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UN JOUR, UN PAYS

Le Maroc suspendu entre deux vitesses

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Rabat tient le cap, Fès ramasse les débris. C'est peut-être la meilleure façon de résumer ce que traversent le Maroc en ce moment, entre les triomphes de sa diplomatie et l'effondrement, au sens littéral, d'un immeuble dans la médina. Le 21 mai dernier, neuf personnes sont mortes sous les décombres d'un bâtiment résidentiel dans la vieille ville — une catastrophe qui en dit plus long sur les fractures du développement marocain que n'importe quel rapport macroéconomique.

Car le tableau d'ensemble est, lui, franchement flatteur. Les recettes douanières ont atteint un record de 162,7 milliards de dirhams en 2025. Le Trésor a levé 2,25 milliards d'euros sur les marchés internationaux le 19 mai 2026, sans forcer. La Banque africaine de développement vient d'approuver 200 millions d'euros pour moderniser la formation professionnelle. Et le chantier de la ligne à grande vitesse Kénitra–Marrakech, lancé par Mohammed VI en avril 2025 sur 430 kilomètres, transforme la géographie économique du pays à l'horizon des grandes compétitions sportives de la décennie. Le Maroc ne manque ni d'ambition ni de capitaux pour la financer.

Sur le terrain diplomatique, Rabat enregistre des succès réguliers. La Côte d'Ivoire et la Dominique ont toutes deux réaffirmé, le 21 mai, leur soutien à l'intégrité territoriale du Royaume sur le dossier saharien. Ce type de validation, multipliée pays par pays, constitue la méthode marocaine : patiente, méthodique, indifférente aux orages médiatiques. La monarchie alaouite a fait de sa stabilité institutionnelle un argument de vente auprès des partenaires africains et européens — et l'argument fonctionne, dans une région qui ne manque pas de contre-exemples.

Reste que la vitrine éclate par endroits. Les vagues de chaleur précoces exposent une agriculture et une gestion de l'eau sous tension. Les prix de la viande rouge flambent à l'approche de l'Aïd al-Adha, obligeant le ministère de l'Intérieur à intervenir directement sur les marchés. Les ajustements récents sur les aides sociales directes témoignent d'une pression sur les ménages que les chiffres de croissance ne capturent pas. Et la décentralisation, officiellement engagée, bute sur la friction permanente entre walis nommés par le palais et élus régionaux qui n'ont pas les mêmes agendas.

Le Maroc reste, au fond, un pays à deux vitesses superposées : celui de Casablanca et ses chantiers, ses fintechs, ses hôtels cinq étoiles d'Agadir — et celui des quartiers populaires de Fès, où les immeubles anciens s'effondrent faute de maintenance et d'une politique urbaine à la hauteur. Mohammed VI a lancé le pays dans une course à la modernité dont personne ne conteste les ambitions. La question est de savoir si le rythme de cette course finira par rattraper ceux qu'elle laisse pour l'instant sur le bord du chemin.