ITALIE - ANNIVERSAIRE
Occhiuto, l'homme qui a demandé à être jugé

À la fin de l'été 2025, Roberto Occhiuto a fait quelque chose que la politique italienne n'avait pas vu depuis longtemps : il a demandé lui-même à être jugé par les urnes. Informé qu'une enquête pour corruption venait de s'ouvrir à son encontre au parquet de Catanzaro, le président de la région Calabre a refusé l'option classique — la procédure qui traîne, les mois de déni, l'image qui s'érode. Il a démissionné, précipité la chute de son propre gouvernement régional, et s'est porté candidat à sa propre succession. Quelques semaines plus tard, il obtenait 57,26% des voix, soit mieux qu'en 2021. Jamais un président de région calabraise n'avait réussi à se faire réélire pour un second mandat consécutif. C'est peu dire que le pari était risqué. C'est beaucoup dire qu'il a parfaitement fonctionné.
Né le 13 mai 1969 à Cosenza, Occhiuto est un produit authentique de cette Calabre qu'il gouverne — ce n'est pas une posture. Il fête aujourd'hui ses 57 ans.
Son frère aîné Mario deviendra maire de la ville avant de rejoindre le Sénat de la République en octobre 2022. L'un dans les hauteurs du palais Campanella à Reggio, l'autre au Sénat à Rome : la famille a quadrillé le territoire avec méthode. Roberto sort diplômé en sciences économiques de l'université de la Calabre, puis comprend assez vite que le pouvoir dans une province méridionale se construit d'abord dans les têtes. Il devient journaliste publiciste en 2001 et prend la direction générale du groupe Media TV, qui chapeaute la chaîne régionale TEN et les stations provinciales Rete Alfa et Telestars. Diriger des médias locaux en Calabre, c'est apprendre à qui appartient le territoire — un apprentissage dont il fera usage.
La politique, elle, commence avant : sur les bancs de l'université, dans l'orbite de la Démocratie chrétienne. À vingt-quatre ans, en 1993, il est élu conseiller municipal de Cosenza. L'année suivante, Tangentopoli emporte le parti. Commence alors une longue traversée de la diaspora centriste : Parti populaire italien avec Martinazzoli, puis scission avec Buttiglione vers les Chrétiens démocrates unis. Ces années de recomposition permanente — où les sigles naissent et meurent au rythme des crises parlementaires — lui enseignent une chose essentielle : la survie politique n'a rien d'idéologique, elle est affaire de positionnement.
En 2000, il rejoint Forza Italia et se présente aux régionales de Calabre dans la circonscription de Cosenza. Plus de huit mille cinq cents préférences : il devient le plus jeune conseiller régional du parti. Mais les frictions avec les barons locaux du mouvement berlusconien ne tardent pas. Trop indépendant, trop imprévisible pour l'appareil. Une demande d'expulsion est formulée. Il prend les devants, quitte en 2002, et rejoint le Centre chrétien-démocrate de Casini — qui fusionnera bientôt dans l'Union des démocrates chrétiens et du centre.
C'est sous cette bannière qu'il arrive à la Chambre des députés au printemps 2008. À Rome, il s'impose par son travail : vice-président de la commission du Budget, membre du comité pour la législation. La politique parlementaire est un registre différent de la province, et il s'y acclimate. La dix-septième législature le voit reprendre le chemin de Forza Italia — le ralliement est pragmatique, la trajectoire logique. En mars 2021, il est désigné président du groupe parlementaire à la Chambre. Ce poste fait de lui l'un des interlocuteurs centraux du centre-droit à Rome, négociant avec les gouvernements successifs tout en gérant le déclin progressif d'un parti orphelin de son fondateur historique.
Sur le plan personnel, cette décennie romaine est aussi celle de sa rencontre avec Matilde Siracusano, députée Forza Italia originaire de Messine, nommée sous-secrétaire d'État aux relations avec le Parlement dans le gouvernement Meloni à partir de novembre 2022. De leur union naît Tommaso en 2022, troisième enfant après Angelica et Marco, nés d'une précédente relation.
L'automne 2021 le reconduit vers le sud. La mort brutale de Jole Santelli laisse la région sans tête. La coalition de droite se tourne vers lui. Le 4 octobre 2021, il emporte l'élection avec 54,46% — balayant les oppositions de centre-gauche et du Mouvement cinq étoiles. Il démissionne de la Chambre et prend les rênes d'un territoire que ses prédécesseurs n'ont jamais vraiment tenu.
Le dossier le plus explosif n'est pas économique — c'est la santé. La Calabre cumule des milliards d'euros de dette hospitalière et subit depuis plus d'une décennie la présence de commissaires dépêchés par Rome sans résultat tangible. Occhiuto obtient fin 2021 du gouvernement Draghi le poste de commissaire extraordinaire pour la santé en Calabre et s'attaque au problème avec une méthode qui n'appartient qu'à lui : face à la pénurie dramatique de médecins dans les hôpitaux de province, il signe un accord bilatéral avec le gouvernement cubain. Des centaines de praticiens cubains arrivent dans les salles d'urgence calabraises. Les syndicats nationaux s'indignent. Les urgences restent ouvertes.
Sur le plan économique, il mise sur le désenclavement. Des négociations avec Ryanair multiplient les liaisons desservant Lamezia Terme, Reggio de Calabre et Crotone. Pour retenir les jeunes dans la région, il crée le revenu de mérite : cinq cents euros par mois versés aux étudiants qui s'inscrivent dans une université calabraise et y maintiennent un bon niveau. L'idée, volontariste jusqu'à la naïveté peut-être, repose sur un calcul simple — sans classe dirigeante locale formée sur place, le déclin démographique est irréversible.
La question des infrastructures le place dans une position plus exposée. Occhiuto est l'un des soutiens les plus déterminés du pont sur le détroit de Messine, le grand chantier relancé par la coalition Meloni-Salvini. Il mobilise des dizaines de millions d'euros du budget régional pour les travaux préparatoires, défend l'idée que la Calabre n'est pas la périphérie oubliée de l'Europe mais sa plateforme logistique méditerranéenne. Les oppositions de gauche et les mouvements écologistes répondent que les routes provinciales, elles, attendent toujours leur rénovation. Il maintient le cap : seul un grand chantier visible peut briser l'anesthésie entrepreneuriale que des décennies d'assistance étatique ont installée.
En février 2024, au congrès national de Forza Italia organisé pour redéfinir la ligne post-Berlusconi, il est élu vice-secrétaire national aux côtés d'Antonio Tajani. Il incarne désormais la branche méridionale du mouvement — garantissant à la coalition un réservoir de voix que Rome ne peut pas ignorer.
Puis vient l'enquête. Et le pari. Et les 57,26%.
Ce qui reste, maintenant, c'est la partie la plus ingrate : le déficit hospitalier n'est pas résorbé, les fonds européens pour les transports attendent une exécution rapide sous peine de caducité, et les magistrats de Catanzaro poursuivent leurs investigations sur les marchés publics régionaux. Le comité de direction du système de santé doit remettre ses bilans financiers au ministère de l'Économie d'ici la fin de la semaine. L'entourage prépare les documents dans un climat de tension que personne ne cherche vraiment à dissimuler. Le mandat électoral le protège politiquement. Il ne l'immunise pas contre les comptes.