BAHAMAS - LEGISLATIVES 12/05

Bahamas : le vote ou l'abstention

Bruce Golding est arrivé à Nassau en début de semaine, mandaté par le Commonwealth pour superviser le scrutin du 12 mai. L'ancien Premier ministre jamaïcain connaît la maison — il dirigeait déjà la mission d'observation en 2021 —, et sa présence confère une caution internationale à ce huitième rendez-vous électoral depuis l'indépendance de l'archipel. L'Organisation des États américains a de son côté déployé sa propre équipe dès le 6 mai, vingt et un experts issus de quatorze nations placés sous l'autorité de Sherry Tross, déjà à la tête de la mission de 2017. C'est la quatrième fois que l'OAS observe des élections aux Bahamas. Le pays n'est pas sous surveillance — il est encadré.

Le terrain électoral a changé depuis cinq ans. La carte a été redécoupée : quarante et une circonscriptions au lieu de trente-neuf, avec la création des sièges de Saint James et de Bimini et des îles Berry. Le Parlement a été dissous le 8 avril, les brefs d'élection émis le lendemain. Et les listes électorales atteignent un record absolu : 209 245 inscrits, contre 194 524 en 2021 et 181 543 en 2017. L'administration a également introduit une carte d'électeur biométrique — sans retirer l'ancienne carte violette, conservée par une bonne partie de la population. Philip Davis a personnellement défendu ce déploiement face aux critiques sur les délais de distribution. Dix-sept centres de vote anticipé ont fonctionné à New Providence et Grand Bahama ; treize missions diplomatiques ont centralisé les bulletins d'une diaspora évaluée à quelque quatre cents électeurs.

Davis — « Brave » pour ses partisans — brigue un second mandat consécutif, ce qui constituerait une anomalie dans la politique bahaméenne. En septembre 2021, le Parti libéral progressiste avait écrasé le Free National Movement de Hubert Minnis : trente-deux sièges contre sept. Mais cette victoire s'était jouée dans un contexte de démobilisation sans précédent — 64,9% de participation seulement, soit 126 271 votes exprimés sur 194 524 inscrits, le plancher historique de l'archipel. Convocation surprise, protocoles anti-COVID publiés à la dernière minute, incertitude sanitaire : les facteurs d'abstention avaient été nombreux et se cumulaient. En 2017, le taux atteignait 88,1%.

Le défi de Michael Pintard, qui dirige désormais le FNM, est précisément là : ramener aux urnes l'électorat qui avait renoncé il y a cinq ans. Sa campagne s'est concentrée sur le chômage — qui atteignait 10,7% au plus fort de la crise sanitaire sous Minnis, une statistique que Pintard retourne volontiers contre le gouvernement sortant — et sur une révision des équilibres budgétaires. Chaque candidat, dans les quarante et une circonscriptions, a dû formuler une déclaration de qualification assermentée devant un juge de paix et déposer une caution de quatre cents dollars bahaméens. Ce sont les règles.

Une troisième force cherche à bousculer ce duopole. La Coalition des indépendants a aligné ses candidats depuis septembre 2025 pour couvrir l'intégralité du territoire. Le Bahamas Constitution Party a, lui, attaqué sur un autre terrain : la date du 12 mai tombe deux jours après la fête des Mères et coïncide avec les examens nationaux de fin d'études (BJC et BGCSE), deux facteurs de nature à peser sur la mobilisation. Protest d'usure ou critique fondée, la question n'a pas suffi à faire bouger le calendrier. Le système parlementaire bahaméen n'a jamais permis à un mouvement alternatif de prendre le pouvoir depuis l'indépendance, et rien, dans les sondages disponibles, ne laisse présager une rupture.

L'économie détermine le fond du débat. Les Bahamas ont accueilli 11,22 millions de visiteurs en 2024 — un record absolu, dopé par le trafic des navires de croisière. Le chômage est officiellement repassé sous la barre des neuf pour cent depuis 2021. Les réserves de change atteignaient 3,085 milliards de dollars à fin mars 2026, contre 2,9 milliards en février : le gouverneur de la Banque centrale, John Rolle, parle de niveaux « comparativement sains », tout en signalant les risques liés aux tensions géopolitiques mondiales. La parité fixe avec le dollar américain tient. Mais les fragilités structurelles ne se dissipent pas pour autant : dépendance massive aux importations, déficit courant persistant, réseau électrique défaillant — les autorités sortantes ont validé un partenariat public-privé pour restructurer la production et intégrer des renouvelables, mais les résultats restent à venir. Le coût de la vie et la criminalité endémique complètent l'argumentaire de l'opposition. Davis défend un modèle d'attractivité fiscale et touristique ; Pintard promet de réviser les équilibres. Le scrutin tranchera lequel des deux récits convainc davantage un électorat plus nombreux que jamais — à condition qu'il se déplace.

Vingt et un sièges suffiront à contrôler l'Assemblée. Le dépouillement commencera dès la fermeture des bureaux de vote. La mission du Commonwealth a annoncé ses conclusions préliminaires pour le 14 mai.