FRANCE - ANNIVERSAIRE

Fabrice Pannekoucke, l'héritier discret

Il y a des passations de pouvoir qui ressemblent à des coups de théâtre et d'autres qui ressemblent à des rapports comptables. Celle du 5 septembre 2024, à l'Hôtel de Région de Lyon, appartient clairement à la seconde catégorie. Laurent Wauquiez s'en va rejoindre l'Assemblée nationale par la grande porte, et c'est un forestier savoyard de quarante-neuf ans, discret jusqu'à l'effacement, qui récupère les clés de la deuxième région économique de France. Fabrice Pannekoucke obtient 132 voix sur 135 dans son propre camp. Ce n'est pas une élection, c'est une cooptation assumée.

L'itinéraire de cet homme dit quelque chose d'assez précis sur la manière dont la droite provinciale fabrique ses cadres. Né le 14 mai 1975 à Malo-les-Bains, dans le Nord, rien ne le destinait aux Alpes ni aux couloirs feutrés d'une institution régionale. C'est la sylviculture qui l'y amène : un poste de forestier à Saint-Jean-de-Belleville, une commune de Tarentaise dont il ne repartira jamais. « J'y suis allé pour six mois. » Le reste, c'est de l'enracinement. Il fête aujourd'hui ses 51 ans.

Maire à vingt-six ans, en 2001, il apprend la politique par le bas — routes enneigées, conflits d'usage, services de proximité. Ce n'est pas glamour, mais c'est solide. En 2009, il fonde la communauté de communes Cœur de Tarentaise et croise Hervé Gaymard, l'ancien ministre chiraquien qui préside le département de la Savoie. Gaymard le repère, le protège, lui ouvre des portes. C'est la relation classique mentor-protégé qui structure encore la droite de terrain. Elle n'est pas sans ambiguïté : en 2019, la chambre régionale des comptes pointe, dans le cadre d'un contrôle du département savoyard, un poste de chargé de mission attribué à Pannekoucke et rémunéré 65 574 euros nets. L'épisode n'a pas de suite judiciaire, mais il rappelle que la proximité avec les réseaux d'influence produit parfois des situations difficiles à justifier.

Pannekoucke fait son entrée au conseil régional en décembre 2015, troisième sur la liste savoyarde de Wauquiez. Il y applique la même méthode qu'à la mairie de Moûtiers — ville qu'il gagne en 2014 et qu'il transforme suffisamment pour être réélu dès le premier tour en 2020 : travail acharné, discrétion absolue, loyauté sans faille envers l'exécutif. Il ne cherche pas les plateaux télé. Il lit les dossiers.

Cette posture lui vaut une progression régulière dans la hiérarchie régionale. Président d'Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme à partir de 2021, il gère la contradiction centrale de l'économie alpine : soutenir une industrie du ski déjà fragilisée par le réchauffement tout en poussant une diversification quatre saisons que personne ne veut vraiment financer. Il défend aussi, avec la présidence régionale, la candidature des Alpes françaises aux Jeux olympiques d'hiver 2030, positionnant la région comme un interlocuteur incontournable face au comité d'organisation.

Sa nomination comme vice-président chargé de l'agriculture et des espaces valléens en 2022 révèle davantage la ligne politique du personnage. Quand Wauquiez décide d'attaquer frontalement l'Office français de la biodiversité, Pannekoucke cosigne. La région va jusqu'à proposer son aide juridique aux agriculteurs en litige avec l'institution et réclame sa dissolution. Les associations environnementales s'indignent. Lui assume, sans vaciller. C'est un choix politique clair, pas une maladresse.

L'été 2024 précipite les événements. La dissolution de l'Assemblée nationale propulse Wauquiez dans son fief de Haute-Loire. Le cumul des mandats lui devient impossible. Sa démission de la présidence régionale, le 22 août, ouvre officiellement la succession. Plusieurs figures de la majorité se positionnent — Stéphanie Pernod, qui assure l'intérim, et Brice Hortefeux, qui observe de loin. Wauquiez tranche lui-même, et son choix n'a rien de surprenant : il choisit celui qui ne déviera pas.

Pannekoucke règle ses propres problèmes de cumul en abandonnant la mairie de Moûtiers, tout en conservant un siège de conseiller municipal pour ne pas couper le fil territorial. C'est chirurgical. Puis vient le 5 septembre et le vote presque unanime. Pernod reste première vice-présidente. Philippe Meunier demeure dans l'exécutif. Rien ne change, c'est exactement le but.

Son discours d'investiture tient en deux engagements : pas de hausse fiscale, et accélération sur le ferroviaire, les transports scolaires et le Lyon-Turin. L'héritage Wauquiez est reconduit dans ses moindres détails, y compris la doctrine sécuritaire — caméras de surveillance, sécurisation des gares — que Pannekoucke revendique sans complexe.

Ce qui attend le nouveau président est moins une ardoise blanche qu'un monument à entretenir. Un budget d'investissement qui dépasse le milliard et demi d'euros, une économie régionale sous tension inflationniste, des contraintes imposées par l'État central qu'il dénonce avec la véhémence attendue du rôle. L'enfant du littoral flamand devenu patron des Alpes françaises a troqué la gestion d'un village de montagne contre celle de huit millions d'habitants. Le passage d'échelle est vertigineux. Son style, lui, n'a pas changé : en marge de la dernière présentation budgétaire, quand on lui demande ce que lui fait la pression de cette succession, il balaie la question d'un geste et se replonge dans les tableaux de dépenses ferroviaires. La réponse, c'est le dossier.