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UN JOUR, UN PAYS

Mauritanie : Nouakchott, capitale de la stabilité dans un Sahel en ruines

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Sur le perron de l'Élysée, le 15 avril dernier, Emmanuel Macron est allé chercher Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avant même que le président mauritanien n'atteigne le haut des marches. Ce pas en avant dit quelque chose que les communiqués diplomatiques formulent rarement avec cette clarté : la France a besoin de Nouakchott, peut-être davantage que Nouakchott n'a besoin de Paris.

Le Sahel s'est effondré autour de la Mauritanie. Le Mali et le Burkina Faso ont rompu avec leurs partenaires occidentaux, expulsé les forces françaises, ouvert leurs portes à Wagner. Dans cette séquence de débâcles, la République islamique est devenue par défaut — mais aussi par mérite propre — le seul interlocuteur sérieux d'une région que les chancelleries européennes regardent avec une anxiété croissante. Un million de kilomètres carrés de désert entre Maghreb et Afrique subsaharienne, 5,5 millions d'habitants, une frontière tenue.

Ce n'est pas une stabilité donnée. Le pays a traversé plusieurs coups d'État depuis son indépendance en 1960, et sa réputation d'instabilité chronique a longtemps éclipsé le reste. Ce qui a changé, c'est que Ghazouani a réussi ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait accompli : une transition démocratique pacifique en 2019, confirmée par une réélection au premier tour en juin 2024, avec 56 % des suffrages. Pour la région, c'est presque une anomalie.

La discipline militaire aux frontières, soutenue notamment par des programmes américains de formation des forces spéciales, a évité que les convulsions sahéliennes ne débordent. Mais la carte sécuritaire ne se joue pas seulement dans le désert — elle se joue aussi dans les marchés de Nouakchott, où l'inflation grignote les revenus des ménages et où les frustrations s'accumulent. Le pays pointe au 164e rang mondial de l'indice de développement humain ; les structures sociales traditionnelles continuent d'entretenir des inégalités que les discours officiels sur la cohésion nationale peinent à masquer.

L'économie mauritanienne repose sur trois piliers historiques : le fer des mines du Nord, les ressources halieutiques de la façade atlantique exploitées depuis Nouadhibou, et l'élevage pastoral. Le gaz offshore à la frontière sénégalaise est censé transformer l'équation. Mais les revenus gaziers tardent à se convertir en améliorations tangibles pour les Mauritaniens ordinaires, pendant que le gouvernement du Premier ministre Mokhtar Ould Diay, en poste depuis août 2024, multiplie les projets d'infrastructure pour sécuriser l'électricité et les capacités de stockage de carburant dans la capitale.

Sur le front politique intérieur, le régime tente d'ouvrir des concertations avec l'opposition — figures historiques de la scène démocratique — mais le paysage reste tendu. Les tensions récentes autour du renouvellement du Syndicat des journalistes mauritaniens ont cristallisé des débats plus profonds sur la gouvernance, la transparence des marchés publics et la liberté syndicale.

Le vrai test de Ghazouani n'est pas diplomatique. Il tient dans cette question que les populations des périphéries de Nouakchott posent chaque jour : à quoi ressemble concrètement une Mauritanie stable et prospère ? L'accolade sur le perron de l'Élysée ne répondra pas à cette question.