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MEMOIRE D URNES

28 mai 1995 : Bénin, le vote qui a coûté sa majorité à Soglo

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

La Cour suprême n'a pas hésité. En avril 1995, ses juges ont invalidé treize résultats de l'élection législative du 28 mars — bourrages d'urnes, listes électorales volatilisées, intimidations documentées — et convoqué les électeurs de l'Atlantique et du Borgou à revoter le 28 mai. Pour Nicéphore Soglo, c'était une blessure ouverte : il avait misé sur ce scrutin de mars pour s'assurer une majorité travaillable. La Cour venait de lui signifier que ce calcul était prématuré.

Le contexte ne lui était pas favorable. L'ancien administrateur de la Banque mondiale avait mené ses réformes structurelles avec rigueur — assainissement des finances, compression budgétaire — mais la facture sociale se lisait sur les visages des fonctionnaires et des ménages. Le Bénin, pionnier salué de la transition démocratique depuis la Conférence nationale de 1990, commençait à mesurer ce que démocratiser coûte vraiment quand la popularité s'effrite.

En face de Soglo et de la Renaissance du Bénin se tenait une opposition qui n'était pas naturellement unie, mais qui comprenait l'arithmétique. Treize sièges, c'était suffisant pour inverser le rapport de force à l'Assemblée. Adrien Houngbédji, chef du Parti du renouveau démocratique, solide dans l'Ouémé et rompu aux manœuvres parlementaires, coordonnait la contestation. Le Front d'action pour le renouveau et le développement, canal de Mathieu Kérékou, et le Parti social-démocrate de Bruno Amoussou complétaient un front hétérogène mais discipliné dans ses objectifs.

La campagne des partielles se déroula sous surveillance. Les états-majors déployèrent des délégués dans chaque bureau de vote, les autorités renforcèrent le dispositif sécuritaire, et les observateurs scrutèrent chaque urne comme si l'avenir du quinquennat en dépendait — ce qui était, à peu près, le cas.

Le 28 mai, les files se formèrent dès l'aube devant les écoles et bâtiments administratifs reconvertis. La journée se passa sans heurts majeurs. Le dépouillement, lui, fut suivi avec une attention qui rendait le silence éloquent.

Les résultats confirmèrent ce que la dynamique politique laissait pressentir : l'opposition remporta assez de sièges pour asseoir une majorité absolue à l'Assemblée nationale. La Renaissance du Bénin demeurait la première force présidentielle, mais sans majorité de contrôle. Houngbédji s'installa comme figure dominante du Parlement. Soglo se retrouva cohabitant malgré lui, face à une chambre qui n'entendait pas lui faciliter la tâche jusqu'en 1996.

Ce vote de reprise ne fut pas une anomalie de calendrier. Il révéla la fragilité structurelle du présidentialisme béninois quand le chef de l'État perd prise sur la rue. Et il écrivit le prologue de la présidentielle suivante : premier tour le 3 mars 1996, second tour le 18 mars, Soglo contre Kérékou — le retour de l'ancien dictateur que la démocratie allait porter au pouvoir par les urnes.