ECOSSE - LEGISLATIVES 07/05
Écosse : Swinney aux portes de la majorité

Les terminaux d'Édimbourg affichaient la semaine dernière les dernières projections YouGov — soixante-sept sièges pour le Scottish National Party. Une majorité absolue. Ce que peu de stratèges nationalistes osaient envisager il y a deux ans à peine, au plus fort des enquêtes policières et des défections internes, est devenu le scénario de base à quarante-huit heures du scrutin. Jeudi 7 mai 2026, entre sept heures et vingt-deux heures, les Écossais éliront les cent vingt-neuf membres de leur Parlement pour la septième fois depuis 1999.
La résurrection du SNP doit beaucoup à John Swinney, son premier ministre depuis mai 2024. L'homme a repris la tête d'un parti épuisé : Humza Yousaf venait de démissionner, Nicola Sturgeon avait quitté Glasgow Southside, et une trentaine de figures historiques s'apprêtaient à ne pas se représenter — dont la vice-première ministre Kate Forbes, partie pour se consacrer à sa fille. Au total, trente-cinq élus sortants ont renoncé à briguer un nouveau mandat. Cette hémorragie d'expérience aurait dû fragiliser la machine. Ce n'est pas ce qui s'est passé.
Swinney a rompu avec la rhétorique de rupture qui avait épuisé son prédécesseur. Vétéran de la politique écossaise, vice-Premier ministre pendant près de neuf ans sous Sturgeon puis sous Salmond avant elle, il a construit sa campagne sur un argument différent : la sécurité. Dans son discours au McEwan Hall en janvier, il a relié l'indépendance à la géopolitique — le passage entre le Groenland, l'Islande et l'Écosse, les câbles sous-marins, les infrastructures offshore exposées à la guerre hybride. Le retour dans l'Union européenne, présenté non plus comme un acte de foi identitaire mais comme une nécessité stratégique. Un technocrate a remplacé un prophète, et l'électorat fatigué a semblé préférer ça.
Face à lui, le bloc unioniste s'effondre. Le Parti travailliste écossais aborde ce scrutin au bord de la disparition. L'euphorie de 2024 — celle qui avait accompagné l'arrivée de Keir Starmer à Downing Street — a fondu en dix-huit mois de gouvernement londonien. Les enquêtes d'opinion ne lui accordent aucune victoire de circonscription. Sa survie repose entièrement sur la proportionnelle régionale, qui devrait lui sauver une quinzaine de sièges — ce qui constituerait quand même sa pire performance depuis la création de Holyrood. Richard Leonard, Alex Rowley et d'autres figures historiques du parti ont préféré tirer leur révérence avant l'humiliation.
Chez les conservateurs, le tableau est encore plus sévère. Huit pour cent des intentions de vote, sept sièges projetés — soit vingt-quatre de moins qu'en 2021. Douglas Ross s'en va dans les Highlands et les Îles, Liz Smith et Edward Mountain également. La seule victoire de circonscription que leur accordent les projections est celle d'Ettrick, Roxburgh et Berwickshire. Un parti réduit à sa forteresse frontalière.
L'espace libéré par l'effondrement conservateur n'est pas récupéré par les partis du centre. C'est Reform UK qui en profite, avec vingt sièges projetés sur les listes régionales. La percée n'a rien d'une surprise si l'on regarde où elle se joue : dans les zones rurales où l'inflation agricole, la pénurie de main-d'œuvre et les contraintes environnementales ont alimenté une rancœur que ni le SNP ni les travaillistes n'ont su absorber. Reform réclame l'abandon des objectifs de zéro émission nette et le démantèlement des subventions écologiques — un discours brutal, mais lisible dans des territoires que la transition énergétique expose sans les accompagner.
À l'autre bout du spectre, les Verts écossais réalisent paradoxalement leur meilleur score de leur histoire : onze sièges projetés, dont une victoire de circonscription à Edinburgh Central. Ajoutés aux soixante-sept sièges nationalistes, ils portent le total pro-indépendance à soixante-dix-huit — un record historique à Holyrood. Les Libéraux-Démocrates, eux, s'accrochent à leurs bastions traditionnels avec neuf sièges attendus, sans parvenir à peser sur le débat.
Dix-neuf formations présentent des candidats jeudi, de l'Alliance to Liberate Scotland au Scottish Family Party. Cette atomisation dit quelque chose de l'état de la société écossaise : les fidélités héritées du XXe siècle s'effritent, et ce qui prend leur place n'est pas encore une recomposition stable, mais une série de votes de rupture qui n'ont pas encore trouvé leur canal.
À sept heures, les bureaux de vote ouvriront. Les électeurs recevront deux bulletins — lilas pour le scrutin uninominal de circonscription, pêche pour les listes régionales proportionnelles. Tous les résidents de plus de seize ans, y compris les ressortissants étrangers en situation régulière, sont appelés à voter. Vendredi 8 mai, au fil des dépouillements retransmis depuis les centres de comptage de Midlothian et des Borders, on saura si YouGov avait vu juste. Une majorité absolue du SNP ne clôturerait pas la question de l'indépendance — elle la rouvrirait, armée cette fois d'un argument économique et géopolitique que Swinney a mis dix-huit mois à construire.