BOTSWANA - NECROLOGIE

Festus Mogae, l'homme qui a dit la vérité sur le sida

La mort s'est annoncée un vendredi matin à Gaborone. Festus Gontebanye Mogae s'est éteint le 8 mai 2026, à 86 ans, chez lui, après une santé qui déclinait depuis plusieurs mois. Le président Duma Boko a annoncé le décès en milieu de journée. Trois jours de deuil national ont été décrétés.

Il aurait pu être l'archétype du technocrate africain discret, propre et oublié. Économiste formé à Oxford et au Sussex, il avait passé l'essentiel de sa carrière dans l'administration du Botswana — banque centrale, planification, finances, vice-présidence — à construire, brique par brique, l'une des gestions publiques les plus solides du continent. Ce n'est pas pour ça qu'on se souviendra de lui.

Ce dont on se souviendra, c'est d'un dirigeant qui, au début des années 2000, a regardé en face ce que beaucoup d'autres regardaient en évitant : son pays était ravagé par le VIH. Le Botswana affichait alors l'un des taux de prévalence les plus élevés au monde. Mogae n'a pas organisé de commission. Il n'a pas attendu que l'épidémie fasse son œuvre en silence. Il a transformé l'État en machine de guerre sanitaire — le Botswana est devenu le premier pays africain à lancer un programme national de traitement antirétroviral gratuit — et il est allé chercher les financements là où ils se trouvaient, notamment auprès du PEPFAR américain. La transmission mère-enfant a reculé. La prise en charge s'est généralisée. Ce n'était ni inévitable ni facile : c'était un choix politique, assumé, à contre-courant du silence qui régnait ailleurs sur le continent.

Né le 21 août 1939 à Serowe, dans ce qui était encore le protectorat du Bechuanaland, il était entré dans la fonction publique deux ans après l'indépendance, en 1968. La trajectoire est rectiligne : secrétaire permanent aux Finances, gouverneur de la banque centrale, ministre, vice-président sous Masire, puis président à partir du 1er avril 1998 — date à laquelle Masire, lui-même exemplaire dans son retrait, lui a passé les rênes. Mogae a remporté les élections de 1999, puis celles de 2004, et a gouverné dix ans en défendant une orthodoxie budgétaire que ses successeurs auraient parfois intérêt à relire.

La gestion des revenus diamantaires, l'investissement dans les infrastructures, la diversification timide mais réelle de l'économie : le bilan économique est solide sans être spectaculaire. Ce qui l'est davantage, c'est qu'il ait transmis le pouvoir, le 1er avril 2008, dans le calme le plus total, à son vice-président Ian Khama — fils du père de l'indépendance, ironie de l'histoire — sans que personne n'ait eu à forcer quoi que ce soit. En Afrique, cette banalité-là reste une rareté.

La reconnaissance internationale est venue logiquement. En octobre 2008, le prix Mo Ibrahim pour le leadership africain. Le mois précédent, la grand-croix de la Légion d'honneur française. Après sa présidence, il a continué — suivi de l'accord de paix au Soudan du Sud, engagement sur le changement climatique, participation aux travaux du Club de Madrid. Un agenda d'ancien chef d'État respectable, sans excès.

Festus Mogae laisse son épouse Barbara, qu'il avait épousée en 1967, et leurs trois filles, Nametso, Chedza et Boikaego.

Il n'aimait pas les tribunes. Il ne cherchait pas les caméras. Il avait une conviction simple, qu'il a appliquée avec une constance rare : face à une crise, on dit la vérité, on mobilise les moyens, et on assume. Sur le VIH, quand presque tous ses pairs se taisaient, il a agi. C'est cette décision-là qui a sauvé des centaines de milliers de vies — et qui fait de lui, au-delà du technocrate accompli, un homme d'État au sens plein du terme.