ECOSSE - JOUR DE VOTE

Écosse : Swinney aux portes de la majorité

Les bureaux de vote ont ouvert ce matin à sept heures. D'ici vingt-deux heures, les cent vingt-neuf membres du prochain Parlement écossais seront désignés — la septième fois depuis que Holyrood a tenu sa première séance en 1999. Les résultats, eux, n'arriveront que vendredi soir : le dépouillement commence à neuf heures du matin, et les centres de comptage du Midlothian et des Borders ont prévu une journée longue.

Ce qui est clair dès ce matin, c'est que John Swinney rentrera à Bute House. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est dans quelles conditions. Le MRP final de YouGov, publié hier soir après avoir sondé 6 500 personnes entre le 25 avril et le 5 mai, projette le SNP à 62 sièges — trois en deçà des 65 nécessaires pour une majorité absolue. C'est un retournement : il y a un mois, le même institut accordait 89 % de probabilité à une majorité nationaliste, avec 67 sièges projetés. Cette probabilité est tombée à 11 %. La raison est identifiée : un sursaut de vote tactique unioniste dans quatre à cinq circonscriptions que le SNP espérait verrouiller.

YouGov avait pourtant été le premier à projeter une majorité, en identifiant que dans soixante des soixante-six circonscriptions potentiellement gagnées par le SNP, le cumul des voix travaillistes, conservatrices, réformistes et libérales-démocrates dépasse celui des nationalistes. Le vote tactique, s'il se coordonne, peut défaire une majorité projetée. Un électeur sur quatre dit encore pouvoir changer d'avis au dernier moment — et chez les électeurs travaillistes et libéraux-démocrates, la proportion d'indécis est significativement plus haute que chez les partisans de Reform UK, dont 83 % affirment avoir définitivement arrêté leur choix.

La résurrection du SNP reste, quoi qu'il arrive, l'histoire politique de cette campagne. Swinney a repris un parti en état de choc : Humza Yousaf venait de démissionner, les enquêtes judiciaires sur les finances du parti pesaient sur tout, et 42 élus sortants ont renoncé à se représenter — dont plusieurs figures fondatrices du Parlement depuis 1999. Cette hémorragie d'expérience aurait dû handicaper durablement la machine. Ce n'est pas ce qui s'est passé.

Vétéran de la politique écossaise, vice-Premier ministre pendant près de neuf ans sous Sturgeon, Swinney a construit sa campagne sur un argument inhabituel pour le SNP : la sécurité. L'indépendance recadrée non plus comme acte de foi identitaire, mais comme nécessité stratégique — câbles sous-marins, passage arctique, infrastructures offshore, retour dans l'Union européenne présenté comme une réponse à la guerre hybride. Un technocrate a remplacé un prophète, et l'électorat, fatigué des turbulences, semble avoir préféré ça.

Face à lui, le bloc unioniste s'est fragmenté sans se reconstituer. Le Parti travailliste écossais aborde ce scrutin au bord de l'humiliation. Le dernier sondage Ipsos place Labour à 20 % des intentions de vote dans les circonscriptions et à 15 % sur les listes régionales — ce qui constituerait sa pire performance à Holyrood. L'euphorie de juillet 2024 — celle de l'arrivée de Starmer à Downing Street — a fondu en dix-huit mois. En février 2026, le chef du Labour écossais Anas Sarwar avait publiquement appelé Starmer à démissionner, une sortie qui a fracturé son propre camp sans rien résoudre. Sarwar joue sa survie politique ce soir.

Chez les conservateurs, la situation est plus grave encore. Russell Findlay, qui a succédé à Douglas Ross après les élections britanniques de 2024, hérite d'un parti réduit à sa géographie : les projections le donnent autour de 10-11 % des intentions, loin derrière Reform UK sur les listes régionales. L'effondrement conservateur est structurel — pas conjoncturel.

C'est Reform UK qui récupère cet espace. Le parti est projeté à 18 % sur le vote de circonscription et 19 % sur les listes régionales — un bond considérable depuis le 7 % obtenu en Écosse lors des législatives britanniques de 2024. La percée se joue dans les zones rurales où l'inflation agricole, la pénurie de main-d'œuvre et les contraintes environnementales ont alimenté une rancœur que ni le SNP ni les travaillistes n'ont su absorber. Le discours est brutal — abandon des objectifs zéro émission nette, démantèlement des subventions écologiques — mais il est lisible dans des territoires que la transition énergétique expose sans les accompagner.

Les Verts réalisent paradoxalement leur meilleure campagne de l'histoire du parti sur les listes régionales, à 17 % — ce qui, additionné aux sièges nationalistes, maintiendrait un bloc pro-indépendance majoritaire dans tous les scénarios plausibles, y compris celui où le SNP rate la majorité absolue. Les Libéraux-Démocrates, eux, consolident leurs bastions avec sept à neuf sièges attendus.

Ce matin, les électeurs ont reçu deux bulletins — lilas pour le scrutin uninominal de circonscription, pêche pour les listes régionales. Tous les résidents de plus de seize ans, y compris les ressortissants étrangers en situation régulière, sont appelés à voter. Les résultats sont attendus en fin de journée vendredi. Qu'il obtienne ou non sa majorité absolue, Swinney retournera au gouvernement — mais avec un mandat sensiblement différent selon l'écart final. Soixante-deux sièges, c'est assez pour gouverner avec les Verts. Soixante-sept, c'est assez pour réclamer un référendum. La nuance, ce soir, pèse lourd.