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OUZBEKISTAN - ANNIVERSAIRE

Abdulla Aripov, l'ingénieur du pouvoir

OUZBEKISTAN - ANNIVERSAIRE Source : Azerbaycan24.com

Il fallait un homme de dossiers pour gouverner un pays en transition. Quand Chavkat Mirziyoyev, fraîchement installé à la présidence d'Ouzbékistan, a signé le décret nommant Abdulla Aripov au poste de Premier ministre le 14 décembre 2016, le choix avait une logique implacable : ne pas confier l'exécutif à un politique, mais à un technicien d'État dont la carrière entière n'avait été qu'une longue démonstration de loyauté administrative.

Né le 24 mai 1961 à Tachkent, Aripov est un pur produit de la méritocratie soviétique des télécommunications. Il fête aujourd'hui ses 65 ans. 

Diplômé ingénieur de l'Institut électrotechnique des communications en 1983, il passe neuf ans dans les entrailles techniques de la station téléphonique de la capitale avant que l'effondrement de l'URSS ne lui ouvre les portes du ministère. La transition de 1991 ne l'a pas perturbé — elle l'a promu. En 1992, il rejoint le ministère des Communications de la nouvelle république comme spécialiste en chef, puis en prend la direction des relations internationales deux ans plus tard. Karimov, qui tenait le pays d'une main de fer, appréciait ce type de serviteur : compétent, discret, jamais encombrant.

La reconnaissance vient en mai 2002 avec sa nomination comme vice-Premier ministre, une fonction qu'il cumule pendant une décennie avec la supervision des technologies de l'information. L'Ouzbékistan se connecte progressivement au monde — réseaux mobiles, Internet balbutiant — sous sa tutelle, dans un régime qui surveille ces outils autant qu'il les exploite. À partir de 2009, son portefeuille s'élargit encore : éducation, culture, science, relations avec la CEI. Aripov est partout, sans jamais faire d'ombre.

L'été 2012 lui rappelle brutalement les règles du jeu. Limogé lors d'un remaniement, il disparaît dans les marges de l'appareil — responsable du complexe des systèmes d'information, un titre technique qui sent le placard. Il y restera quatre ans. C'est la mort du président Karimov, en septembre 2016, qui le rappelle à la surface : Mirziyoyev, alors Premier ministre prenant les rênes du pays, a besoin d'hommes rodés à la machine d'État. Aripov rentre en grâce, renommé vice-Premier ministre en septembre, Premier ministre en décembre.

Son rôle depuis lors est clair : exécuter. La politique d'ouverture économique voulue par Mirziyoyev — attraction des investissements étrangers, désenclavement commercial, restructuration des finances publiques — a besoin d'un opérateur fiable, pas d'un rival potentiel. Aripov est cela. Reconduit après les législatives de novembre 2024, il a également signé quelques coups diplomatiques inattendus, comme sa visite à Kaboul en août de la même année, la première d'un responsable étranger de ce rang depuis le retour des talibans.

Père de cinq filles, décoré de l'ordre de la Gloire du travail, il soigne une image d'austérité calculée — jusqu'à troquer en 2025 sa berline allemande pour un véhicule de fabrication nationale, geste symbolique dicté par les directives de rigueur de l'exécutif. L'anecdote dit tout : chez Aripov, même les signaux personnels sont des actes d'alignement politique. C'est précisément ce qui fait de lui, depuis bientôt dix ans, le Premier ministre le plus stable de l'Asie centrale post-soviétique.