants, un revenu annuel par habitant qui plafonne à sept cent cinquante dollars, plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté. La jeunesse — soixante pour cent de la pyramide des âges — se retrouve face à un chômage structurel que le gouvernement ne traite pas, et des milliers de jeunes hommes continuent chaque année de tenter la traversée vers les côtes européennes. Le tourisme, officiellement érigé en priorité nationale — jusqu'à l'ambition, un peu vertigineuse, d'en faire une destination de médecine de pointe — ne compensera pas une saison agricole 2025 catastrophique, ni la dépendance chronique aux importations alimentaires.

La transition démocratique de 2016 avait suscité un espoir réel. Barrow, candidat d'une coalition hétéroclite face à Jammeh, avait remporté l'élection présidentielle de décembre avec une promesse explicite : trois ans de gouvernement de transition, puis le retrait. Il ne l'a pas tenu. Réélu en décembre 2021, il sollicite désormais un troisième mandat pour l'échéance du 5 décembre 2026. Ce glissement n'est pas anodin dans un pays qui a subi vingt-deux ans de pouvoir absolu sous un dictateur arrivé par putsch le 22 juillet 1994. La Commission vérité, réconciliation et réparations a documenté au moins deux cent quarante assassinats commis par les services de Jammeh — exécutions extrajudiciaires, torture systématique, disparitions forcées. Le gouvernement Barrow a officiellement accepté ses recommandations. Il n'a pratiquement rien mis en œuvre. La CEDEAO a dû créer en décembre 2024 un tribunal spécial pour que les poursuites aient une chance d'aboutir. Quant aux biens saisis de l'ancien dictateur — voitures de luxe, avions privés, propriétés immobilières — leur liquidation chaotique a surtout profité, selon les organisations de la société civile, à un cercle restreint d'obligés du palais.

La question constitutionnelle est le cœur du problème. Une nouvelle loi fondamentale devait matérialiser la rupture avec l'ère Jammeh et inscrire dans le marbre la limitation des mandats présidentiels. Le premier projet, élaboré par la Commission de révision instituée en juin 2018, a été rejeté par le Parlement en 2020 : la limitation rétroactive des mandats aurait empêché Barrow de se représenter. Une version expurgée de cette clause, réintroduite à l'Assemblée nationale en 2024, a également échoué, faute de majorité qualifiée. Le pays reste donc régi par la Constitution de 1997, rédigée précisément pour consolider le régime Jammeh. L'opposition n'a pas tort d'y voir une confiscation méthodique du pouvoir.

Ousainou Darboe, soixante-dix-sept ans, patron du Parti démocratique uni et ancien vice-président congédié par Barrow après leur rupture, incarne cette opposition depuis des décennies. Sa longévité dans le rôle suscite des frictions croissantes au sein du PDU, où une partie de la jeune garde estime, non sans logique, que face à un électorat dont soixante pour cent a moins de trente ans, la candidature d'un septuagénaire envoie un signal politique désastreux. Le paysage partisan — dix-neuf partis officiellement enregistrés — favorise mécaniquement le président sortant en dispersant les voix adverses, même si la nouvelle loi électorale impose désormais un seuil de cinquante pour cent pour l'emporter au premier tour, sous peine d'un second tour à l'issue imprévisible. Bakary K. Badjie, parlementaire respecté, a annoncé sa candidature indépendante pour tenter de sortir du face-à-face entre les deux figures qui dominent la décennie écoulée.

Les signaux d'une dérive autoritaire s'accumulent. En septembre 2025, le vérificateur général Modou Ceesay a été limogé trois ans seulement après le début d'un mandat théorique de neuf ans — ce qui a immédiatement provoqué des manifestations dans Banjul, réprimées avec une brutalité inhabituelle. Les attributions préférentielles de devises étrangères et de prêts garantis par l'État à des proches du palais alimentent une corruption que le gouvernement avait promis d'éradiquer. Une commission anticorruption existe sur le papier, une loi d'accès à l'information a été promulguée — personne ne les voit à l'œuvre. Le FMI et la Banque africaine de développement injectent des capitaux pour soutenir la stabilisation macroéconomique, mais signalent périodiquement les défaillances dans la gestion des finances publiques, qui entretiennent l'inflation et l'érosion de la monnaie nationale.

Dans l'arrière-pays, l'État gambien existe peu. Les litiges fonciers explosent le long de la frontière méridionale poreuse, le banditisme et les vols de bétail dégénèrent en violences intercommunautaires, et la justice coutumière supplée un appareil judiciaire formel jugé trop lointain et trop onéreux par les populations rurales. Les rhétoriques sur la loyauté des groupes ethniques réapparaissent ponctuellement à l'approche des échéances électorales, quand certains responsables politiques cherchent à mobiliser par la peur ce qu'ils ne peuvent plus obtenir par la confiance. La minorité chrétienne signale des pressions sur la laïcité — un principe pourtant enraciné dans l'histoire du pays. La diaspora, dont les transferts de fonds constituent une part structurelle du PIB, a obtenu de la Cour suprême en 2021 le droit de voter depuis l'étranger. La Commission électorale indépendante n'a pris aucune disposition logistique pour que ce droit soit effectif le 5 décembre 2026.

L'élection gambienne dépasse les frontières du pays. Dans une Afrique de l'Ouest secouée par six coups d'État militaires depuis 2020, du Mali au Niger en passant par la Guinée et le Burkina Faso, la Gambie représentait l'une des rares transitions civiles à avoir tenu. Sa lente dégradation institutionnelle pèse sur toute la sous-région. Le mode de scrutin dit à la bille — chaque électeur glisse une petite sphère de verre dans le bidon métallique frappé à l'effigie du candidat de son choix, un système conçu dans les années soixante pour un électorat faiblement alphabétisé — a quelque chose d'à la fois archaïque et indépassable : dans l'isoloir gambien, le vote ne laisse pas de trace visible, juste un tintement métallique. Le 5 décembre 2026, c'est ce bruit qui dira si la transition aura tenu ou cédé.